Maladies psychiatriques et mentales en Tunisie : Dépression et schizophrénie en tête de liste…





Tantôt associées à un mode de vie moderne et stressant, tantôt imputées à des chocs psychologiques déstabilisateurs, les maladies psychiatriques et mentales gagnent du terrain dans nos murs... Constat plus inquiétant: les Tunisiens atteints de ce genre de pathologies des temps modernes souffrent doublement à cause de la stigmatisation et de l’incompréhension émanant d’un entourage souvent hostile et méfiant... Tunis - Le Quotidien Frappées du sceau du “tabou” et stigmatisées par la société, les maladies psychiatriques et mentales demeurent sous-estimées, voire même méconnues. La preuve : aucune étude exhaustive n’a été réalisée à l’échelle nationale pour percer les secrets de ces pathologies dites maladies du troisième millénaire. L’unique étude réalisée par le Pr. Hachemi Zouheir, éminent psychiatre à l’hôpital des maladies psychiatriques “Razi”, ne concerne que le gouvernorat de l’Ariana. C’est pourquoi, les “psy” tunisiens réclament toujours auprès des autorités de tutelle la réalisation d’une enquête à l’échelle nationale en dépit du fait que le gouvernorat de l’Ariana soit plus ou moins représentatif de la société tunisienne. S’il est vrai que ce gouvernorat faisant partie du Grand Tunis regroupe les diverses catégories socio-professionnelles, des citadins, des ruraux il n’en demeure pas moins que plusieurs régions de la Tunisie gardent des spécificités démographiques, sociales et professionnelles ainsi que des traditions bien propres à elles. * La dépression tient le haut du pavé L’enquête réalisée par le Dr. Zouheir révèle que c’est la dépression qui reste en tête de liste des maladies psychiatriques et mentales les plus fréquentes en Tunisie. Cette maladie touche 1,8% des Tunisiens. Ce taux est contesté par de nombreux spécialistes estimant que la dépression touche beaucoup plus de Tunisiens qui rechignent à subir un diagnostic de crainte d’une réaction hostile de l’entourage. Ce qui est plus grave aux yeux des spécialistes c’est que l’enquête démontre que 10% seulement des 180 mille tunisiens dépressifs sont traités en dépit du fait qu’il s’agit d’une maladie curable. Le Dr Saïda Douki, chef de service à l’hôpital “Razi” et présidente de la Société tunisienne de psychiatrie, explique que cette “maladie de la volonté” caractérisée par la diminution ou la perte de l’envie de vivre est dans la plupart des cas considérée par le commun des mortels comme de la fatigue, du surmenage ou encore un caprice. “On a généralement tendance à culpabiliser les patients alors que la dépression est une maladie qui se soigne avec des médicaments”, ajoute le Pr. Douki. Afin de mieux expliquer cette pathologie fréquente le Dr. Douki donne l’exemple d’“une batterie à plat qu’il faut recharger” en soulignant qu’“elle se distingue par des plaintes d’ordre somatique telles des céphalées, des douleurs de dos et une fatigue générale que les hommes tentent, contrairement au sexe faible, de calmer en s’automédiquant avec de l’alcool ou du tabac, lesquels masquent provisoirement la dépression”. L’étude réalisée à l’Ariana montre également que les personnes dépressives cherchent fréquemment refuge chez les voyantes et les guérisseurs traditionnels tandis qu’il s’agit d’une maladie biologique dûe au trouble de l’activité de certains neuro-transmetteurs. * Vulnérabilité individuelle et hérédité Le Dr. Douki fait remarquer que la dépression est une pathologie provoquée pour une conjugaison de facteurs. “Les malheurs de la vie tels la mort d’un être cher, l’échec scolaire, la perte d’un emploi pourraient être à l’origine d’une dépression. Toutefois, outre la vulnérabilité individuelle, les études ont montré que le facteur héréditaire joue un rôle important dans l’apparition de la dépression”, déclare le Dr Douki. Et d’ajouter que “certaines personnes sont éduquées pour être dépressives puisqu’elles grandissent dans la peur et la timidité excessive”. Non traitée, la dépression pourrait favoriser l’apparition de certains cancers graves. Le risque de récidive de cette pathologie est de l’ordre de 50%. Les études démontrent aussi que certaines catégories professionnelles exerçant des métiers durs tels les enseignants sont plus touchées par la dépression. L’étude réalisée par le Dr. Zouheir révèle que les femmes sont plus touchées par cette pathologique que les hommes. La deuxième maladie la plus fréquente en Tunisie est la Schizophrénie. Cette psychose délirante chronique caractérisée par la discordance de la pensée et de la vie émotionnelle par rapport au monde extérieur touche 0,6% des Tunisiens. Le Dr Douki affirme que cette maladie naguère appelée “démence précoce” est baptisée par les spécialistes “le cancer des maladies mentales” d’autant plus qu’elle n’est pas guérissable. Et d’ajouter: “C’est malheureux de constater que cette maladie touche les sujets jeunes. N’empêche qu’on réussit à améliorer la vie des schizophrènes à condition que l’entourage soit tolérant”. L’anxiété est souvent associée à la dépression. Elle touche entre 20 et 25% des dépressifs alors que la “paranoïa” est très rare dans nos murs.. Walid KHEFIFI ______________________________ Célibataire endurcie à cause de la “malédiction” de Razi ! Les malades souffrant de pathologies psychiatriques et mentales se refusent aux témoignages sur les colonnes des journaux tant ils estiment qu’ils risquent gros. L’intolérance de la société à leur égard a été à l’origine de nombreuses histoires souvent tragiques. Le Dr. Douki précise que la stigmatisation des maladies psychiatriques a condamné une fille au célibat forcé. Il s’agit d’une adolescente qui a subi un traitement à l’hôpital “Razi” que les jeunes hommes du quartier évitent dès qu’ils savent qu’elle avait visité cet hôpital sis à la Manouba. W.K. ______________________________ Le Dr. Saïda Douki, présidente de la Société tunisienne de psychiatrie: “Halte à la stigmatisation...” “Notre société considère toujours tabou le fait d’aller dans un cabinet de psy. On apprend à nos enfants d’avoir peur des malades mentaux et des personnes souffrant de troubles psychiatriques, lesquels sont pourtant plus sensibles que les autres”, souligne le Dr. Douki, professeur de psychiatrie à la faculté de médecine de Tunis et présidente de la Société tunisienne de psychiatrie. Le Dr. Douki précise également qu’il faut “dédramatiser” ces pathologies et lutter contre la stigmatisation d’autant plus que les maladies mentales et psychiatriques sont des maladies comme les autres en indiquant que les médias ont un rôle primordial à jouer...


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com