«Bin El Wedyène» : Des ambitions en cours de finition





Le public, composé essentiellement de cinéastes, créateurs, journalistes et autres cinéphiles, amis et proches, s’est déplacé en grand nombre dimanche soir à Hammamet pour voir la première de Bin El Wedyène (Entre les rivières) de Khaled Barsaoui. «C’est mon premier long métrage, devenu possible grâce à une équipe de jeunes, tous Tunisiens. Je dédie ce travail à Ali Mosbah qui nous a quittés cette année. Il était avec nous dans le film», a notamment dit Khaled Barsaoui avant la projection de son Bin El Wedyène au théâtre de poche du Centre culturel de Hammamet dans le cadre du festival international, version 2006. Le cinéaste qu’on a plutôt connu branché sur le court métrage a voulu cette fois-ci s’essayer dans le long. On lui reconnaît notamment les «De Carthage à Ouaga» (1990), «L’Enfant qui voulait voir la mer» (1988), «Fondouk el ghalla» (2001), «Les rescapés de dérive» (un documentaire 2002), «Carthage an II» (2002) et autres «Presqu'un rêve» (2004), sans oublier «La Fille du Kiosque» (2002), sur un texte de Noureddine Ouerghi. La fiction a plu à pas mal de nos critiques. Pour ce qui est de Bin El Wedyène, Khaled Barsaoui n’a pas oublié de remercier tous ceux qui l’ont aidé à la faire. Comme le ministère de la Culture et de la Sauvegarde du Patrimoine, l’appui du ministère de la Défense nationale, le ministère du Tourisme, l’Agence nationale de Promotion de l’audiovisuel, ainsi que l’Organisation intergouvernementale de la Francophonie et d’autres sponsors privés. * Que raconte ce film? Une histoire d’amour et de jalousie peu maîtrisée. Au total, trois jeunes gens. Aïcha l’orpheline qui a perdu ses parents lors d’un accident. Le cousin Ikbal, rongé par une foule de complexes qui a détourné la fortune de Aïcha à son profit, et qui veut coûte que coûte l’épouser. Puis il y a Mahdi, un ancien activiste dans les mouvements estudiantins d’un temps reculé et qui a préféré aller à l’étranger pour notamment des missions humanitaires en Afrique et qui, depuis sa tendre enfance, avait un faible pour cette même Aïcha. Mais ici c’est maladif. Lors de la cérémonie du mariage forcé entre Ikbal et Aïcha, l’inévitable s’est produit et en public. Madame a refusé, jeté par terre alliance et fleurs et s’est enfuie. Ainsi, le mariage n’a pas été consommé. Avec qui elle s’est sauvée? Ce n’est pas sorcier de l’imaginer. On l’a bien senti. C’est le cavalier de ses rêves qui vient d'atterrir pour la sauver, comme dans un conte de fée. Le fiancé de nature fougueuse est blessé dans son amour propre et s’est juré vengeance du couple qui a pris la route vers le nord, la région natale de ce trio. Aïcha et Mehdi n’ont pas cessé d’égrener au fil des kilomètres leurs souvenirs et de les savourer. De l’autre côté. Ikbal réapparaît. Mais comme un ogre. Une poursuite meurtrière s’est déclenchée. Au début en voiture puis Ikbal pilotant un hélicoptère. Des rythmes qui se ressemblent, un sentiment que l’on appelle amour et une fin tragique qui ressemble à ce qu’on raconte aux petits enfants avant leur sommeil. Avec toujours le méchant loup qui périt dans sa propre jungle. La scène de l’accident de l’hélicoptère, d’un degré primaire nous confirme le tout. * Que pense-t-on? Si l’on jugeait un film d’après les intentions de son auteur, Bin El Wedyène de Khaled Barsaoui, produit pas West Side Movie pourrait être considéré comme un bon film: une histoire d’amour contrarié à la manière d’un film d’action américain, avec une course de voiture, poursuite en hélicoptère et paysages à perte de vue. Le problème c’est que, s’agissant d’un résultat final qui nous a été donné à voir dimanche dernier à Hammamet —en première mondiale comme le précisent les organisateurs comme si le film devait être projeté à Hollywood, Paris ou Londres—, il y a loin de la coupe aux lèvres. Ni l’histoire assez convenue, ni les personnages sans densité psychologique ni vrais caractères, ni le jeu des comédiens, superficiel et dénué d’âme, (nous avons été déçus par Ahmed Hafiane qui n’a pas volé assez haut dans son rôle de Mahdi. Ne parlons pas de cette Nadia Boussetta, une inconnue parmi les inconnus et qui ne dégage rien du tout en jouant. Quant à Moëz Ghdiri, il se cherche encore), ni le rythme saccadé et sacrifiant aux effets des films d’action américains —d’ailleurs maladroitement copiés—, ni finalement le discours vaguement libertaire du réalisateur ne sont convaincants. Peut-être faudrait-il revoir le film dans d’autres conditions que celles du plein-air, c’est-à-dire dans les salles —sa sortie est prévue en septembre à Tunis— pour mieux apprécier ses qualités techniques: image, son… Mais la première impression que nous laissé Bin El Wedyène est celle d’une œuvre qui n’a pas la qualité de ses prétentions: celle notamment que l’on retrouve dans la note d’attention distribuée avec le dossier de presse. Les «retour sur soi», «convulsion», «processus de maturation psychologique et sociale» et autres «voyage introspectif dans l’âme tourmentée de protagonistes qui se renvoient tour à tour leurs succès et leurs déboires, leur amour et leur haine et qui s’entre-déchirent jusqu’à la mort…», tout cela, il faut vraiment le chercher dans ce film. Mais c’est là une première impression, certes négative que nous ne demandons qu’à rectifier après une seconde vision. Car nous devons donner toute leur chance à ces nouveaux films tunisiens et à leurs auteurs, notamment Khaled Barsaoui dont c’est le premier long métrage de fiction et qui mérite d’être encouragé. Car il ne manque pas d’imagination ni de volonté de bien faire. Donc à revoir. Zohra ABID ____________________________ Choses vues * «Khaled Barsaoui est un brave type et c’est même un ami. Mais je ne suis pas enthousiaste de ce film. La faute réside à mon sens dans la faiblesse du scénario. L’écriture est primaire. Puis je reproche à Khaled le casting, le choix n’a pas été bon. Il aurait mieux fait d’axer sur des artistes… quoi, plus artistes et qui dégagent quelque chose», Nous a confié un écrivain et ami du cinéaste qui a préféré garder l’anonymat. * Parmi les spectateurs, nous avons vu dans les premières rangées Madame Nadia Attia, une ex-responsable du secteur du cinéma au ministère de la Culture. * A la fin de la projection de Bin El Wedyène, Khaled Barsaoui a invité tout le monde à table. Où il y avait de tout. Vraiment de tout… La soirée qui s’est déroulée avec un doux fond de musique s’est étirée… jusqu’à l’aube. Après avoir éteint toutes les lumières de Dar Sébastien. Z.A.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com