Raouf Ben Amor : «Il faut du temps pour redorer le blason de Carthage»





Raouf Ben Amor se retrouve cette année sur la scène du festival de Carthage qui lui est cher, mais cette fois-ci à la tête de sa Direction. Un peu de tout, il nous a parlé, entre autres, d’un festival de Carthage qui prospérait à l’image d’une société ravie de se contempler pour refluer ces dernières années. On a tant voulu l’ébranler, déranger ses certitudes, mais Ben Amor a su mesurer ses mots. • Le Festival de Carthage a-t-il résolu l’équation du purement culturel et du nécessairement mercantile? — Suite à une décision claire et dans la lignée de la volonté de M. le ministre de la Culture et de la Sauvegarde du Patrimoine, la programmation était conçue de manière à essayer d’atteindre cet objectif. On a misé sur le culturel sans tenir compte, dans un premier temps, de l'aspect financier. Le ministère a un budget réservé à l’animation culturelle. Il n’a jamais été de ses soucis de gagner de l’argent. Il investit dans la culture. L’idéal aurait été d’arriver à couvrir les frais. Il me paraît difficile qu’on y parviendra cette année, car c’est une étape de transition où il fallait couper net avec certaines tendances à plaire au public, à n’importe quelle condition. • A ses débuts, le festival de Carthage était géré par un “Etat providence”. La qualité artistique n’était-elle pas meilleure? — Depuis quelques années, le concept et les fondements de ce prestigieux festival ont été dénaturés. Pendant trois décennies, Carthage était un festival international de renom et une fenêtre ouverte sur les cultures du monde. Il fallait lui rendre ses lettres de noblesse et tout redressement de situation défectueuse nécessite de gros efforts, de grands sacrifices et surtout du temps. J’avais toujours dit qu’il fallait au moins trois sessions pour rectifier le tir. Avec les nouvelles orientations du festival et la ferme volonté de M. le ministre, nous y parviendrons. • Mais, jusqu’ici, on ne voit toujours pas une grande amélioration. — Il est normal que cette session transitoire connaisse des faiblesses, non sur le contenu du programme qui a fait l’unanimité, mais sur certains plans organisationnels qui n’ont pas tenu compte de l’ampleur de la programmation, de la diversité des sites et de la stratégie de communication et de la sensibilisation qu’il fallait adopter. • Le problème des prix a été posé. Qu’en dites-vous? — Le problème des prix a été effectivement posé par pas mal de mes collègues, et même par des citoyens qui m’ont contacté à ce sujet. Je signale que les prix n’ont pas changé depuis trois ans. Il est vrai que voir trois spectacles par semaine nécessite un gros budget. A la fin du festival, une étude approfondie et une analyse minutieuse de tous les aspects concernant ces sessions éclaireront les membres de la Commission quant aux décisions à prendre pour la session prochaine. Il est vrai aussi que ce programme a été conçu en l’espace de deux mois (depuis mars 2005) ce qui n’était pas chose aisée. Celui de 2006 sera plus rationnel et j’espère qu’il sera arrêté avant la fin de mon contrat, c’est-à-dire avant la fin de décembre 2005. Et là, la Direction aura 6 mois pour bien communiquer et même si les prix ne changeront pas, des solutions seront envisagées. Il faudra jouer sur les abonnements à des prix très réduits, de manière à sensibiliser le Tunisien à acquérir de nouvelles habitudes en achetant un abonnement qui lui permettait de voir 5-10 ou 20 spectacles. • Qu’en est-il pour le public tunisien? De mauvaises langues disent qu’il voit en la culture un défouloir qui remplit les deux principales fonctions : rire et danser. — Il n’y a pas un public tunisien. Il y a plusieurs publics. Le succès foudroyant du Palais Al Abdelliya avec son bon cycle de concerts de tarab prouve qu’il y a un public pour la culture de qualité. • La somme de 120 mille dinars allouée à la cérémonie d’ouverture est-elle justifiée par la qualité, très moyenne comme le pensent certains, de Zaza? — 120 mille dinars, c’est un budget qui a été, depuis 2 ou 3 ans, consacré à la soirée d’ouverture et de clôture qui était, de tout temps, une production du ministère de la culture. Cette année, le spectacle d’ouverture a été confié à Fadhel Jaziri qui a 40 ans de métier et qui a signé entre autres la «Nouba» et la «Hadra». Deux spectacles au succès indiscutables, quelle que soit leur valeur. «Zaza» a fait couler beaucoup d’encre. On m’a suggéré même d’organiser une rencontre fin septembre pour en discuter à tête froide, et cerner les raisons de l’impact de ce spectacle qui n’a pas été à la hauteur de nos espérances. • Le choix de Raouf Ben Amor à la tête du Festival de Carthage est-il dû à un gain de popularité après avoir campé le rôle de Chedly Tammar? Ou parce que le ministre est tunisois et que la culture se retrouve sous les heureux auspices des «Baldias»? — Il faut distinguer entre le personnage du feuilleton et Raouf Ben Amor qui exerce depuis 40 ans. La notion de «Baldi» ou de «Tunisois» est désuète. Ceux qui en débattent encore sont hors du temps. Je dirais enfin, que ceux qui n’ont fait que s’attaquer systématiquement au festival et qui n’ont rien trouvé de positif quant à l’effort fourni, devraient se mettre à réfléchir sérieusement. En ce sens où il faudrait analyser objectivement les problèmes, s’il y en a, afin d’éclairer les membres de la Commission de la prochaine session. Mona BEN GAMRA


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com