Marcel Khalifa : Le retour du vieux lion





Depuis quinze ans, il ne s’est pas produit sur la scène de l’amphithéâtre romain de Carthage. Marcel Khalifa qui a effectué, hier soir, son grand retour à Carthage a présenté un concert, haut en couleur. De ce retour, des Causes auxquelles il reste attaché, de la créativité artistique, de l’engagement de l’artiste arabe, entre autres, Marcel nous en parle dans une conférence de presse donnée mardi après-midi, dans un hôtel huppé de la banlieue nord de Tunis. Le oûd a toujours été sa passion, conjugué à la chanson, Marcel Khalifa en a fait un métier, une profession et un gagne-pain, mais aussi un cheval de bataille pour la Cause des opprimés, des enfants, de la liberté et de la démocratie. Il reste fidèle à ses principes qu’il défend avec acharnement. Il l’a avoué, au cours de sa rencontre mardi avec les médias de la place. Marcel Khalifa qui a foulé le sol tunisien dès le début des années 70, continue de garder aussi dans ses bagages, les concepts et le patrimoine chansonnier d’antan. Bien qu’il ait privilégié la créativité, la recherche musicale pour rallier à ses œuvres la masse des fans arabes, notamment ceux de la nouvelle génération, il ne sort pas de la méthode artistique du début de sa carrière. Fidèle au style lyrique des années 70, fanatique compositeur des poèmes de Mahmoud Darwich, l’artiste libanais a toujours voulu se caser éternellement dans cette continuité en l’adoptant au goût de la nouvelle génération grâce à une créativité permanente. “Il n’est pas de la sagesse de l’artiste de se départir de la créativité ou de reléguer ses rêves aux oubliettes”, martèle Marcel. De ce fait, poursuit-il, l’artiste arabe doit avoir un langage universel et doit aussi être attaché aux principes universels qui régissent la politique, le culturel et le social. Toujours fidèle à son engagement, le chanteur libanais appelle à une réflexion approfondie sur la justice, la démocratie et la situation actuelle du monde arabe. Il invite, sur un autre plan, à un dialogue sérieux autour des situations alarmantes dans certains pays arabes comme le Liban, la Palestine, l’Irak, entre autres. * “Marcel, le puritain !” “Quand je l’ai contacté pour qu’il vienne se produire à Carthage, Marcel m’a rappelé qu’il avait juré de ne plus venir jouer sur l’amphithéâtre romain. Mais j’ai réussi à le convaincre. Il est là aujourd’hui”. Cette révélation de Raouf Ben Amor, directeur du Festival de Carthage lors de la présentation de l’artiste, témoigne de fait que le chanteur libanais reste un farouche partisan de la musique recherchée où la créativité, la chanson lyrique et l’engagement font bon ménage. “Le théâtre de Carthage a été toujours fidèle à cette logique d’espace culturel où l’art et la culture avaient leur place marquée d’une pierre blanche. Si cet espace avait perdu à un moment donné de son aura, il commence à reconquérir sa notoriété d’antan. Raison pour laquelle je suis là aujourd’hui”, témoigne l’artiste. “Mais ce “puritanisme” artistique, en plus de l’engagement et la créativité tant avoués par Marcel Khalifa, ne sont plus seuls supports artistiques. Le oûd, les chants lyriques et engagés ne se tailleront plus la part du lion dans ses concerts. “Tous les instruments musicaux arabes, les chants et poésies populaires arabes connus ou ignorés du public devraient désormais occuper une place de choix dans toutes mes sorties”, confie-t-il. Et d’ajouter : “Durant mes concerts, je consacrerai environ trente minutes à la poésie populaire. Certains des poèmes que j’ai composés au début des années 70 et d’autres chansons traditionnelles libanaises seront également présentés dans mes prochaines sorties”, affirme Marcel Khalifa. L’ambition du vétéran de la chanson arabe est de forger une place respectable pour la chanson arabe traditionnelle dans les différents espaces arabes actuels. “D’ailleurs, au début des années 70, quand j’ai présenté un récital où figuraient nombreux chants traditionnels à Carthage et dans les différentes régions de la Tunisie, j’ai été agréablement surpris de voir que le public mémorisait par cœur les chansons”, se rappelle Marcel Khalifa. A travers la réhabilitation de ce patrimoine, l’artiste libanais a avoué que son souci est de chercher un certain équilibre, entre le passé et le présent. Raison pour laquelle, et ouverture sur les autres cultures oblige, il va introduire dans la présentation de ses répertoires d’autres instruments comme la trompette, le piano et privilégier un récital concocté par un groupe de musiciens où chacun a son mot à dire. Dans son nouveau répertoire, il composera également deux des dernières œuvres critiques de Mahmoud Darwich. A certaines des questions portant sur une éventualité de composer les poésies des poètes tunisiens, Marcel répond qu’il a du respect pour les grands paroliers, poètes et chanteurs tunisiens. “S’il existe un projet copieux il pourra m’intéresser. “D’ailleurs, j’ai toujours appelé les artistes arabes à coopérer entre eux et à produire des œuvres artistiques complètes qui prennent en charge toutes les dimensions culturelles et artistiques de la culture arabe”, recommande Marcel Khalifa avec ferveur. Ousmane WAGUE


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com