Périple à travers les villages du Cap Bon : Un autre bout de terre de la Tunisie





Sur cette route agricole qui nous mène à Menzel Témime, d’interminables villages racontent une belle histoire d’un autre bout de terre de la Tunisie. Menzel Témime - Le Quotidien C’est toujours agréable de se déplacer d’un endroit à un autre. A condition qu’on soit en promenade. Des fois on emprunte les autoroutes ou encore les grands parcours et les routes nationales. D’autres fois on a la chance de passer par des petites routes agricoles. Et c’est là qu’on réalise à quel point les régions tunisiennes sont différentes et belles. De prime abord on peut avoir l’impression que ce coin est du déjà vu. Mais par la suite on finit par comprendre que chaque endroit a son charme et ses spécificités. Pour aller à Menzel Témime, il est possible de traverser ces interminables villages du Cap Bon qui se succèdent tant au long de cette route secondaire. Le soleil n’est pas en forme aujourd’hui. Tout au contraire, le ciel est gris et annonce d’éventuelles averses. Cela ne tardera pas à venir d’ailleurs. D’un moment à un autre les gouttelettes de pluie deviennent plus importantes et rappellent que nous sommes déjà en automne. Sur les plaques de signalisation, on voit les nom des patelins. Errahma, Om Dhouil, El Mida, Fartouna, El Gombar et tant d'autres petits villages qui se ressemblent sans s’assembler. Cette route qui traverse de grandes exploitations agricoles, passe devant les maisonnettes. De temps à autre, on croise un de ces nombreux bergers qui se laissent conduire par les troupeaux de moutons et de vaches. Très souvent, ils sont débordés et s’affolent lorsqu’une des vaches ou l'un des moutons décide de traverser la route devant ces véhicules. On a peur qu’il se fasse renverser, mais non. La vache surtout habituée à ce genre d’inattention, poursuit son chemin zen comme si de rien n’était. C’est au conducteur de ralentir et de patienter jusqu’à ce qu’elle arrive à destination. On voit avancer cinq silhouettes. En s’approchant, ce sont quatre petits garçons et une vieille dame qui semblent aller quelque part. Il s’avère que la mamie aimerait bien se faire raccompagner jusqu’à son village. Elle habite à Ghriss. Et elle est à El Ouedienne, à plus de dix kilomètres de chez elle. Elle rendait visite à sa belle-sœur malade. Mais comme elle n’a pas les moyens de se payer le transport rural, elle est obligée de rentrer à pied. Elle a insisté auprès de ces mômes pour qu’ils lui tiennent compagnie jusqu’à ce qu’elle traverse Oued El Ouedienne. A vrai dire, la route est rude. Pourtant Chédlia allait faire tout ce trajet à la marche. Engoncée dans sa robe bleue, elle avait du mal à dissimuler la fatigue et les années de vie difficile. Sur sa tête, son foulard défait, cachait à peine ses cheveux. Cela l’importait peu. Elle ne voulait qu’une seule chose: rentrer. Tout au long du chemin, elle priait le Bon Dieu pour qu’il préserve le pays de tous les maux et qu’Il protège sa chère patrie. Elle adore la Tunisie dont elle ne connaît que ces villages. Elle sait tout de même que beaucoup de villes ont changé et que les paraboles montrent des choses merveilleuses. Mais «revenons à nos moutons», dit-elle. Elle raconte comment auparavant, on cultivait les raisins du côté de chez elle. «Les gosses ne laissent plus rien», se plaint-elle. Aujourd’hui, on se contente de l'élevage des vaches, des moutons et quelques chèvres. La culture de céréales les fait vivre aussi. * «Jibna» Chédlia parle avec toute l'innocence et la spontanéité du monde. Elle est si naturelle qu’elle fait de la peine. Elle fait pitié parce qu’elle parait épuisée. Néanmoins, rien ne l’empêche de sourire et de souhaiter le meilleur pour les autres. Elle se souvient du «bon vieux temps» où elle préparait encore du fromage. Cette «jibna» comme on l’appelle ici était très réputée. Aujourd’hui, presque tout a disparu. Seules les histoires racontent encore tout ce qu’on faisait de beau dans ce coin de la Tunisie. Il est temps pour que Chedlia fasse les adieux. Elle est arrivée devant chez elle. Elle habite dans la maisonnette au fond de l’impasse. La porte est ouverte et quelques chèvres traînent encore espérant trouver un peu de verdure. La vieille dame parle toujours. Elle multiplie les remerciements de l’avoir raccompagnée et épargné ce long trajet. Ce qui attire l’attention sur cette route ce sont ces innombrables sachets en plastique qui couvrent le sol. Ils sont de toutes les couleurs et portent une atteinte monumentale à cette nature. Or, ce tort ne semble déranger personne. Il se trouve peut-être que tous ceux qui passent par ici ne portent pas l’environnement au cœur. A Bkalta, l’horizon change complètement. L’architecture est imposante. D’ailleurs, la population de ce village se dit être l’origine des habitants de la ville de Menzel Témime. La cavalerie est une passion incontournable à Bkalta. Elle est indispensable dans la plupart voire tous les mariages. A la fin de ce petit périple dans les villages, les prières de Chédlia résonnent encore. Elle prie Dieu pour que ces terres soient toujours fécondes et qu’aucun mal n’arrive à Ghriss ainsi que les villages voisins. Car elle ne pourra jamais supporter que les vaches, les troupeaux de moutons et de chèvres meurent. Elle les aime plus que toute autre chose et dit fièrement qu’elle sera prête à se sacrifier pour les sauver… Reportage réalisé par M. KADA


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com