Mahfoudh aux yeux des intellectuels tunisiens





La disparition, hier, de Néjib Mahfoudh, figure de proue du roman et du récit arabe et Prix Nobel de la littérature n’a pas laissé indifférents les intellectuels tunisiens. «Le Quotidien» a recueilli à chaud les témoignages de trois d’entre-eux. Slaheddine Boujah : «Une perte qui laisse un vide» «Nous autres écrivains arabes nous considérons Néjib Mahfoudh comme le père du roman et du récit arabe contemporain. Sa disparition va créer un vide qu’il sera difficile de combler. Car c’est lui qui a redonné au style narratif, dans la littérature arabe, toute sa splendeur et au roman arabe toute son aura et son authenticité. Son «Moudawwana» ou «Abrégé» a balisé pour le nouveau roman arabe un chemin nouveau qui le lie aux écrits et à l’époque littéraire classique occidentale. Mais le mérite de l’écrivain égyptien est d'avoir aidé le roman arabe à franchir un pas vers le genre suggestif. Il a été aussi le maître d’œuvre qui a légué aux romanciers de nouvelles pistes à explorer. De ce fait, nous ne le considérons plus comme un romancier, mais plutôt comme un père et un des maîtres de la littérature arabe, à l’instar de Sabri Moussa, Edouard Kharrat, Youssef El Ghaïd. Ainsi, le prix Nobel de la littérature qu’il a reçu, n’est autre qu’une consécration de son brillant parcours littéraire. Cette consécration est une preuve que le roman arabe est capables, par sa production, de concurrencer les autres productions et genres littéraires d’autres régions du monde. D’autre part, grâce au parcours de cet écrivain, la littérature arabe contemporaine a pu exhiber, à la face du monde, sa richesse, ses multiples facettes aux côtés de la littérature occidentale, francophone et africaine. En effet, le décès de Néjib Mahfoudh nous ouvre une nouvelle ère; celle de l’après Néjib Mahfoudh. Il s’agit, à mon avis, de perpétuer sa production romanesque, dans sa richesse, et sa diversité surtout, dans ses rapports avec le nouveau texte et les genres littéraires contemporains arabes dont se réclament de nombreux romanciers arabes. Mais force est de reconnaître que si Néjib Mahfoudh a influencé le nouveau roman égyptien, les autres romanciers du Maghreb arabe ont été aussi influencés par l’écrivain égyptien et nombreux d’entre-eux, se sont illustrés aussi». ___________________________ Amel Mokhtar : «Un parcours littéraire exemplaire» «Néjib Mahfoudh est, à mon avis, une véritable école dans la littérature arabe. Le Prix Nobel de la littérature qu’il a obtenu fait de lui un modèle pour le romancier arabe contemporain. Il s’est voué à l’écriture sans attendre ni prestige, ni consécration ou popularité. Son parcours et son expérience démontrent que tout celui qui est voué à son travail et y consacre de l’effort et de l’énergie nécessaires sera consacré un jour à la mesure de son abnégation. L’écrivain égyptien nous a offert un parcours littéraire exemplaire et s’est érigé en école pour tout romancier, écrivain ou citoyen arabe qui trouve en lui, une arabité à toute épreuve, mais aussi un penchant et un goût prononcé pour la culture. Nous ne pouvons que regretter la perte de ce monument du roman et de la littérature arabe». ___________________________ Moncef Souissi : «Un grand romancier de notre époque» «Je n’ai pas eu de contact direct avec Néjib Mahfoudh, mais j’ai lu toute son œuvre. Je la trouve très particulière et d’une originalité rare. Outre son côté poétique et l’excellence de sa plume, je trouve que Néjib Mahfoudh se distingue, surtout, par la particularité de ses romans et de sa méthodologie littéraire. C’est un intellectuel actuel qui se distingue par la parfaite connaissance de son peuple dans les aspects les plus exhaustifs. Dans ses écrits, il pénètre la société égyptienne et arabe et la décortique avec une sincérité rare. Néjib Mahfoudh est aussi un des grands romanciers de notre époque dans le monde arabe. Les sujets abordés, dans ses écrits, dépassent en fait les frontières du monde arabe. Le Prix Nobel qu’il a reçu, il l’a mérité depuis longtemps. Pour ma part, j’ai été influencé par toute son œuvre. Son analyse socio-culturelle des mœurs, us, habitudes et traditions de la société égyptienne ont orienté mon approche théâtrale». Propos recueillis par Ousmane WAGUE


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com