Escapade dans les souks de la Médina : Parfums d’hier et d’aujourd’hui





Une randonnée et un déjeuner dans les souks de la Médina, même par temps de canicule, ne se regrettent pas. C’est toujours un plaisir de longer les remparts d’un tel endroit aux mille et une histoires et un parfums. Tunis - Le Quotidien On ne se lasse jamais d’y aller. Quand on s’y rend une fois, on sait qu’on reviendra. C’est un petit monde à part qui défend encore son cachet et son authenticité. C’est la Médina de Tunis. Ce sont les souks d’hier et d’aujourd’hui qui n’ont pas pris un pli. Bien contraire, ils défient jusqu’à maintenant le temps en dégageant un parfum unique et introuvable dans les nouvelles bâtisses tout en verre qui constellent le centre-ville. En été, il est rare de se hasarder dans les souks. Il faut très chaud et il vaut mieux éviter la foule. Car rien n’arrête au fait les habitués ni les visiteurs de cette ville ancienne et typique de Tunis. Par cette journée d’août, la canicule est au rendez-vous. C’est l’un des jours où le soleil a laissé libre cours à son ardeur tenace et suffocante. Du côté de la Kasbah, la chaleur n’a pas retenu tous ces gens qui viennent de terminer leurs visites à l’hôpital Aziza Othmana. Comme d’habitude, ils courent derrière les taxis à couteaux tirés. Tant mieux pour le premier qui aura touché la portière de la voiture. Il pourra aller jusqu’aux insultes si jamais on essaie de le convaincre de céder sa place à une vieille dame ou à une femme enceinte. Après ce spectacle quotidien à la sortie de Aziza Othmana, mille et un temps accueillent le visiteur de la Médina qui s’y aventure en pleine heure de sieste. Mais la fraîcheur de la pierre détrompe tous ceux qui redoutent la chaleur. Aux environs de «Jamaâ Ezzitouna», on commence à percevoir des touristes qui regardent plus qu’ils n’achètent. Des objets en tous genres son étalés et les commerçants essaient tant bien que mal de vendre. Une mission apparemment difficile. Rien n’est plus comme avant. On n’a même pas besoin de le dire. C’est un fait qui saute aux yeux. * Dragées et henné Dans cette partie du souk, des jeunes dames se bousculent, trousseaux de mariage obligent. Les magasins qui sont ici exposent tous les produits nécessaires pour les sept nuits de noces. Ce sont principalement les incontournables emballages de toutes les couleurs pour les dragées. En dentelle, en mousseline et avec plein de décoration, on n’a plus besoin de les acheter dans les magasins huppés ou chez les dames spécialistes de renommée. Les bourses moyennes peuvent se permettre de tels plaisirs. En plus des dragées, il n’y a pas de mariage sans assortiments pour le henné. Auparavant, ils étaient faits en satin dans le meilleur des cas. Ensuite, on les trouve aussi en argent. Ils n’étaient accessibles alors que pour certaines bourses . Maintenant, on les vend également en satin et argent. Au bonheur de celles qui tendent leurs mains pour les faire orner de henné. Le passage dans les souks de la Médina est comme une escapade dans une autre époque. C’est un retour aux sources et aux racines dont on ne peut se détacher. C’est un lieu qui porte dans ses remparts l’histoire de Tunis, l’histoire du meilleur… et du pire aussi. A Souk «El Attarine», vivement les mélanges. Dans ce magasin, on voit des bouteilles, beaucoup de bouteilles soigneusement rangées. De couleurs différentes, elles ne sont pas du même parfum non plus. Ce sont plusieurs goûts de sucs, de jus traditionnels au parfum d’amandes, de pêches, de figues, d’abricots et autres extraits de fruits. Mais dans cette boutique, on trouve quelques accessoires religieux et de décoration. A un moment, des touristes s’arrêtent pour demander le prix d’une tenue de danse orientale très originale. La dame n’est pas convaincue par les quatre-vingt cinq dinars réclamés. Elle essaie quand même deux tailles. Sa copine boit le verre de thé qu’elle trouve sur le comptoir. Elles discutent les trois du prix en Italien. Ensuite, elles repartent sans rien acheter. Celle qui a bu le thé avoue qu’il était délicieux. Elle a même voulu connaître la recette. Mais faute de temps, elle est repartie sans recette. * Détournement de clients D’autres touristes demandent les prix des accessoires en cuir. Ils pensent que c’est cher et continuent leur chemin. Le propriétaire du magasin, fils d’un homme du souk aussi, avoue que les affaires ne marchent plus comme avant. C’est déjà bien que des touristes arrivent jusqu’à «El Attarine». D’habitude, ils n’atteignent pas cette partie du souk. Certains guides et «beznassas» les prennent en charge et les emmènent directement dans des boutiques bien déterminées, lesquelles mettent le paquet pour accaparer la clientèle. C’est un véritable mal qui ronge le souk depuis longtemps. Et il n’y a toujours pas de solution. On a beau le dire et le dénoncer à plusieurs reprises. Mais ces gens là ne décrochent pas et conservent leurs détournement «juteux» des clients. Loin des embrouilles du souk et des magouilles qui s’y complotent, un bon déjeuner au milieu de cette ambiance n’est pas de refus. C’est pourtant un petit restaurant simple et modeste. Pas de place pour le luxe. Des tables, des chaises, du papier et des couverts. L’essentiel c’est qu’on mange bien, très bien même. Chaque jour un menu. Des recettes tunisiennes et tunisoises du fin fond de la jarre. Des plats toujours délicieux concoctés minutieusement pour être fidèles à la tradition. Le gérant du resto parle de la cuisine de notre pays, des doigts d’or des bons chefs, des lois du souk mais surtout de l’Espérance. En Tunisois qui se respecte, il ne peut pas s’empêcher de parler du «virage» de son club favori et de l’ambiance feu des derbies et des grands matches. Il connaît presque tous ses clients. Ceux qu’il voit pour la première fois risquent de se tromper et de croire qu’ils ont déjà venus plusieurs fois manger ici. Le jeune homme a le pouvoir du verbe. Il l’avoue d’ailleurs. En descendant vers la porte de France, le souk ne perd pas de son charme. Mais l’ombre du coté des «Blaghgias» et «Attarine» est plus captivant. C’es plus authentique aussi qu’en bas où l’invasion de l’artisanat étranger a carrément «violé» l’âme de cet endroit. C’est une réelle agression du patrimoine. Ceci étant, les souks de la Médina sont merveilleux. Certes on avance à très lents pas à cause du monde. Mais la promenade est agréable. On mange très bien. On sirote un bon thé vert à la menthe. On entend beaucoup de choses. On voit aussi énormément de choses. On repart avec l’esprit ressourcé et … un pincement au cœur. Car le souk est souffrant sans qu’on ne lui trouve de remède. M. KADA


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com