Attouga : «Nous allons gagner 2 ou 3-0, mais le plus dur nous attend au Kenya»





Attouga se souvient avec un zeste d’amertume et beaucoup de fatalisme du premier Tunisie-Kenya de l’histoire, livré à Naïrobi dans le cadre des Jeux Africains 1987 et perdu par les nôtres (3-1). Il était en effet l’adjoint du Français Jean Vincent qui a conduit l’Equipe Nationale dans cette malheureuse campagne. — Attouga, cela fait presque vingt ans mais les gens n’ont toujours pas compris la débâcle des J.A. 87, dont un cinglant 3-0 face à Madagascar... — Oui, mais il fallait situer ce tournoi dans son contexte et tenir compte de son environnement. Toutes les équipes nationales avaient passé une semaine à Font-Romeu, en France avant de rejoindre Naïrobi pour s’adapter à l’altitude, un élément fondamental avec lequel il faut savoir composer. Et puis, ces Jeux Africains ressemblaient un peu à une kermesse pour boys-scouts. A notre arrivée là-bas, rien n’était prêt. Pour manger, il fallait prendre rang dans une longue file d’attente. Au bout de sept heures de voyage, il fallait attendre trois heures à parlementer afin d’obtenir son badge. On habitait n’importe où. Nous nous sommes plaints de ces contretemps auprès de notre chef de délégation. Non, cela n’a rien à voir avec les petits soins d’aujourd’hui : avion spécial, possibilité d’embarquer son alimentation, on joue le samedi et l’on peut rentrer le soir même... Franchement, il nous était impossible de vaincre tant d’obstacles et il est également impossible d’assister aujourd’hui à la triste scène d’un international dormant dans un hall d’aéroport, accoudé à ses bagages. — Et le tant controversé entraîneur Jean Vincent dans tout cela ? — Je crois qu’on avait affaire à un bon entraîneur. Malheureusement, les conditions d’exercice ne l’ont pas aidé d’exprimer pleinement tout son potentiel. J’ai trouvé inélégante la manière avec laquelle il avait été congédié : à notre retour de Naïrobi, en escale à Athènes, un responsable l’a prié de rentrer en France passer quelques jours de vacances pour conclure, par la suite, à un abandon de poste. Tout compte fait, ce fut précisément là l’une des expériences transmatisantes qui n’ont totalement dégoûté des milieux du football. J’ai grandi dans des pratiques franches, transparentes où l’on peut crier à la face de quelqu’un : «Merci, on n’a plus vraiment besoin de vous». — Et que devient aujourd’hui Jean Vincent ? — Il coule actuellement des jours tranquilles du côté de Nantes où il dirigeait un Centre de stages pour jeunes footballeurs. D’ailleurs, je suis resté en contact avec lui. On vieillit en quelque sorte ensemble. — La Sélection 2005 de Lemerre ne rappelle en tant cas en rien celle que vous dirigiez ensemble, vous et l’ancien buteur des Bleus... — Là où toutes les générations de footballeurs avaient échoué, eh bien elle y a réussi et de brillante façon : remporter la Coupe d’Afrique. Elle traduit l’essor général du sport national (handball, natation...) et profite d’une extraordinaire infrastructure et de moyens incomparables : il nous arrivait de trouver des portes fermées devant nous. Lemerre ne pratique aucune ségrégation et tout le mérite lui revient, avec M. Hamouda Ben Ammar, de découvrir autant de joueurs expatriés dont nous ne soupçonnions même pas l’existence. — Un pronostic pour le match de ce soir ? — Certes, on va gagner par 2-0 ou 3-0. Mais je pense que le plus dur nous attend là-bas, à Naïrobi où il faudra tenir compte du décisif phénomène de l’altitude. Je crains même que ce match en Kenya soit encore plus important que le dernier des éliminatoires, face au Maroc. Notre sélection n’est plus un outsider. Elle a appris à faire peur et à donner des frissons. Recueillis par S.R.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com