Retour à la normale en Mauritanie : Un coup d’Etat dans «la souplesse et le calme»





Le coup d'Etat qui a porté au pouvoir mercredi en Mauritanie le Conseil militaire pour la justice et la démocratie (CMJD) semble favorablement accueilli à l'intérieur du pays, où la situation était apaisée hier. Le Quotidien - Agences A Nouakchott, théâtre du coup d'Etat de mercredi, la situation était calme hier matin et les commerces, pour la plupart fermés la veille, rouvraient progressivement alors qu'automobiles et piétons reprenaient possession des rues. Ni couvre-feu, ni postes de contrôle d'identité, le dispositif de sécurité était allégé, les véhicules équipés de mitrailleuses et les soldats en armes étant moins nombreux dans le centre-ville, a constaté le journaliste de l'AFP. Le CMJD, mené par le colonel Ely Ould Mohammed Vall, directeur de la sûreté nationale (police), qui a pris le pouvoir mercredi en l'absence du président Maaouiya Ould Taya, semble vouloir prouver que le changement s'est déroulé dans "la souplesse et dans le calme", explique sous couvert d'anonymat un observateur dans la capitale mauritanienne. Ils souhaitent "donner confiance aux Mauritaniens et aux partenaires étrangers du pays", estime-t-il. L'aéroport de Nouakchott a été rouvert au trafic dès avant-hier soir après une fermeture de quelques heures, selon des sources aéroportuaires, et les administrations fermées mercredi ont également repris leurs activités hier, selon le journaliste. Situation normale Dans le reste du pays, la situation était également normale, selon des témoins. Face à cette transition institutionnelle, les partis d'opposition ont généralement affiché hier matin une position de principe hostile au recours à la force, mais ils s'accordent pour demander des changements démocratiques, validant de fait le coup d'Etat. L'Union des forces de progrès (UFP), parti d'opposition représenté à l'assemblée nationale "prend acte" du changement de régime, et souhaite "que le sang du peuple mauritanien continue à être préservé", dans un communiqué publié hier. De son coté, le Front populaire (FP) de l'opposant Mohamed Lemine Chbih Ould Cheikh Melainine a salué "les objectifs fixés par le CMJD qui visent à mettre sur les rails un processus démocratique digne de ce nom". Dans un communiqué publié mercredi, le CMJD s'est engagé à "créer les conditions favorables d'un jeu démocratique ouvert et transparent" et à ne "pas exercer le pouvoir au-delà d'une période de deux ans". Aucun membre du gouvernement du président déchu n'a été arrêté ou interrogé par les nouveaux dirigeants du pays, qui, explique-t-on de sources proches du Conseil militaire, veulent vite "tourner la page". * Les partisans de Taya dénoncent Par contre l'ex-parti au pouvoir, le Parti républicain démocratique et social du président déchu (PRDS) a vivement rejeté le putsch et appelé toutes les forces vives du pays à refuser le "changement anti-constitutionnel". "Nous demeurons attachés au régime légal du président Taya", a affirmé Boullah Ould Mogueya, secrétaire général du PRDS, dans une déclaration lue au siège du parti à Nouakchott. Le président Ould Taya se trouvait toujours à Niamey hier, où il a atterri en provenance de Ryad, et ne s'est pas encore exprimé sur la situation. Du côté de l'armée, le CMJD semble en revanche avoir réussi sa mobilisation, selon plusieurs officiers interrogés par l'AFP. "L'armée est unanime sur le changement (...) Les ralliements ont été rapides et sans grand problème", a notamment assuré un officier supérieur qui ne faisait pas partie des putschistes. Quant à la population mauritanienne, habituée aux coups de force, elle paraît avoir réagi positivement au changement sans regret pour l'ancien régime. Toute la nuit de mercredi à jeudi, des petits cortèges de véhicules ont sillonné les rues de la capitale et leurs occupants ont manifesté leur joie à coups de klaxons. "C'est une bonne chose que le coup se soit passé sans effusion de sang et sans actes de pillages des biens des populations", s'est félicité hier Abdallahi Ould Bilal, un boucher de Nouakchott. _____________________________ L’Union africaine suspend Nouakchott Le Quotidien - Agences L’Union africaine a exclu provisoirement hier la Mauritanie de ses rangs, au lendemain du coup d’Etat qui a renversé la président Maaouiya Ould Taya. Le Conseil de sécurité et de paix de l’Union africaine, qui s’est réuni juste après le Sommet extraordinaire de l’UA sur la réforme de l’Onu, a annoncé que cette suspension serait effective tant que “l’ordre constitutionnel” ne sera pas de retour en Mauritanie. * Réforme de l’ONU Par ailleurs, l'Union africaine s’est réunie hier en Ethiopie pour un sommet d'une journée dédiée à la formulation d'une position commune sur la question épineuse de l'élargissement du Conseil de sécurité de l'Onu. Des délégués du Brésil, de l'Allemagne, du Japon et de l'Inde - quatre Etats (G4) aspirant à un siège de membre permanent au Conseil de sécurité - étaient également présents. Ils recherchent le soutien des pays africains à leur projet d'élargissement du Conseil, qui compte actuellement 15 membres. Le Nigeria, actuel président de l'UA, est favorable à un compromis formulé le mois dernier par plusieurs pays africains et le G4. Mais plusieurs membres de l'UA, notamment en Afrique du Nord, y sont opposés. "Ne vous attendez pas à une position unifiée, malgré les efforts réalisés pour satisfaire le G4", a déclaré, à New York, l'ambassadeur de l'Algérie à l'Onu, Abdallah Baali. James Jonah, ambassadeur de la Sierra Leone auprès des Nations unies, doute lui aussi qu'un véritable consensus émerge de ce sommet, convoqué à la hâte. _____________________________ Indifférence dans les pays arabes, Israël déplore Le Quotidien - Agences Les pays arabes, préoccupés par la situation en Arabie Saoudite après le décès du roi Fahd, avaient peu réagi hier au coup d'Etat en Mauritanie, déploré en revanche par Israël, qui entretient des relations diplomatiques avec Nouakchott. "Nous déplorons le principe même des coups d'Etat militaires dans tous les pays et nous attendons de voir quelles sont les relations que le nouveau régime va entretenir avec la communauté internationale et en particulier Israël", a déclaré un haut responsable du ministère israélien des Affaires étrangères. A Amman, le quotidien Al-Dustour (semi-officiel) estime que "le coup d'Etat en Mauritanie rappelle les années soixante, époque des coups d'Etat dans le monde arabe (....)", mais relève que «le régime (du président déchu) a beaucoup provoqué son peuple à cause de ses liens avec Israël». Au Caire, la Ligue arabe, dont la Mauritanie est membre, ne s'était pas prononcée hier matin, tandis que la presse s'est contentée de rapporter en première page les dépêches d'agences relatant le changement de régime sans commentaire. Cependant, lors d'un rassemblement du Mouvement pour le changement Kefaya (Assez - opposition), quelques heures après le coup d'Etat mauritanien, des manifestants ont crié leur "admiration" pour les nouveaux maîtres de Nouakchott, appelant les Egyptiens à suivre leur exemple. Par contre, ce putsch a été vivement condamné par l’Union africaine (UA), tout comme la Commission européenne et la présidence britannique de l’Union européenne. Le secrétaire général des Nations unies Kofi Annan a estimé que «les différents de nature politique devraient être réglés de manière pacifique à travers le processus démocratique». A Washington, le département d’Etat appelé «à un retour à l’ordre pacifique sous le gouvernement établi du président (Ould) Taya». Paris a appelé au «respect de la démocratie et du cadre institutionnel légal».


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com