Saber Rebaï : Au firmament





Il est jeune, il est beau et il chante comme un ange. Jeudi soir, le Sfaxien a été porté au septième ciel par un public aux anges. Quand il a décidé il y a quelques années de s’expatrier en Egypte et de confier sa carrière artistique aux producteurs, paroliers et compositeurs du bord du Nil, il s’est trouvé beaucoup de Tunisiens pour critiquer ce choix, considéré sous un angle purement nationaliste. Que serait-il devenu s’il était resté au pays? On n’oserait à peine l’imaginer. Saber Rebaï n’a pas regretté d’avoir fait ce choix, lui dont la popularité ne cesse de croître, aussi bien dans cet Orient compliqué où il réside -et travaille- désormais, qu’en Tunisie, son pays auquel il n’a jamais vraiment tourné le dos. Ni son public d’ailleurs qui a vu le jeune chanteur prometteur, devenir une star épanouie, capable de rivaliser avec les meilleurs interprètes de sa génération. La preuve de cette réussite nous a été apportée une nouvelle fois lundi dernier, lors du concert qu’il a donné au théâtre romain de Carthage en faveur de l’Association caritative Basma. Porté à bout de bras par douze mille spectateurs et surtout spectatrices en délire, Saber Rebaï a donné le meilleur de lui-même avec des mawawil, tout en interprétant quasiment tous ses anciens tubes (de Sidi Mansour à Barcha en passant par Ghourourek, Machallah âliha…), notamment Ana law laffit eddonia bihalha, tiré de son dernier CD, Attahada alâlam et autres chantés même en français. Mais aussi des chansons du répertoire tunisien : une manière de rendre hommage aux pionniers comme Ali Riahi, Hédi Jouini, Mohamed Jamoussi. Le chanteur qui était vêtu d’un complet gris et d’une chemise mauve a su mener son concert avec beaucoup de professionnalisme, dansant et se promenant sur la scène du théâtre romain, dialoguant avec le public, interpellant ses musiciens, sans tomber dans la familiarité. Son physique avantageux et ses dons de séducteur, il a su les mettre au service de son art, évitant de jouer sur un registre exclusif ou de tomber dans la facilité d’un succès trop facile. Le public était certes acquis d’avance- en témoignent les cris et les youyous qui fusaient des gradins-, mais le chanteur tenait à faire bonne figure, à respecter ses musiciens et son public, à se respecter lui-même. Ce qui dénote une certaine maturité dont on peut estimer qu’elle lui permettra d’aller encore plus loin, non seulement sur la voie de la célébrité, mais sur celle plus exigeante, de la réussite artistique. Saber RebaI a montré qu’il est capable de drainer les foules à chacune de ses apparitions publiques. Espérons qu'il aura assez de ressources intellectuelles pour résister aux tentations (et aux sirènes) du Star system, préserver ce qu’il a de plus précieux, à savoir sa créativité et sa quête de la nouveauté, et se maintenir au sommet. Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com