Angham – Rami Ayèche : Le miroir aux alouettes





Lorsque Rotana et ses vedettes en silicone, mensonge et vidéo, conditionnent nos goûts musicaux, adieu l’art et bonjour les dégâts… Même si Angham a essayé de sauver la face et l’écran… Cette manière qu’ont les gens de Rotana, la chaîne musicale partenaire du Festival international de Carthage, de programmer deux têtes d’affiche en une seule soirée a moins d’avantages que d’inconvénients. Si elle permet de brasser large et d’assurer l’affluence du public, elle provoque parfois des frictions entre les artistes. Et pour cause : celui qui a la chance de passer en premier, fait durer son temps de passage, empiétant ainsi sur celui de son successeur sur scène. Ce dernier, dont l’attente dans les coulisses se prolonge parfois au-delà de minuit, est ainsi contraint de débuter son tour de chant à une heure très tardive. Souvent, à peine a-t-il commencé à interpréter ses premières chansons, qu’une grande partie du public se met à quitter les gradins. Pour un artiste qui a beaucoup misé sur les succès de son concert, la scène est tout simplement frustrante voire humiliante. Et la soirée de se terminer en queue de poisson. Ce scénario qui s’est répété à plusieurs reprises lors des précédentes sessions du Festival de Carthage, nous en avons eu droit encore une fois jeudi dernier avec le concert du duo Rami Ayèche et Angham. Une partie du public, essentiellement féminin et jeune, qui était venue non pour écouter de la bonne musique, mais pour apprécier le physique de ce «beau gosse» libanais n’a pas eu l’élégance de rester jusqu’à la fin du concert et d’apprécier la voix et l’interprétation de la chanteuse égyptienne Angham qui n’a pourtant pas démérité et qui, en tout cas, a d’autres atouts que son physique pour plaire. Lui, il a chanté -ou plutôt prêté le micro à ses fans-, quelques anciens tubes comme «Yali Chaghel el bal», «Echata’ellek», «Khallini Maâk», «Ah ya msahar îni», «Omri ou rouhi maâk», «Qalbi hawak» et d’autres «Andak bahria» et «Allaïlou ya Leïla» de son aîné et compatriote Wadî Essafi. Elle, la fille du grand compositeur égyptien Mohamed Ali Slimane, a relativement quelque chose à «vendre» et a du grain dans son sac. Elle a chanté du «new» comme «Chaef», «Baâthli nadhra», «Echchouk zaraâli»… pour une poignée de spectateurs qui ont fait encore de la résistance. Après avoir assisté à ce spectacle, nous ne pouvons qu’être désolés de la dérive de nos mœurs artistiques et la décadence de nos goûts musicaux. Sous l’influence dont on ne cesse de mesurer la nuisance de certaines chaînes de télévision commerciales, qui privilégient l’image aux dépens de la voix, le look-fait d’artifice- passe avant, aux dépens de la valeur artistique, le public tunisien est en train de perdre ce que les artistes orientaux lui ont toujours attribué pour flatter sa disponibilité: la bonne écoute, l’oreille musicale. Le comportement de ce public depuis le début du festival est on ne peut plus affligeant. Il déserte les bons concerts et répond présent à chaque fois que le festival programme une de ces pseudo-vedettes, dont on aime plus les clips que les chansons, et qui n’ont souvent d’autres atouts que leur apparence physique et une fausse notoriété «fabriquée» par un matraquage publicitaire pompeusement appelé «communication». Le phénomène qui se confirme d’une session à l’autre doit donner à réfléchir. Zohra ABID ____________________________ Bavure Bon nombre de nos confrères journalistes ont été avant-hier contraints de quitter le théâtre de Carthage et de ne pas faire leur boulot. Des agents de Rotana leur ont refusé manu-militari de couvrir l’événement et de faire leur travail en usant de propos grossiers le moins qu’on puisse dire incompatibles dans un espace censé être dédié à la culture. Z.A.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com