Ballet National Cubain : Danse avec la grâce





La danse est un art spécifique et une discipline à part entière. Elle a ses règles et ses méthodes dont seuls les exécutants détiennent le secret. C’est ce qu’on a découvert avant-hier soir avec les danseurs du Ballet national cubain, qui ont livré, sur la scène de l’Amphithéâtre romain de Carthage, les secrets du geste et la beauté du mouvement et du corps. Dans l’un des chapitres de la «Mouqaddima», parlant de la danse, Ibn Khaldoun disait que le corps s’exprime sous l’effet de la chaleur, tandis que les membres agissent sous l’influence d’un ou de plusieurs facteurs externes. La combinaison de ces deux facteurs crée les différents genres et formes de danse, selon le philosophe français Jean-Paul Sartre. Mais, pour que les différents mouvements et les gestes soient plus expressifs, il faut qu’il y ait un bouleversement corporel. «C’est l’émotion, comme d’ailleurs la musique, qui donne un sens à ce bouleversement corporel», disait Sartre. Le spectacle donné, avant-hier soir, par le Ballet national cubain illustre parfaitement cette assertion. Sur fond d’une musique symphonique très adaptée qui met en relief la beauté du geste et du corps, les danseurs de cette troupe ont donné une lecture très expressive du corps, à travers une interprétation de plusieurs mouvements de danse qui fait la synthèse entre les folklores cubain, mexicain et espagnol entre-autres. Outre ces genres, ils ont exécuté d’autres gammes du répertoire classique cubain. Sitôt montés sur scène vers 22 heures, les danseurs cubains ont entamé la première partie de la soirée, en s’attaquant aux gammes de danse les plus complexes. Habillés en costumes jaunes, sobres et étincelants, les cinq couples accompagnés de leur «joker» ont exécuté un genre de danse, au cours duquel, ils ont privilégié des «faufilades». Ils ont également mis en exergue dans cette gamme de danse plusieurs mouvements de pieds. Déplacements sur la pointe du pied, accrobaties plates, telles sont entre autres les gammes qui ont été dévoilées par les danseurs cubains durant ce premier tableaux. Le deuxième a permis de découvrir d’autres genres de danse. Devant un couple composé d’un roi et d’une reine observant joyeusement le spectacle, quatre autres couples ont exécuté les gammes, les plus compliquées de la danse contemporaine et parmi lesquelles «la danse des pirouettes», «le saut russe», «le saut de rivières». On a vu certains des danseurs exécuter des genres de danse au cours desquels ils ont eu recours tantôt à des écarts sur la pointe des pieds, tantôt à des déplacements à jambes croisées ou «décroisées» parfois. * Splendide ! La grande particularité du spectacle donné par le Ballet national cubain réside surtout dans la finesse des exercices présentés dans chaque tableau. Outre les gammes classiques à l’instar de la «Giselle», des «Grands pas de quatre», «Le lac des cygnes» entre-autres, maîtrisées par les danseurs de cette troupe, le public a eu l’agréable surprise de découvrir à travers les tableaux du spectacle de vendredi dernier, des tableaux de danse très expressifs avec une touche cubaine, concoctée par Alicia Alonso, première ballerine cubaine. Outre «le saut de rivière» et autres danses bien raffinées, les danseurs ont mis en exergue des tableaux qui restituent la danse du printemps, mais aussi d’autres gammes des spectacles classiques des campagnes occidentales. On a pu constater aussi une très belle occupation de l’espace, à travers certains des tableaux et une reproduction de certains signes et figures comme l’étoile, le cercle rendant le spectacle donné avant-hier soir splendide et agréable à suivre. Au total, pas moins de 16 couples ont participé à sa réalisation. Le public venu nombreux n’a en tout cas pas été déçu. Cette soirée donnée par le Ballet national cubain était l’une des plus reluisantes de cette 41ème édition du Festival international de Carthage. Ousmane WAGUE ________________________________ Gracias Senora ! L’histoire du Ballet national de Cuba est intimement liée à l’histoire de ce pays révolutionnaire qui a choisi de faire de la culture un vecteur de développement et d’évolution sociale. Là où ils passent, aux quatre coins du monde, les Cubains font des ravages. Musiciens, danseurs, peintres, écrivains..., ils ont bien compris que le moyen de communication le plus efficace est l’art. Ceux qui ont choisi d’assister avant-hier au spectacle du Ballet national cubain - même s’ils n’étaient pas aussi nombreux comme c’est le cas lors des concerts des artistes “Kleenex” - vont certainement garder toute leur vie de beaux souvenirs. Le succès du Ballet national cubain sur la scène internationale de Carthage est le fruit d’un long travail effectué, dans les années 50 et qui a été mené par Alicia Alonso. Un nom qui résonne fort dans l’histoire de la danse car elle est une figure de proue de la danse classique dans la culture ibéro-américaine. Née sous les auspices du Sagittaire, signe de feu, Alicia Alonso a enflammé les scènes internationales et les grands ballets. Elle a fait ses premières armes auprès de grands danseurs et chorégraphes comme Enrico Zanfretta, Alexandra Feodorava... Alicia Alonso a été la danseuse étoile du Ballet du Théâtre de New York. Michèle Fokine, George Balanchine, Léonide Massine, Bronislava Nijinska, Antony Tudor, Jérôme Robbins, Agnès de Mille et d’autres chorégraphes de renom ont marqué la carrière de la jeune Alicia qui a intégré aussi l’Opéra de Paris (Giselle”, “Grand pas de quatre”, “La belle au bois dormant”), de Vienne et de San Carlo de Naples (“Giselle”), de Prague (“La fille mal gardée”), La Scala de Milan (“La belle au bois dormant”)... Un grand succès qui l’a menée à lancer le ballet qui porte son nom devenu après le Ballet national cubain, image de marque d’un Cuba en mutations culturelles continues ! “Les ballets ne sont que de la sculpture qui bouge” mais ce n’est pas vrai car le feeling est un élément primordial pour que ces corps, ces tutus et ces chaussons aient une âme! Le public qui a assisté à la prestation du Ballet National Cubain n’était pas le public de chaque soirée. C’est un public averti et connaisseur du répertoire classique et romantique ayant un goût raffiné et qui sait bien apprécier la danse. On commence à rêver déjà du Ballet Béjard que les organisateurs nous ont promis de programmer en 2006 ! Imen ABDERRAHMANI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com