Un «Nobel», de la misère à la noblesse





L'écrivain égyptien Néjib Mahfoudh, seul romancier de langue arabe à avoir reçu le prix Nobel de littérature, s'est éteint mercredi dans un hôpital public du Caire à l'âge de 94 ans, alors que son état de santé s'était détérioré depuis plusieurs semaines. Le Quotidien — Agences Apôtre de la tolérance, l'auteur sera inhumé aujourd’hui à 11h00 dans la mosquée Al-Rashdan dans le quartier de Madinet-Nasr au Caire. Un ami proche de l'écrivain a affirmé à l'AFP que Mahfoudh "avait été victime d'un arrêt cardiaque mardi à 17H00 et avait été réanimé". "Mais il a été victime d'un autre arrêt cardiaque", a-t-il dit. Mahfoudh avait été placé sous soins intensifs le 14 août. Son état s'était rapidement dégradé avec des complications rénales et pulmonaires, ainsi que des pertes de connaissance. Le président égyptien Hosni Moubarak a rendu hommage au lauréat du Nobel de littérature 1988, soulignant qu'il "a fait reconnaître la culture et la littérature arabes à travers le monde". "C'est le dernier des pionniers", a pour sa part réagi le biographe et ami de Mahfoudh, Raymond Stock. "C'était le seul Egyptien à avoir parfaitement marié l'Orient et l'Occident", a-t-il affirmé à l'AFP. Né au Caire en 1911, l'écrivain était l'intellectuel le plus célèbre d'Egypte, avec plus de 50 romans sous son nom. Après des études de philosophie, devenu fonctionnaire, il avait publié son premier roman en 1939. Mais il n'a été reconnu que dans les années 1950 après la parution d'un pavé de 1500 pages, la Trilogie (Impasse des deux palais, Palais du désir et le Sucrier), dans lequel il décrit les espoirs et désillusions politiques d'une famille bourgeoise cairote entre 1917 et 1944. "A mon avis, il a surpassé de nombreux grands romanciers occidentaux", a estimé M. Stock. "Alors même que sa condition physique se détériorait, ses capacités mentales se développaient et ses talents littéraires aussi. Il a appris à écrire des romans entiers en un seul paragraphe", a-t-il poursuivi. Environ la moitié des romans de Mahfoudh ont été transformés en films. Il est également l'auteur d'une centaine de nouvelles, dont de nombreuses traduites en anglais. La plupart de ses romans avaient pour cadre Le Caire. La capitale grouillante et ses quartiers étaient pour lui une métaphore non seulement de l'Egypte mais de l'humanité toute entière, avec ses passions, ses vices, ses certitudes et ses doutes, politiques et religieux. En 1988, Mahfoudh est devenu le premier romancier de langue arabe à recevoir le Nobel de littérature. Il reste le seul à ce jour. Intéressé par la politique, le romancier a sympathisé avec le Wafd, l'ex-grand parti nationaliste et libéral, luttant contre le colonialisme britannique avant la révolution nassérienne de juillet 1952. Son chef d'œuvre "Les enfants de la médina", publié en 1959, a été interdit en Egypte par Al-Azhar, la plus haute autorité de l'islam sunnite, qui l'a jugé "blasphématoire" parce qu'il y présentait une vision désenchantée de la région. Cible en 1994 d'une tentative d'assassinat, Mahfoudh a toujours prôné la tolérance et la modération. Depuis cette date, il était paralysé de la main droite et devait dicter ses textes. Mahfoudh a été l'un des rares intellectuels égyptiens et arabes, à avoir approuvé les accords de paix entre l'Egypte et Israël en 1979, tout en se déclarant totalement solidaire des Palestiniens. Ses positions lui ont valu de voir son œuvre boycottée dans de nombreux pays arabes. Après avoir obtenu le Nobel, Mahfoudh avait divisé le chèque de la Fondation Nobel en quatre parts égales: une pour sa femme, deux pour ses filles et la dernière en faveur du peuple palestinien. _________________________ Bibliographie Néjib Mahfoudh a été un auteur prolifique, signant plus de 50 romans, recueils de nouvelles et pièces de théâtre. Nombre de ses œuvres ont été éditées en arabe ou traduites sous des noms différents, ce qui complique sa bibliographie. Voici une liste non exhaustive de ses principales œuvres : - 1939 : Le jeu du destin - 1945 : Le nouveau Caire - 1947 : Le passage des miracles - 1948 : Chimères - 1949 : Commencement et fin - 1956/57 : Trilogie : L'impasse des deux palais ; Le palais du désir ; Le sucrier - 1957 : Récits de notre quartier - 1959 : Les enfants de la médina - 1961 : Le voleur et les chiens - 1962 : Les cailles et l'automne - 1963 : Le monde de Dieu - 1964 : La voie - 1965 : Le mendiant ; Une maison de mauvaise réputation - 1966 : Dérives sur le Nil - 1967 : Miramar - 1968 : Le bistrot du chat noir ; Sous l'abri - 1971 : Histoire sans queue ni tête ; Lune de miel - 1973 : L'amour sous la pluie - 1977 : La chanson des gueux - 1981 : La chanson du mariage - 1982 : Nuits et journées arabes - 1983 : Le voyage d'Ibn Fattouma - 1987 : Le bonjour des roses - 1996 : Mon Egypte - 1997 : Les mille et une nuits, la quête - 1998 : Matin de roses - 2000 : Propos du matin et du soir _________________________ Consécration Néjib Mahfoudh, décédé hier au Caire à l'âge de 94 ans, avait été en 1988 le premier romancier de langue arabe à recevoir le prix Nobel de littérature. Mahfoudh avait été hospitalisé le 16 juillet après avoir trébuché et s'être blessé à la tête. Son état s'était rapidement dégradé avec des complications rénales et pulmonaires, ainsi que des pertes de connaissance. Né le 11 décembre 1911 au Caire, dans une famille de la petite bourgeoisie, il est l'auteur d'une cinquantaine de romans, dont la trilogie "L'impasse des deux palais", "Le palais des désirs" et "Le sucrier". C'est à l'âge de 17 ans qu'il a commencé à écrire et a publié ses premiers essais dans les années 30. Après des études de philosophie, il devient fonctionnaire et se consacre progressivement à la littérature. Il n'a été reconnu que dans les années cinquante après la parution de la Trilogie, énorme roman de 1500 pages . Dans ce triptyque, il décrit les espoirs et désillusions politiques d'une famille bourgeoise cairote sur trois générations entre 1917 et 1944. En 1994, il avait été attaqué à l'arme blanche par un intégriste. Il était depuis paralysé de la main droite et avait cessé d'écrire, dictant ses textes.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com