La Tunisie et la hausse des cours du pétrole : Quelle parade face à la crise ?





M. Nabil Chater (président de l’Association Nationale des Bureaux d’étudeset des ingénieurs conseils): Multiplier les audits énergétiques auprès des entreprises «énergétivores» Le Dr. Messaoud Rjiba (Professeur d’économie et vice-doyen de l’Université arabe des sciences): Une flambée réelle ou provoquée ? Invention tunisienne L’infrarouge au service de la maîtrise de l’énergie _____________ Il ne se passe pas un jour sans que nous parviennent de nouvelles informations au sujet des hausses successives et décapantes des prix du pétrole sur le marché international. Les cours de l’or noir décrivent depuis quelque temps des pics jamais connus auparavant dans un enchaînement pathétique qui n’est pas prêt à connaître son épilogue. Tunis - Le Quotidien A plus de 64 dollars le baril, la situation vire au cauchemar pour la plupart des économies, émergentes ou en voie de développement notamment, qui appréhendent cette spirale haussière avec scepticisme et beaucoup de crainte. Non sans raison d’ailleurs, car les sautes d’humeur des cours du pétrole ont des effets dévastateurs sur la dynamique socioéconomique de ces pays, hypothèquent leurs objectifs de croissance et saignent à blanc leurs PIB et leurs budgets. L’ennui, c’est que les perspectives ne sont guère optimistes. Tous les spécialistes s’accordent à dire que la crise actuelle du pétrole est bien installée dans la durée et il faut s’attendre à ce que les cours de l’or noir flirtent avec des niveaux inimaginables durant les prochaines années pour dépasser la barre des 100 dollars le baril à l’horizon 2006. Comment en est-on arrivé là et quelles sont les raisons profondes de cette flambée inouïe des prix du pétrole? La hausse de la demande y est certainement pour quelque chose. La consommation sans cesse croissante de certains pays dont notamment la Chine peut constituer un motif logique et objectif à l’origine de l’explosion des cours. Certains spécialistes évoquent dans la même foulée l’épuisement des réserves pétrolifères mondiales. Au rythme d’extraction actuel, les pronostics les plus optimistes tablent sur une trentaine d’années d’exploitation avant que le pétrole, cette source d’énergie non renouvelable, ne disparaisse à jamais du sous-sol terrestre. Les vives tensions géopolitiques prévalant actuellement dans le monde semblent être au fait la principale raison de la flambée des cours qui ne profite qu’à de rares pays producteurs au détriment de tout le reste. Plus vicieux encore: dans la tourmente de cette sordide et sempiternelle guerre économique que se livrent les grandes puissances, le pétrole représente une arme redoutable pour les uns et les autres pour asseoir leur hégémonie et cesser net le rythme de croissance des regroupements régionaux ou des nations concurrents. Sans état d’âme aucun, les grands de ce monde recourent à tous les moyens possibles et imaginables pour concrétiser leurs objectifs même si, en fin de compte, ce sont les plus vulnérables qui en font les frais. La Tunisie n’échappe malheureusement pas à la règle et subit de plein fouet les effets pervers de cette situation abracadabrante. Notre pays, qui importe chaque année quelque 2,1 millions de tonnes de produits pétroliers en moyenne, est ainsi acculé à gérer une facture énergétique qui pèse de plus en plus lourd sur le budget de l’Etat. Et lorsqu’on sait que chaque augmentation de 1 dollar du prix du baril engendre des dépenses supplémentaires de quelque 35 millions de dollars à la charge de l’économie nationale, nous sommes réellement en face d’un méga problème qu’il va nous falloir résoudre dans les plus brefs délais. Quelle parade justement pour la Tunisie face à cette terrible crise pétrolière qui fait peser une lourde menace sur les équilibres globaux de l’économie nationale et hypothèquent nos objectifs de croissance? La maîtrise de l’énergie, promue avant-hier par le Chef de l’Etat au rang de priorité nationale et la rationalisation de la consommation constituent l’unique alternative et la seule voie passante à même de permettre de négocier avec succès cette dure épreuve. La maîtrise de l’énergie est en fait l’affaire de tous et interpelle tous les Tunisiens et tous