La vie en solo : Les jeunes filles condamnent le comportement outré et l’irresponsabilité





Nombre de jeunes filles ne quittent pas le foyer familial pour se marier. Arrivées à un certain âge, elles plient bagages et quittent le nid douillet de la famille pour s’aventurer à vivre seules. Il s’agirait a priori d’une envie d’être plus autonome et surtout de vivre sans contrôle... Or un tel phénomène ne peut être toléré par une société arabo-musulmane comme la nôtre. L’idée de vivre seule et d’acquérir une plus grande liberté tente-t-elle les jeunes filles ? Témoignages. Tunis — Le Quotidien Dans une société arabo-musulmane, il est très difficile d’accepter l’autonomie totale des filles célibataires. Si l’on traite le sujet d’un point de vue religieux, on doit rappeler que notre religion islamique impose que les filles soient toujours sous la tutelle du père. Pour s’affranchir de cette tutelle, elle n’a qu’une seule alternative : se marier. Dès lors, elle quitte le foyer familial pour passer sous l’aile du mari... Si l’on traite le sujet d’un point de vue social, il est à rappeler que les sociétés patriarcales condamnent la liberté et l’autonomie totales des filles et des femmes célibataires. Toutefois, l’émancipation de la femme a donné naissance à un nouveau statut à cette dernière. La majorité des filles tunisiennes sont instruites et ont un travail. Dès lors, elles sont censées avoir un «background» estimable qui leur permet de faire le tri entre le bien et le mal et ont un revenu qui leur permet en principe de se prendre entièrement en charge, d’être financièrement indépendantes. Chose qui pousse d’ailleurs certaines filles surtout celles qui ont un âge plutôt avancé et qui n’ont pas convolé en justes noces à rêver de vivre seules loin de règlements assez stricts de la famille. Samah, 32 ans, cadre supérieur, n’a pas réussi à trouver chaussures à ses pieds. Bien qu’ayant l’esprit libéral, la jeune fille ne compte pas quitter la maison de ses parents. «Il faut dire qu’à un certain âge, lorsqu’on remarque que toutes les cousines, les proches et les amies se sont mariées et qu’elles ont leurs propres maisons et leurs petites familles, l’on se sent lésé à l’idée d’être toujours avec ses parents. A 32 ans et avec tous les atouts que je possède, j’accepte mal mon statut de célibataire. J’aimerais tant avoir ma propre maison avec le décor que je choisirai moi-même. J’aimerais tant pouvoir être libre de mes mouvements et me sentir l’unique maîtresse de la maison. A mon âge, je ne peux plus accepter que mes parents me fassent un interrogatoire, qu’ils s’immiscent encore dans toutes mes affaires. Je ne suis plus une petite fille. Cela dit, même si je gère mal leurs instructions fermes et même si j’aimerais tant pouvoir vivre seule, je ne penserai jamais à aller vivre seule dans une maison à moi. Certes, la liberté est un droit, mais je ne saurais changer la mentalité des autres. La société considère plutôt mal les filles célibataires qui vivent seules et même si cela est injuste, parce qu’il y a des filles qui vivent seules et qui n’ont absolument rien à se reprocher, on les met toutes dans le même sac. Et une étiquette va nuire à ma réputation et à celle de mes parents. Je n’ai donc qu’à m’abstenir et à attendre l’heureux élu !», dit-elle. Rabab, 17 ans, pense que les filles d’aujourd’hui sont capables de s’assumer entièrement. Toutefois, ce n’est aucunement un prétexte pour quitter le foyer familial. «Les filles sont devenues un peu trop libérales. Hélas, elles conçoivent la liberté à travers le nombril en l’air, le décolleté très généreux et le make-up criard, etc…. En parallèle, les filles se sont initiées à prendre des responsabilités à un âge plutôt précoce. Elles étudient et travaillent et du coup, elles pensent qu’elles sont capable de se passer d’une vie conjugale d’autant plus que les garçons de nos jours ne sont pas du tout responsables. Nombre de jeunes couples mariés maintiennent une drôle de relation. C’est la femme qui travaille, qui s’occupe des enfants, qui assure les frais du ménage et l’homme se contente de... consommer. Si c’est cela le prix que j’ai à payer pour une