Alicia Alonso (1ère Ballerine Cubaine) au «Quotidien» : «Danser, c’est partager l’amour et la paix»





Alicia Alonso n’a pas besoin d’être présentée, car cette dame est une véritable légende vivante de la danse non seulement à Cuba mais dans le monde. A 85 ans, Alicia Alonso, première ballerine et directrice du Ballet national de Cuba, garde encore toute sa grâce dans la gestualité et la manière de s’exprimer. Impressionnante, elle a répondu à nos questions avec la même beauté, souplesse et charme d’une danseuse classique sur le podium. — C’est en 1948 que le Ballet de Alicia Alonso a vu le jour. Comment avez-vous vous pu lancer un tel projet artistique dans une conjoncture nationale et internationale difficile ? — Non, ce n’était jamais facile ! J’ai créé le ballet Alicia Alonso dans une conjoncture très particulière qui remonte à 1948 avant même le déclenchement de la révolution ! Au début, j’ai rencontré beaucoup d’obstacles et de problèmes surtout sur le plan financier puisque je n’avais pas de subventions. Pour tout dire n’avais rien du tout. J’avoue aussi que j’avais des problèmes artistiques dans le sens que je n’ai pas trouvé de danseurs bien formés. Les danseurs qui étaient sur la scène à cette époque-là venaient de différentes écoles et ils n’avaient pas la même formation et le même niveau. Ils étaient aussi adultes pour apprendre la danse... J’ai dû surmonter beaucoup d’obstacles pour réaliser ce projet. Et voilà qu’en 1959, avec la victoire de la Révolution, les choses ont changé vers le bien et nous sommes parvenus à lancer une école comme nous la souhaitons surtout que l’Etat a pris en charge toutes les dépenses de l’école et les élèves ont même bénéficié d’une bourse. — Vous parlez d’une école de rêve pour former les danseurs. Quel genre de formation assurez-vous ? Et où situez-vous les danseurs cubains ? — Nous cherchons une formation complète et nous voulons que nos danseurs soient au summum de la scène artistique. Pour atteindre cet objectif, nous avons opté pour la formation classique; le début est toujours avec des chefs-d’œuvres du répertoire classiques puis on a commencé, petit-à-petit, à donner un souffle de modernité à nos danses. Mais pour intégrer l’école du ballet national de Cuba, les danseurs des deux sexes ne doivent pas dépasser, au maximum, l’âge de 12 ans et ce facteur est très déterminant dans la formation d’un danseur professionnel au vrai sens du terme. Actuellement, nous avons un ballet composé de 120 danseurs dont soixante sont venus en Tunisie pour prendre part au spectacle de Carthage. Interpréter et connaître le répertoire classique est très important pour chaque danseur car «Giselle», «Grand pas de quatre», «La belle au bois dormant», «Le lac des cygnes» et d’autres œuvres classiques permettent aux danseurs de découvrir les nuances surtout au niveau de l’interprétation où le feeling et la manière d’interpréter le rôle sont très importants et significatifs. Après la formation classique, nous avons interprété la danse folklorique espagnole, cubaine et mexicaine. Cette formation complète et variée a permis aux danseurs cubains d’intégrer les grands ballets internationaux en tant qu’enseignants et formateurs. Les danseurs cubains sont partout dans le monde : en France, au Japon, en Espagne, en Chine, au Mexique, aux USA. Les danseurs cubains ressemblent à mon avis à cet arbre dont les racines sont bien dans la terre et les fruits sont partout dans l’air ! Ils sont bien enracinés mais ils sont très ouverts et partagent l’amour et le plaisir de danser avec les autres ! — Vous avez choisi de lancer la Fondation Alicia Alonso à Madrid, pourquoi avez-vous choisi l’Espagne et que pensez-vous du niveau de la danse dans ce pays ? — J’ai deux réponses à cette question; primo : pourquoi pas ? Secundo : et c’est le plus important, mes grands-parents sont d’origine espagnole. Je ne vous cache pas qu’au début et à l’ère du Général Franco, je n’ai pu danser en Espagne. Après son départ, j’ai essayé et j’ai réussi grâce à l’aide des danseurs espagnols. Ca fait quinze ans déjà depuis que j’ai lancé ma fondation. Nous avons mis la main dans la main pour développer la danse dans ce pays. Actuellement, l’Espagne a de grands danseurs et danseuses, je dis même de magnifiques et formidables danseurs qui coupent le souffle. — Vous êtes pour la première fois dans un pays africain, arabe, musulman et méditerranéen de la rive sud. Avez-vous des projets en Tunisie ? — J’ai rencontré le ministre de la Culture tunisien et je lui ai proposé la participation d’un groupe de danseurs et de danseuses tunisiens dans la 20ème édition du Festival des ballets à Cuba. C’est un festival biennal qui réunit les grands ballets et compagnies. La 22ème session démarrera le 20 octobre et durant cette manifestation, Cuba devient la capitale internationale des ballets. Nous souhaitons voir des artistes tunisiens parmi nous, au bonheur des amoureux de la danse ! Interview réalisée par Imen ABDERRAHMANI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com