Oussama Farhat : De bric et de broc





Le concert devait démarrer à 22h00. Or, jusqu’à 22h30 les musiciens répétaient encore en présence du public et ajustaient la sonorisation, qui sera d’ailleurs très mauvaise du début jusqu’à la fin. Oussama Farhat s’est fait un nom dans la musique tunisienne sans qu’on sache vraiment ce qu’il fait exactement. On ne lui connaît pas non plus des compositions qui ont marqué leur temps. On aurait du mal aussi à identifier son style musical, tant ses choix sont éclectiques, puisant partout et nulle part, sans ligne directrice apparente que celle d’une inspiration à la petite semaine. Nous avons longtemps pensé qu’il est à la recherche d’un style propre et qu’il ne tarderait pas à le trouver. Or d’un concert à un autre, nous constatons le même tâtonnement et la même quête de quelque chose d’insaissable. «Vous allez trouver l’âme de la musique du monde», a dit le musicien au début de son dernier concert donné mardi soir au Musée de Carthage. Ce concept de world-music est, on le sait, un véritable fourretout. Le programme de la soirée nous le confirmera. Avec les neuf musiciens dont on cite notamment Lassaâd Hosni, Ali Guellit, Riadh Sghaïer et Mehrez Achouri et les quatre chanteurs (Noureddine Kallal, Hajer Bouâzizi, Raoudha Boundka et Mounira Brinsi) de sa nouvelle troupe -encore une- appelée Groupe Nass, Oussama Farhat a présenté des chansons engagées de cheikh Limam, Marcel Khalifa et autres Hédi Guella. Il a présenté aussi de vieux succès puisés dans le répertoire «charqi» et «tounsi». Et même des chansons françaises. La recherche, si recherche il y avait, a consisté à introduire la rythmique du «rboukh», musique des quartiers chauds de Tunis, dans la distribution de chansons dites engagées. Fallait-il le faire? Qu’on nous permettre d’émettre des réserves sur cette démarche si peu orthodoxe Cette tendance qu’ont aujourd’hui nos musiciens de mettre du mezoued partout, comme pour épicer une chanson tunisienne qui a perdu beaucoup de sa saveur, ne dénote pas une grande créativité. Elle traduit, outre un suivisme de mauvais aloi, une volonté de séduire le grand public à tout prix. Or, on ne crée pas de la bonne musique en mélangeant les genres, les styles et les rythmes. Et encore moins en suivant quelque recette. En invitant Moncef Mezghani à déclamer quelques poèmes, d’ailleurs déjà entendus en d’autres occasions, Oussama Farhat a voulu sans doute honorer la poésie qui reste un élément majeur dans cette précieuse alchimie qu’est une chanson. Les quelques tableaux de danse assez bâclés n’ont rien ajouté eux non plus, au concert qui a eu du mal à démarrer. Le public, quelques dizaines de personnes tout au plus, a eu tôt fait de décrocher. Dommage pour tout le monde. Ce genre de situation qui s’est répété plus d’une fois au cours de cette session du Festival de Carthage est le résultat de l’improvisation et du travail vite fait. Zohra ABID


Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com