Mounir Troudi : Le «âroubi-jazz» est né





Après le malouf-funk de Faouzi Chekili, Mounir Troudi nous a invités à découvrir le «âroubi-jazz», un nouveau genre qui a toutes les chances de séduire le public tunisien. Mounira Dhaoui qui nous a quittés il y a quelques jours à la suite d’une longue maladie, aurait été heureuse de voir son collègue Mounir Troudi chaleureusement applaudi par le public à la fin de son concert donné mardi soir au Musée de Carthage. C’est avec lui en effet qu’elle avait entamé une expérience assez originale et audacieuse, qui consiste à réhabiliter les chants traditionnels bédouins ou âroubi et de les présenter sous un habillage orchestral moderne plutôt jazzy. Elle aurait sans doute aimé poursuivre cette expérience, l’enrichir de ses apports personnels et la faire aboutir. Le destin en a voulu autrement. Est-ce avec une voix étranglée par l’émotion que le jeune chanteur, tout de blanc vêtu et les cheveux dans le vent, a rendu hommage à sa défunte collègue, sous les applaudissements du public. Pour le reste, Mounir Troudi et les six musiciens qui l’accompagnaient ont gratifié les quelques dizaines de spectateurs présents d’un concert joyeux, rythmé et énergique. Les poèmes en dialectal bédouin, souvent signés Jelidi Laâouini, sont déclinés dans un langage musical empruntant à la fois au folklore bien tunisien et aux modes musicaux occidentaux contemporains. La voix puissante et mélodieuse de Mounir Troudi et son jeu scénique très élaboré (gestes, danses, mouvements…) complètent cet emballage assez surprenant et qui ne cesse de surprendre, voire d’amuser. Car il y a dans la démarche du chanteur une certaine désinvolture, un zeste d’humour, mais aussi un grand respect pour les musiques traditionnelles bédouines et une foi aussi grande en la justesse de son parti pris artistique. Surpris, parfois même décontenancé mais séduit, le public n’a pas été avare en encouragements. Au contraire, il a tenu à participer à la fête qui a duré près d’une heure et demie, tapant des mains et des pieds mais aussi, vers la fin, en quittant leur siège pour danser aux rythmes des «Brasse âyounek», «Ya Sidi ya Massaoûd», «Lassoued Magrouni», «Hasra âla ayamak» et des tablas et des bendirs venus du fin fond de Oued Bayach, de Gafsa et d’ailleurs. Est-ce à dire que Mounir Troudi a gagné son pari? Oui, en partie, même s’il lui reste beaucoup à faire pour affirmer sa démarche, trouver l’orchestre optimal et le dosage adéquat entre les emprunts au folklore et les incursions dans le jazz le plus effréné. Il peut cependant tenir pour un premier succès, le fait que le public commence enfin à s’intéresser à ce qu’il fait. C’est à lui maintenant de confirmer. Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com