plus grande liberté, je préfère m’abstenir de me marier. Je suis une élève brillante et je suis sûre que je vais avoir plus tard un bon poste et je serai indépendante financièrement. Mais l’idée de quitter ma famille n’effleure même pas mon esprit parce que je tiens compte du regard de la société», dit-elle. Lobna, 18 ans, pense que nul ne peut tolérer le comportement ostentatoire des filles et encore moins le fait qu’elles habitent seules. «Je suis vraiment très triste de voir le comportement des filles tunisiennes. Un grand nombre de jeunes filles mènent une vie vraiment intolérable. Le problème dépasse le comportement vestimentaire et les veillées jusqu’à l'aube. Si elles se contentaient de cela, ce sera à la limite compréhensible. Mais ce que j’ai remarqué, c’est que les filles n’ont plus aucune limite. La liberté, pour elles, rime avec concubinage ou encore avec la multiplication des conquêtes. Et ce ne peut en aucun cas être admis par une société arabo-musulmane comme la nôtre. Ni notre culture, ni notre religion ne peuvent accepter une telle attitude. Et le problème, c’est que certains parents démissionnent totalement de leur rôle et ne contrôlent pas du tout ce que font leurs filles. A mon sens, je ne peux pas du tout penser vivre seule même si j’aurais 30 ans. Si je suis sûre de mes actes, je n’aurai aucune raison de le faire en cachette et loin des yeux de mes parents. Pour moi, une seule raison peut mener une fille à vouloir vivre seule : celle de vouloir avoir accès à tous les interdits !», dit-elle. Henda, 25 ans maîtrisarde, est aussi contre la liberté totale. «La liberté est un ensemble de droits et de devoirs. Ce que les jeunes filles cherchent, à mon sens, c’est seulement d’échapper au contrôle parental pour agir à leur guise sans avoir de comptes à rendre. Rien ne vaut la vie en famille où l’on se sent en sécurité, protégé et à l’abri. Si l’on sacrifie tout cela pour aller vivre seule, c’est qu’il doit y avoir des intentions vicieuses, c’est sûr. On a beau avoir un esprit libéral et on a beau s’influencer par un way of life occidental, nous demeurons arabo-musulmanes. Et cela exige de nous un respect de soi, de la famille, de la société et de la religion», dit-elle. Sourour, 24 ans, maîtrisarde, est aussi totalement contre la liberté poussée à l’extrême. «Je suis catégorique : les filles ne doivent vivre qu’avec leurs familles. D’ailleurs, même celles qui étudient loin de leurs familles doivent rester dans des foyers universitaires ou encore partager une maison avec des filles qui ont une très bonne réputation. Ce n’est pas un jeu, une fille est redevable de se respecter sinon elle n’aura plus rien à donner et elle ne pourra jamais se refaire «une virginité» si elle décide un jour de revenir sur le droit chemin parce que les mauvaises langues seront là pour lui rappeler toujours ses écarts de conduite. Je pense que le prix à payer est beaucoup plus cher que la liberté elle même», dit-elle. Lamia diplômée de 25 ans, croit que les filles qui vivent seules et qui ont un esprit trop libéral ne pourront jamais vivre tranquilles. «Même si cette fille n’aura rien à se reprocher et qu’elle aura une ligne de conduite stricte, elle sera mal jugée par les autres. Nous vivons dans une société arabo-musulmane qui a ses propres traditions et ses propres croyances. Celle qui rejette les règles d’une société sera à son tour rejetée par la société. Je suis totalement contre, voire dépitée à voir certains comportements féminins !», dit-elle. Hana, 21 ans, étudiante, pense que ce que fait une fille est le résultat de l’éducation qu’elle a reçue. «Si une famille inculque les bonnes valeurs à sa fille, celle-ci n’osera jamais aller loin. L’éducation, la famille et l’entourage sont responsables de ce qu’on est. Si une fille vit seule et agit à sa guise, il faut chercher le problème chez ses parents essentiellement. Non seulement ils doivent être démissionnaires, mais aussi indignes d’être des parents. La fille ne se rendra compte de la gravité de ses actes que beaucoup plus tard, et là ce sera le désastre total», dit-elle. Abir CHEMLI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com