« Flash-back » : Retour sur une amertume





Dans «Flash-Back», une pièce signée par Houssem Sahli, Adam Atrouss, Houcine Ben Abdelkrim et d’autres de la nouvelle génération, le texte est loin d’être léger. Au contraire, il y a une belle palette d’idées, de la recherche et de la profondeur. Un petit flash dans la grisaille de notre quatrième art et pourvu que ça dure. Bedaâ Production et Distribution artistique (BPDA) n’a que dix-huit mois et quelques espoirs. Encore à ses débuts mais le nom est vraiment à retenir. Avec «Flash-Back» au programme du Théâtre municipal de Tunis les 5, 6 et 7 janvier 2006, la BPDA a entamé une carrière qui promet. En quête d’une place au soleil dramaturgique. Car la pièce se défend bien sur plus d’un registre. Sur le plan de l’écriture, les Houssem Sahli (diplômé de l’ISAD, promotion 2001) et Adam Atrouss (un maîtrisard en gestion), son compagnon de route depuis les années collège à Grombalia au sein du club d’amateurs, ont couché leurs émotions sur papier et le texte de bien tenir rien que par la fraîcheur. Un texte tiré en fait de leur propre vécu, cette période critique où nos diplômés ne font que raser les murs. C’est donc de cette partie de leur vie frappée par le chômage que les jeunes de BPDA nous parlent. Et ça sort des tripes. Un lot de souvenirs qui en disent long sur l’âpreté de la vie d’un intello, si conscient de son pauvre sort mais qui n’arrive pas à s’en sortir, à déballer le paquet de sa colère et parler. Tout ce qu’il fait c’est se battre… mais avec des ailes rognées qui plus est, dans des eaux troubles où à n’importe quel moment, il peut passer… de vie à trépas. Le trépas de l’intellectuel. La pire des agonies. * Que raconte la pièce? Jalloul (un rôle qui va comme un gant à Adam Atrouss, un maîtrisard dans la gestion et dont le seul hobby est le théâtre) souffre d’un mal qui le ronge de l’intérieur jusqu’à lui grignoter la cervelle et la raison. Dans sa petite boîte de tête, il y a quelque chose qui se passe et ça frise la folie. Jalloul est touché donc jusqu’à la moelle par l’incompréhension de X et Y et le système des médiocres. Avec lui, on se balade dans l’humour. Jalloul nous pris par la main dans les méandres de son passé et a frappé sur toutes les portes pour entendre un écho. Celui des habitants du temps écoulé qui a fait son être de malheureux. Il n’avait de choix que de revenir vers eux, les côtoyer, les apprivoiser dans l’espoir de se reconstruire, de se réconcilier. Avec eux et par-dessus tout avec lui-même. La galerie de tableaux superposés fait miroiter des points, des taches et des couleurs. Chaque tableau soulève le voile sur une génération. Et les générations de se succéder, l’une plus fanée que l’autre et les couleurs de se déteindre au fil des âges. De l’innocence et inconscience d’un enfant affectionnant jeux et anecdotes aux souffrances juvéniles, vues par les vieux de demain et revues par les jeunes d’hier. Le tout servi avec humour qui nous chatouille et réveille les sens et les consciences en veille. Ca fait grincer et nous donne à penser. A beaucoup penser. Dans la cape de cet imbécile heureux se cache donc un jeune, conscient de son être et de tous les maux qui l’affectent, qui l’étouffent, qui l’étranglent… au point de perdre la raison. Dans «Flash-Back» les auteurs ont passé en revue quelques chapitres de vide et déroulé un tapis parsemé d’épines empêchant nos jeunes d’y mettre les pieds. Comme si le terrain de l’embauche n’était pas le leur. N’est pas de leur destinée. Samedi soir et dans un cycle de représentation à El Hamra (18-19 et 20 août), Houssem Sahli et ses potes ont présenté un travail qui se respecte en somme. Sur le décor qui frôle le néant, l’auteur et metteur en scène nous a défriché sa démarche en deux mots. «Nous avons opté pour un décor minimaliste et travaillé avec le peu de moyens qu’on a». La pièce qu’on a «trimballée» un peu partout de par les festivals et les régions s’invite d’elle-même et se laisse voir. Sérieux et humour vont bien ensemble. La BPDA a apparemment du pain sur la planche. «Après notre contribution au Printemps du théâtre avec Mohamed Driss en 2006 et auparavant en fin juillet 2005 et dans le cadre du théâtre amateur à Monaco avec Arwah (Esprits) où nous avons reçu un prix, nous ne pouvons qu’être fiers de notre passion», nous a confié le metteur en scène adjoint Houcine Ben Abdelkrim, un juriste de vocation. Avec son DEA dans le droit des affaires en poche, il ne va pas tarder, en parallèle de sa passion de toujours, le théâtre, à ouvrir son cabinet. Pour le moment, il est corps et âme dans «Flash-Back». «Nous venons de produire «Overdose». La première va être donnée en Egypte dans le cadre du festival cairote pour le théâtre expérimental qui se tiendra du 10 au 20 septembre et nous faisons partie de la sélection officielle», nous a dit en guise de conclusion et avec enthousiasme le chef de file Houssem Sahli. Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com