Clôture du Festival International de Carthage : Succulente «Danse du violon»





Quand on parle de feu Ridha Kalaï, c’est toute l’histoire du violon, de la musique, du théâtre et, surtout, de l’ambiance des années 60 sur la mythique place de Halfaouine et de Bab Souika qu’on évoque. Pour le spectacle de clôture de sa 41ème édition le Festival International de Carthage a rendu un vibrant hommage à cet homme, à travers la “Danse du violon”, une opérette haute en couleur et en authenticité. Le public qui répondu présent en masse avant-hier soir pour cette dernière soirée de l’édition du Festival International de Carthage n’a pas été en tout cas déçu par la prestation des 160 acteurs, musiciens, comédiens qui ont donné le meilleur d’eux-mêmes, pour présenter un spectacle digne d’une opérette. Conçue sur la base d’un texte de Mohsen Ben Néfiss, mise en scène par Mounir Argui, avec la collaboration de Fethi Zghonda et de Ahmed Achour, côté musique, “Danse du violon” restitue une histoire insolite riche en couleurs musicales et en scènes théâtralisées, dans une ambiance comique sur la mythique place de Halfaouine, jadis lieu de convergence de tous les spectacles. La soirée commence par une ambiance surchauffée d’antan. Le décor en dit d’ailleurs long. “Café Manara”, kiosque, marchand de Makroud, table des sages sont entre autres éléments choisis pour restituer cette ambiance. En effet et afin de colorer les différents tableaux de cette opérette, une place de choix a été accordée à la musique dont la durée de prestation des chanteurs a atteint 2 heures sur un temps total de 2h30 minutes. D’ailleurs, le premier tableau de la “Danse du violon” a plongé l’assistance dans les rythmes nostalgiques du “Mezoued” et de la “Hadhra”. Le tout a été conjugué avec une ambiance de marchandage, de brouhaha et de chaudes discussions au cours desquelles, dictons populaires, proverbes animent les débats. C’est dans ce contexte surchauffé qu’un homme apparaît pour raconter son rêve avec son amante. C’est donc le “Fdaoui”. Ce rêve qui consiste en une histoire d’amour mystique entre cet homme et son amante, résume, à travers cette opérette, la relation implicite entre le regretté Ridha Kalaï et le violon. * Bent El Fellah Outre le scénario riche en authenticité, “Danse du violon” braque pleins feux, sur une période assez particulière du théâtre et de la musique tunisienne, à laquelle Ridha Kalaï a beaucoup contribué pour son triomphe. D’ailleurs, même les compositions reproduites durant cette opérette remontent à la période de 1955 à 1965, au cours de laquelle le violoniste défunt a créé le “violon star”. C’est-à-dire le violon en tant que sujet de soirées. Autre mérite de ce grand artiste mis en exergue à travers cette opérette, c’est sa contribution à l’éclosion d’une nouvelle génération de chanteurs et notamment de la première troupe musicale en Tunisie “Noujoum El Manar”. C’est également lui qui a donné ses chansons à Safia Chamia, Hédi Kallel, Mohamed Ahmed, entre autres. En effet, pour faire revivifier tout ce spectacle d’antan, pas moins de 80 violonistes ont été mobilisés, en plus de 8 acteurs, 12 danseurs, 7 solistes en plus du jeune et talentueux violoniste Anis Ramdani qui n’a que 9 ans. Après la composition de nombreux morceaux tunisiens, orientaux et occidentaux tirés de l’œuvre de Ridha Kalaï par l’orchestre symphonique tunisien avec la participation de Yasmine Azzaïez, dans le dernier tableau, les musiciens tunisiens ont visité d’autres appartenant à des chanteurs contemporains. Durant cette opérette la grande nouveauté réside surtout dans l’interprétation des nouvelles compositions à l’instar de “Rbat Al Halfaouine” de Amir Ben Néfiss, de “Hikaya” de Slah Mosbah et de “Cordes libres” de Fethi Zghonda. L’opérette a été conçue en deux parties musicales. Dans la première, les quatre chanteurs, à savoir Slah Mosbah, Mounira Hamdi, Nabil Boudhina et Rabab Esseghir ont interprété des chansons populaires comme “Bent El Fellah” et des chants comiques comme “Fech Matloub”, “Andi Weldi”, entre autres. Le tout était conçu et mis en scène selon le répertoire de Ridha Kalaï. “Danse du violon” est une reconstitution de la fameuse place de Bab Souika en fusion avec Halfaouine. Elle a été conçue sous forme d’un spectacle ouvert ou de “Happening” où on trouve des jeux théâtralisés, des chorégraphies et de l’audio-visuel. “L’opérette est légère mais, haute en couleur”, explique Mounir Argui. Le moins qu’on puisse dire c’est que cette opérette a tenu toutes ses promesses et a laissé peu de place aux critiques acerbes dont a fait l’objet “Zaza”, le spectacle d’ouverture de cette 41ème édition du Festival International de Carthage. Ousmane WAGUE ______________________________ Entre Ridha Kalaï et le Violon Rêve d’amant Le rêve constitue, en effet, le corpus sur lequel s’est appuyé Mohsen Ben Néfiss, concepteur et scénariste de l’histoire de la “Danse du violon”, pour expliquer l’amour entre Ridha Kalaï et le violon. Selon lui, cet amour est conçu comme une énigme à laquelle on ne peut trouver une explication juste; tel cet homme qui a rêvé d’une femme qui s’est présentée à lui dans son sommeil comme un mystère qu’il ne connaît pas et ne sait pas, non plus, la décrire. Pour Mohsen Ben Néfiss, cet homme n’est autre que Ridha Kalaï et la femme symbolise le violon. L’histoire traduit, selon lui, l’attachement implicite de Ridha Kalaï au violon, comme un homme qui avoue un amour particulier à son amante à telle enseigne qu’il lui donne sa voix pour toujours. “C’est d’ailleurs le cas pour Ridha Kalaï, qui, avant de mourir, a donné sa voix au violon, puisqu’il ne parlait plus. Le violon était devenu son porte-parole”, commente Mohsen Ben Néfiss. Et d’ajouter: “le violon est devenu son héritier qui le lie aux musiciens de la nouvelle génération”. D’ailleurs, à la fin du dernier tableau, l’un des acteurs lance la phrase suivante: “Et le violon danse les rythmes d’aujourd’hui”. C’est par cette assertion que le rideau tombe sur cette opérette et sur la 41ème édition du Festival International de Carthage. O.W. ______________________________ Des chiffres et des lettres Fruit et l’aboutissement d’un long travail qui a commencé depuis le mois d’avril dernier, la “Danse du violon” a été entièrement subventionnée par le ministère de la Culture et de la Sauvegarde du Patrimoine, a hauteur de 120 mille dinars, selon Mme Baltaji Wahida, productrice de cette opérette. Cette enveloppe est insuffisante par rapport aux efforts déployés et surtout les conditions dans lesquelles ont été effectués les préparatifs et surtout le casting pour le choix des acteurs. Afin de garantir la transparence du choix des acteurs, ajoute-t-elle, un casting a été organisé sur tout le territoire national, ce qui a permis de sélectionner 30 violonistes sur 200 candidats et ce, après cinq opérations de tri. Dans la foulée, quatre chanteurs ont été sélectionnés, selon leur disponibilité et, surtout, leur maîtrise des chansons et des genres musicaux joués autrefois par Ridha Kalaï. Au plan vestimentaire, pas moins de 140 costumes traditionnels et modernes ont été conçus pour les acteurs. O.W.


Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com