les secteurs économiques. L’industrie étant de loin le secteur le plus énergétivore, il serait éminemment nécessaire d’y axer le plus gros du travail et examiner les moyens de réduire la consommation énergétique. A la charge également des ménages tunisiens d’acquérir de nouveaux réflexes pour diminuer leur propre consommation . Par des gestes simples en apparence comme le fait d’éviter autant que faire se peut de recourir à des gadgets électroménagers ou d’éteindre la lumière d’une chambre inoccupée, l’on sera en mesure d’apporter une contribution active dans la réussite de la stratégie nationale visant la maîtrise de l’énergie. Dans la même perspective, il serait opportun et très utile également de bannir du marché les équipements et les produits qui ne respectent pas les normes en matière d’économie d’énergie, et ce, par l’instauration d’un contrôle strict et draconien. Aux grands maux, les grands remèdes; l’enjeu est bien trop important pour qu’on laisse les coudées franches à des commerçants importateurs qui ne se soucient que de leurs tiroirs-caisses au détriment de l’intérêt suprême de la collectivité. Bien sûr, le recours aux autres sources d’énergie renouvelables est plus que recommandé. L’énergie éolienne, l’énergie solaire et surtout le gaz naturel sont autant de voies prometteuses à explorer et à mieux exploiter. Au même titre d’ailleurs que les systèmes d’isolation thermique qu’on gagnerait à généraliser entre autres dans le secteur du bâtiment et qui peuvent générer des gains non négligeables en matière d’économie d’énergie. Les petits ruisseaux formant les grandes rivières, l’on sera en mesure ainsi de réduire de manière significative notre consommation, et partant notre facture énergétique, en attendant que la situation se stabilise bien qu’il ne faille pas trop se faire d’illusions à ce sujet. Par temps durs, il est nécessaire, voire même vital, de se serrer la ceinture pour sortir de cette zone de fortes turbulences avec le minimum de dégâts possibles. Il y va de la pérennité de l’économie nationale et de la concrétisation de nos objectifs de croissance pour les années à venir. Chokri BACCOUCHE ____________________________________ M. Nabil Chater (président de l’Association Nationale des Bureaux d’étudeset des ingénieurs conseils): Multiplier les audits énergétiques auprès des entreprises «énergétivores» Tunis - Le Quotidien Il importe de préciser, de prime abord que la flambée spectaculaire et inattendue des prix de l’or noir est dûe à de nombreux facteurs. L’émergence de certains pays très énergétivores tels la Chine et l’Inde appelés à devenir de grandes puissances et à un degré moindre les pays du Sud-est asiatique et de l’Afrique du Sud a créé une nouvelle donne sur le plan énergétique. Côté maîtrise de l’énergie comme parade à la hausse des cours du pétrole, on parle partout dans le monde de solutions ordinaires et de solutions sophistiquées. Les solutions ordinaires consistent en des gestes quotidiens à même de ralentir le rythme des compteurs d’énergie. Il s’agit de gestes simples tels le fait d’utiliser l’électricité que lorsqu’on en a vraiment besoin, l’achat des lampes électriques économiques, d’appareils électroménagers favorisant des économies d’énergie, l’utilisation du gaz naturel pour le chauffage central et le recours à l’isolation en matière de construction pour réduire la consommation de l’énergie relative à la climatisation et chauffage. En matière de transport, on peut recourir au GPL et à l’entretien des moteurs des véhicules. D’autres énergies renouvelables deviennent moins chères telles l’énergie éolienne utilisée dans le domaine agricole et l’énergie dans le domaine agricole et l’énergie solaire utilisée pour le chauffage. S’agissant des solutions sophistiquées, elles concernent la multiplication des audits énergétiques auprès des entreprises “énergétivores” et des unités hôtelières en vue de l’élaboration des plans de maîtrise de l’énergie, lesquels permettent de réduire la consommation de 40 à 50%. W.K. ____________________________________ Le Dr. Messaoud Rjiba (Professeur d’économie et vice-doyen de l’Université arabe des sciences): Une flambée réelle ou provoquée ? J’avais préparé une étude sur le prix du pétrole en tant que variable