Néjib Mahfoudh n’est plus : Adieu, le Sphinx…





Mémoire de son temps, d’une époque politiquement et socialement mouvementée, Néjib Mahfoudh vient de quitter notre monde après un long combat contre la maladie, et les vices de la société... Une société qui l’a inspiré et qui a nourri ses écrits. C’est en 1911 que Nejib Mahfoudh a ouvert les yeux au Caire et c’est aussi sur la terre du Nil qu’il les a fermés. Il a écrit ses pensées et ses émois sans chercher ni gloire ni célébrité... Il a écrit par amour et par fidélité à cette terre qui a fait de lui le grand romancier de son époque. Néjib Mahfoudh n’a pas cherché à donner de leçons à ce bon peuple qui reste malgré tout et selon lui la force tranquille de la terre du Nil. Au contraire, il a plongé au cœur de cette société avec toutes ses contradictions les phénomènes sociaux sans fards en les analysant sans prétendre être ni sociologue ni psychologue. Dans les zones inconnues, dans les coins et les recoins du Caire, Néjib Mahfoudh a raconté à travers ses écrits dans un style recherché le vécu de son peuple. Innovant surtout dans les techniques de la narration, il a su faire de ses œuvres le miroir d’une société qui le tient cœur, corps et âme Il n’est pas réformiste dans le sens propre du mot mais il a été ce miroir qui reflète le vécu des Egyptiens indépendamment de leur appartenance socio-culturelle. Les œuvres de Néjib Mahfoudh ne se lisent jamais d’un seul trait... Chaque mot, chaque adjectif et chaque ponctuation est un appel à la réflexion. Avec lui, tout a un sens et tout mérite d’être lu et relu... C’est pour cette raison qu’il constitue une école au sens propre du terme où toutes les sciences sociales se croisent, fusionnent... dans une belle écriture. Cette fidélité et cette passion lui ont valu le prix Nobel en 1988; une consécration qui l’a placé au summum de la scène littéraire arabe et internationale. «Palais du désir», «Le voleur et les chiens», «Les fils de la Médina», «Discussion sous le Nil» etc... ont dessiné l’image de la société égyptienne sous ses différentes facettes, esquissant les traits de chaque catégorie sociale et les divers univers psychologiques de chaque membre de la société. Grand spécialiste du roman suggestif, Néjib Mahfoudh ne s’est pas contenté de rapporter les faits de la société. Il a choisi d’éveiller les consciences par des écrits qui poussent à la réflexion mais aussi à la réaction... Des œuvres finement tissées ayant fait l’objet de plusieurs films et feuilletons qui ont connu un vif succès. Et qui ne connaît pas l’histoire de «Si Sayed» et de sa famille? Ceux qui n’ont pas lu cette trilogie se rappellent certainement de ce feuilleton, diffusé dans tous les pays arabes dans les années 80. La nouvelle génération des Tunisiens, surtout ceux qui viennent de passer leur bac, se rappellent certainement aussi de ce Néjib Mahfoudh qui figure au programme scolaire tunisien et qui «affole» les élèves, chaque année, lors des examens. Après Mahmoud Messaâdi, c’est un autre monument de la littérature arabe qui nous quitte mais qui laisse au patrimoine culturel arabe un legs inestimable. Néjib Mahfoudh est mort mais son œuvre demeure vivante. Adieu l’écrivain, Adieu la voix du peuple! Imen ABDERRAHMANI


Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com