Mahmoud Derwich : «Les Arabes souffrent d’une crise de volonté»





Il n’est ni magicien ni prophète mais un poète, un vrai ! Mahmoud Derwich, cette voix palestinienne objectrice de consciences dévoile notre impuissance ! Après presque cinq ans d’absence, Derwich est de nouveau sur la terre d’Hannibal pour une soirée poétique dans le cadre de la 41ème session du Festival international de Carthage ! Mahmoud Derwich n’est plus à présenter au public tunisien et arabe. Poète universel, il est un monument-phare de la poésie arabe contemporaine, figure de proue de la Cause palestinienne. Lors de la conférence de presse tenue mercredi avant sa rencontre poétique, le poète de la terre, de la mère et de la Patrie a parlé avec sa sincérité habituelle. Son excellence Mounir Ghannem, l’ambassadeur de Palestine en Tunisie, Mondher Qalîi du bureau de presse du festival, Raouf Ben Amor, le directeur de la 41ème édition du Festival international de Carthage et le poète tunisien Moncef Mezghenni ont choisi de partager avec l'assistance la première leçon d’amour de cette terre, la Palestine! “Merci à la Tunisie pour cette invitation, vous avez utilisé des mots et des adjectifs qui dépassent mon auto-évaluation. Parfois, je me sens encore un poète amateur et parfois je me sens un vrai professionnel, un jongleur de mots. Je vis entre entre ces deux sensations qui me permettent d'innover et de continuer”, affirme Mahmoud Derwich avec une grande modestie. Et d’ajouter “Je retrouve la Tunisie après 5 ans pour confirmer encore une fois l’amour particulier que nous autres Palestiniens éprouvons pour la Tunisie et les Tunisiens. La Tunisie est le seul pays que nous avons quittée sans être expulsés et c’est pour cette raison que j’ai pleuré, la dernière fois, sur la scène du Théâtre municipal. De la Tunisie, nous sommes allés à une partie de la patrie, qu’on attend qu’elle devienne un Etat indépendant. Je suis parti sans rêves sans même des illusions”. Interrogé sur la crise de la poésie arabe et de la lecture, Mahmoud Derwich a expliqué que cette crise est internationale et que les poètes et les lecteurs partagent la responsabilité, les poètes parce qu’ils ont choisi de s’enfermer et le public parce qu’il a fait tout tomber entrant dans le cercle vicieux du vide. “Les nouvelles technologies et la décadence des discours politiques ont aggravé la crise, c’est une crise de confiance et non plus de culture. En ce qui me concerne, je n’ai pas un problème avec le public et je ne suis pas le seul poète qui vit en harmonie avec ses lecteurs”, note-t-il. * Le Monde arabe, la douleur ! La défaite de 1967, le blocus de Beyrouth en 1982, la guerre contre l’Irak et la conjoncture actuelle où vit le Monde arabe ... dans cette déchirure, peut-on encore espérer ? Quel est notre avenir? Sur cette question, le poète qui vient de Palestine pour intriguer notre conscience nous répond : “Nous sommes bloqués entre un passé glorieux et sacré et un présent noir, sans avenir car nous sommes très attaché à ces gloires perdues. Les rêves sacrés de la mémoire ne peuvent construire le monde contemporain. Nous souffrons d’une crise de conscience et de volonté”. Alors, avons-nous besoin d’un autre Yasser Arafat? Et comment vit Derwich après le départ de son ami, de son compagnon Arafat? “Yasser Arafat a fait sortir les Palestiniens d’un état d’absence totale à une présence active. Yasser Arafat, est un homme qui a conduit les Palestiniens à la paix. Les U.S.A. et Israël n’ont pas cessé d’accuser Arafat d’être un obstacle à la paix et voilà qu’après sa mort tout le monde a découvert la réalité. Est-ce que les Palestiniens ont besoin d’un héros mythologique et en même temps rationnel et pragmatique comme Arafat? Non, car la conjoncture actuelle exige une direction réaliste qui respecte les acquis de Arafat et ne tombe pas dans le cercle vicieux des concessions vaines qui ne mènent à rien”, analyse Derwich; et tout le monde connaît bien les problèmes qu’il a rencontrés quand il a déclaré son refus total des accords d’Oslo. “Tout a été ambigu; dans les accords entre les pays, tout doit être clair et calculé minutieusement et ce n’était pas le cas pour les accords d’Oslo”, précise Derwich. Touché par le départ de l’intellectuel, le philosophe Edward Saïd, Mahmoud Derwich a signé “Tibaq”, un poème dédié à l’âme de cette voix révolutionnaire. “J’ai discuté dans ce texte de plusieurs problématiques comme l’exil, la liberté, l’Orient et l’Occident... Qui a dit que la poésie ne décortique pas et ne discute pas un problème? J’ai une précision à faire : cessons d’être fiers des réalisations des autres, des choses qu’on n’a pas fait nous-mêmes. Edward Saïd est un intellectuel universel d’origine arabe; la force de Saïd est qu’il est le produit de la culture occidentale et il est l’un des pionniers qui ont fait la critique de la culture occidentale”, précise Mahmoud Derwich. Les questions tombent comme la pluie sur Mahmoud Derwich ... Cherche-t-on des justifications pour notre silence ? Veut-on se purifier par ses mots et guérir nos maux? La réponse est positive même si on essaie de la cacher! Imen ABDERRAHMANI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com