stratégique. Cette étude qui a été présentée en Libye a été traduite en arabe. Sur le plan économique, les prix dépendent de l’offre et de la demande. Si l’offre augmente en raison d’un excédent, les prix baissent et vice-versa. Il s’agit là de l’analyse classique mais aujourd’hui le cours du pétrole ne répond plus à ce critère. D’autres facteurs économiques, politiques, stratégiques et même géo-politiques entrent en considération. Tant que le pétrole n’a pas de substitut, il reste toujours un produit rare. Son prix peut toujours augmenter car avec le temps il s’épuisera un jour. La croissance mondiale, notamment si elle est importante exige une énergie et par conséquent entraîne une augmentation de la demande. L’offre doit suivre. Elle est inhérente à la stratégie aussi bien des pays producteurs que consommateurs. Les pays producteurs ne font rien pour arrêter cette flambée des prix. A la limite cette hausse arrange leurs économies. Les pays consommateurs entretiennent une autre stratégie. On ne doit pas omettre dans notre analyse que les sociétés pétrolières américaines, françaises et anglaises soufflent le chaud et le froid. Elles sont avant tout au service de leurs pays et appliquent les stratégies fixées par ces derniers. La question qu’on se pose aujourd’hui est de savoir si cette flambée est réelle ou provoquée? Pourquoi justement intervient-elle aujourd’hui? Il est clair que cette flambée conduit à l’enrichissement des multinationales pétrolières. L’enrichissement équivaut à une domination. Les pays consommateurs anticipent les risques et prennent des mesures pour devancer les événements. Ce qui se passe aujourd’hui en Irak n’est qu’une partie de l’iceberg. Les Etats-Unis sont en train de puiser dans les réserves irakiennes et sont en train de les stocker dans leur pays. A chaque explosion d’une raffinerie en Irak les cours de pétrole montent. En réalité, une telle explosion ne peut pas se répercuter d’une telle manière sur le prix du brut. Cette hausse vertigineuse à des répercussions énormes sur les économies des pays en développement. Cela perturbe l’économie au niveau macro. Ces pays ont désormais du mal à gérer et à prévoir leurs budgets. Cette état de fait entraîne l’augmentation des taxes et par conséquent la baisse de la consommation. Comme on le constate, c’est l’énergie qui fait fonctionner le monde. Je crois que la solution idéale réside dans la promotion des énergies de substitution. L’encouragement de la recherche fondamentale dans le domaine de l’énergie est essentiel. On constate également qu’une grande partie de l’énergie est consommée par le parc-auto. Je crois qu’il faut consolider et renforcer le transport collectif urbain pour habituer les automobilistes à l’emprunter et à diminuer sensiblement la facture énergétique. Lotfi TOUATI ____________________________________ Invention tunisienne L’infrarouge au service de la maîtrise de l’énergie Nous n’avons pas de pétrole mais nous avons des idées. L’une de ces idées a permis à une équipe de femmes ingénieurs tunisiennes à gagner leurs vies mais aussi à contribuer efficacement à la rationalisation de la consommation dans les hôtels. Tunis - Le Quotidien Des ingénieurs tunisiens ont mis au point un système de rationalisation de l’énergie dans les hôtels. Ce dernier va permettre un gain considérable de la consommation et combler certaines lacunes liées aux mauvaises habitudes des clients. M. Ali Hosni, ingénieur en informatique auteur du procédé explique: “L’idée de la mise au point du système m’est venue quand j’ai constaté que les clients des hôtels n’accordent pas beaucoup d’attention à la préservation de l’énergie. Ils laissent les portes ouvertes alors que la climatisation ou le chauffage fonctionnent à plein régime.Le procédé mis au point est lié à un système d’infrarouge qui actionne le fonctionnement de la climatisation dès que le client pénètre dans la chambre. Ce système s’arrête également automatiquement dès qu’une porte ou une fenêtre est mal fermée”. Le procédé est fin prêt. Les auteurs attendent la certification pour l’installer dans un hôtel de Hammamet juste après la saison estivale pour ne pas perturber le calme des pensionnaires. L. T.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com