Mariage à la djerbienne: Le “Mahfel” … jasmin et “fell”





Les Djerbiens sont très respectueux de leurs traditions. Qu’ils habitent dans l’île ou qu’ils soient membres de la diaspora, ils ne lésinent pas sur les moyens pour préserver les coutumes insulaires. A Sidi Bousaïd, un “Mahfel” djerbien témoigne d’une fidélité irréfutable aux règles qui régissent les mariages dans l’île des rêves. Tunis - Le Quotidien Une somptueuse villa est ce soir toute allumée non à son habitude. Elle appartient à une grande famille djerbienne réputée ici à Sidi Bousaïd. Dans la petite ruelle qui mène au sommet de cette colline, de très belles maisons en bleu et blanc réaffirment que le label de Sidi Bou est la simplicité. Celle-ci ne cesse de se conjuguer aux différents temps qui ont marqué cette destination qui fait la réputation de la banlieue nord. Plus on s’approche de la villa qui abrite une cérémonie pas du tout comme les autres, plus la file des voitures est importante. Il semble que beaucoup d’invités ont fait le déplacement de l’île des rêves pour assister à ce “Mahfel”, une soirée distinguée du mariage djerbien. Des hommes sont installés en quelques petits groupes devant les voitures. Ils sont en train de prendre un pot. Car la tradition chez ces gens du Sud interdit que l’alcool soit consommé à l’intérieur des maisons pendant de telles cérémonies. Tout le monde se plie à ces coutumes. De l’autre côté, des enfants courent et jouent, tous contents de leurs vêtements neufs. Les fillettes ont même de l’henné sur les mains. C’est la marque suprême du mariage. Les yousyous qu’on entend de la rue témoignent également d’une joie spéciale. Dans cette villa, il y a deux entrées. La principale est consacrée ce soir pour les hommes. La secondaire, quant à elle, cède le passage aux femmes. Un tapis cache l’intérieur et prouve encore une fois que le conservatisme chez les djerbiens, est une valeur irréversible. Une fois dans le “Mahfel”, on est tout de suite impressionné par la tradition respectée à la lettre. Pour commencer, il n’y a pas de chaises. Tout le monde, hommes dans une partie et femmes dans une autre, est assis par terre. Plein de tapis de pure laine servent pour l’occasion. Les vieilles dames, personnes privilégiées bien évidemment, bénéficient par contre de bancs parce qu’elles ne peuvent pas se mettre par terre. Elles sourient aux jeunes femmes qui s’occupent de l’ordre. C’est leur manière d’afficher leur satisfaction. * Un rituel ancestral Le mariage est celui d’un fils de cette grande famille. Il a épousé la fille d’une autre famille de renommée également à Djerba. C’est le pouvoir et l’argent qui épousent le pouvoir et l’argent. Mais la modestie de ces gens dans leur traitement des invités force le respect. Comme c’est un homme qui se marie, le “Mahfel” est donc masculin. Ce qui signifie que la danse est un privilège auquel seuls les hommes ont droit. Sur les rythmes du “Mezoued” djerbien, on danse d’une façon très expressive. Les mouvements sont interprétés par les femmes qui regardent le spectacle. Paradoxalement, ce soir, ce sont les dames qui suivent les hommes du regard. D’habitude, dans les milieux conservateurs, c’est l’inverse qui se passe. Or les “Mahfels” ont leurs règles masculines permettent aux femmes, selon des témoigages de Djerbiens, de voir les invités. Les mamans arrivent à orienter leurs choix si jamais elles ont des filles célibataires. Celles-ci peuvent donc avoir une idée sur d’éventuels fiancés. Et le jour “J”, quand on vient demander telle ou telle main, la fille aura ainsi l’impression d’avoir déjà vu la personne en question et pourrait mieux réfléchir à la demande. A ce moment, on sert le thé. Les verres sont présentés dans d’énormes plateaux, en raison du nombre d’invités. Les femmes qui nous servent sont toutes habillées en “Malhfa” ou en “Beskri”. Ce sont des termes typiquement djerbiens. Lorsqu’elles sont faites selon les traditions en vigueur, elles coûtent les yeux de la tête. Rien qu’en voyant les fils d’or et d’argent, on peut tout deviner. Un autre spectacle est aussi captivant que celui des habits traditionnels ou de la piste de danse. C’est la quantité de bijoux en or pur qui ornent les poitrines de la plupart de ces dames. C’est incroyable ce qu’on voit comme colliers énormes qui arrivent aux bas des ventres et qui bougent avec les mouvements. Ces bijoux sont si imposants par leur nombre et leurs modèles qu’on arrive difficilement à les fixer des yeux. Les bagues sont portées dans tous les doigts des mains. Et pas n’importe quelles bagues. * Donations Du côté des hommes, l’ambiance est tout feu. On double alors la dose d’encens pour intensifier la fumée. Le marié en tee-shirt blanc et serviette verte sur l’épaule, est entouré de ses proches et amis. Et place à un autre show à chaque entracte. Le chanteur qui est très connu à Djerba, se donne volontiers à des “enchères”. C’est au fait l’annonce au micro des donations. C’est de l’argent qu’on offre au marié. Chaque donateur a droit à une “tirade” à qui mieux mieux. Les sommes ce soir ne sont point dérisoires. Tout au contraire, les noms de familles désormais liées par l’alliance, exigent des sommes en conséquence. Il est temps maintenant de sortir les gâteaux. Toujours dans des plateaux dignes d’un tel événement, les pâtisseries sont distribuées par des femmes qui ne se contentent pas d’un seul tour. Elles insistent aussi pour que tout le monde soit servi. Leur sourire est synonyme d’une générosité et d’une hospitalité incontestables. Bien avant de passer à ces services, les dames membres de la famille du marié, saluent toutes les invitées. Comme elles sont assises par terre, on abandonne les bises et on se contente de serrer la main. Ce geste est en tout cas d’autant plus sympathique que convivial. D’ailleurs, personne ne peut se sentir étranger dans une ambiance comme celle-ci. A 3h00, la soirée bat encore son plein. Les invités sont toujours là. D’autres arrivent à cette heure-ci. On continue à danser et à donner de l’argent au nom des proches et des amis du marié. Ce genre de soirées se poursuit jusqu’à l’aube. Tout ce qu’on peut dire c’est que le “Mehfel” est magnifique. Le cadre de la ville aux deux vastes terrasses se prêtait au mieux aux principes de cette cérémonie. Elle était fidèle à la tradition djerbienne. Maryem KADA


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com