Mahmoud Dérouiche : La prière de l’absent





Un récital de Mahmoud Dérouiche est plus qu’un récital : c’est un événement médiatique et mondain. Une nouvelle fois, le tout Tunis a répondu présent avant-hier à Carthage. Mahmoud Dérouiche n’est pas un poète dans le sens strict du terme. Il est le porte-parole d’un peuple opprimé. Tous ses écrits, même les plus intimes, portent la marque des frustrations et des souffrances de ce peuple. La poésie est donc pour lui une manière de témoignages, de cris contre l’injustice, de combat toujours recommencé. Aussi, son récital donné avant-hier soir à l’Acropolium à l’invitation du Festival international de Carthage, a-t-il été pour lui, comme pour le nombreux public présent, une occasion pour témoigner du drame du peuple palestinien et de rendre hommage à tous ceux qui se sont sacrifiés pour la Cause de ce peuple. Par-delà donc son contenu purement poétique, la soirée avait une connotation politique et militante. La présence du ministre de la Culture et de la Sauvegarde du Patrimoine, de nombreux ambassadeurs arabes accrédités en Tunisie, de Marcel Khalifa, qui avait chanté la veille sur la scène du Théâtre romain de Carthage quelques-uns de ses poèmes, d’écrivains, d’artistes, d’intellectuels et d’étudiants était une manière d’exprimer la solidarité de tous les peuples arabes avec la Palestine et avec l’homme, le poète, qui l’a le mieux exprimée. Car que serait ce bel homme de soixante ans, grand, élancé et élégant, qui dit d’aussi belles choses avec des mots tantôt doux et tendres tantôt emportés et coléreux, s’il n’était pas d’abord la voix de son peuple ou l’une des voix les plus représentatives de la poésie palestinienne contemporaine ? A travers ces mots et cette voix, mais aussi les gestes, les silences, les regards du poète, c’est la Palestine qu’il chante, celle d’hier et d’aujourd’hui, la Palestine de toujours, qui vit dans le souvenir du poète ou s’élève dans le rêve du combattant. Malgré les conditions très difficiles — il régnait à l’Acropolium une chaleur de sauna —, le récital a duré près d’une heure et demie, entrecoupé à deux reprises par une performance musicale assurée par deux virtuoses, la tuniso-pakistano-anglaise Yasmine Azaïez au violon et le Tunisien Chadi Garfi au piano. On aurait bien aimé que Mahmoud Dérouiche ait une petite pensée pour le grand leader palestinien Yasser Arafat, qui nous a quittés il y a neuf mois, dont il a partagé le combat depuis au moins quarante ans et à qui il doit lui-même beaucoup, mais le poète n’a pas jugé utile de s’attarder sur la mémoire d’un mort. Il a peut-être seulement oublié. Mais certains oublis ne se pardonnent pas. Que le poète nous pardonne cette remarque qui s’imposait. Zohra ABID ______________________________ Dites-le avec des notes Avant que l’homme de lettres, Abderraouf Al Khnissi ne présente au public de l’Acropolium l’invité du Festival international de Carthage, le Palestinien Mahmoud Dérouiche, les deux jeunes musiciens, Yasmine Azaïez, formée dans l’école pour violon la plus prestigieuse du monde, celle de Yehudi Menuhim à Londres, et le pianiste Chadi Garfi, fils du maestro Mohamed Garfi, formé lui aussi en Europe, ont accueilli le poète à leur manière. En jouant Tzigane du compositeur français le plus classique Maurice Ravel et Meditation et Thaïs de l’auteur du Jongleur de Notre Dame et de Don Quichotte, Massenet. Des partitions bien jouées méritant l’applaudissement chaleureux de l’assistance. Bravo les jeunes. Z.A.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com