Les jeunes et le conflit des générations : Un passage obligé… un mal nécessaire





Depuis belle lurette, on ne cesse de parler de conflit des générations. Ces mêmes enfants qui sont en discorde avec leurs géniteurs, qui se sentent oppressés et mal compris, finissent à leur tour, par être des parents et auront aussi des rapports conflictuels avec leurs propres enfants. C’est à croire qu’il s’agit d’un phénomène indéboulonnable. Toutefois, étant donné que la majorité des parents sont à présent éclairés, cela nous incite à croire que les discordes sont moins intenses. Vrai ou faux? Peut-on parler aujourd’hui encore de conflit des générations? Tunis - Le Quotidien Avant de plonger au fin fond du problème, l’on doit signaler que le faîte des discordes entre parents et enfants a toujours eu lieu lorsque les enfants atteignent l’âge de l’adolescence. Ces «teenagers» subissent des transformations rapides dans leurs organismes et se sentent du coup assez grands pour pouvoir voler de leurs propres ailes et prendre les choses en main. Ces petits qui vivaient sous l’aile des parents et que les géniteurs maintenaient sous leur férule, grandissent et revendiquent le statut légitime d’êtres humains à part entière. Ils se révoltent contre la soumission, la dépendance et la discipline et décident de se faire entendre. De leur côté, les parents gèrent mal cette transformation «subite». Ils refusent de voir que leur sage petit enfant se rebelle, se mette à négocier, à hausser le ton et à revendiquer plus de droits et une plus grande liberté. Or ces mêmes parents ont dû vivre cette même étape et ils sont censés être compréhensifs quant aux besoins de leurs enfants. Mais si chacun se souvient de son adolescence, il se rappellera de ces erreurs et dira probablement que si c’était à refaire, il changera beaucoup de choses pour que sa vie soit meilleure. Cela dit si les parents refusent de baisser les bras et s’ils tiennent à garder le contrôle, ce serait sûrement pour éviter que leurs enfants ne commettent des erreurs plus ou moins graves. En revanche, les choses fonctionnent autrement pour un adolescent. Celui-ci a besoin de vivre jusqu’à son pinacle, les situations les plus complexes. C'est ainsi qu’ils vont pouvoir apprendre... Au fur et à mesure qu’ils grandissent, ils s’assagissent et ces conflits se dissipent. C’est d’ailleurs un constat confirmé par Arwa, étudiante de 20 ans. La jeune fille pense qu’elle a déjà dépassé le pic des tensions avec ses parents. «Le plus dur est déjà passé. A mon sens, c’est durant l’adolescence que les discordes s’intensifient. C’est trop difficile pour un parent de voir son enfant entretenir seul son petit jardin secret. Il est trop difficile pour eux de nous voir autonomes et capables d’agir seuls sans qu’ils n’interviennent. Je pense que c’est là où réside le centre même des conflits. Ils sont curieux de savoir tout sur nous et sur les moindres détails de notre vie, comme ils le faisaient lorsqu’on était enfants. Mais il s’avère que nous ne sommes plus des enfants et il leur faut du temps pour admettre qu’on a vraiment grandi. Du coup, les problèmes se dissipent tout naturellement lorsqu’on grandit. Certes, il y aura toujours quelques discordes et quelques sujets de désaccord qui reviennent toujours en surface comme l’argent et l’immixtion dans nos affaires, mais cela devient gérable avec le temps», dit-elle. Islam,17 ans, semble être en pleine période de conflit. Mais intelligente, la jeune fille sait comment s’en sortir avec peu des dégâts. «J’ai eu beaucoup plus de problèmes avec mes parents lorsque j’avais entre 13 et 14 ans. A cette époque, je n’osais rien révéler à ma mère. J’avais trop peur de lui dire quoi que ce soit par peur qu’elle ne me juge. En parallèle, ma mère voulait absolument tout savoir ce qui compliquait davantage les choses. A présent, le problème ne se pose plus. Je me confie beaucoup plus à ma mère et le fait d'instaurer toujours le dialogue avec elle a permis de maintenir la confiance. Cela dit, il lui arrive de vouloir m’imposer quelques ordres du genre: interdit de parler à cette fille ou de côtoyer celle-là, je fais semblant de me plier à l’ordre toujours. Or, lorsque je ne suis pas convaincue, je n’en fais qu’à ma tête dès qu’elle a le dos tourné», dit-elle. Louay, 18 ans, entre en conflit avec son père surtout concernant l’argent et le look. «Mes parents ne peuvent pas s'empêcher de s’immiscer dans mes affaires, surtout mon père. Je sais qu’il cherche mon intérêt et qu’il a un droit de regard sur ma vie. Mais je pense que ce que je porte comme habits ne regardent qu’à moi. Je suis libre de mettre ce que je veux et ce qui me va le mieux. Il n'arrête pas non plus de m’interdire de sortir surtout durant la période des examens. Mais tous ces problèmes sont plutôt gérables, il ne s’agit pas de choses graves. Certes cela rétrécit ma liberté, mais ce n’est pas la mer à boire», dit-il. Mohamed Ali, 18 ans, a aussi quelques sujets de désaccord avec ses parents. Mais le jeune homme n’imagine pas pouvoir vivre indépendamment de ce que ses parents lui imposent. «Mes parents veulent que j’ai une allure beaucoup p-lus posée et un look classique, or je ne me sens bien qu’en m’habillant de la manière qui me plaise et avec des vêtements sports et confortables. En outre, ils sont toujours après moi pour que je ne reste pas les bras croisés. Mon père a un restaurant et il me «harcèle» chaque été pour que je travaille avec lui. Il suffit que je rentre tard le soir ou que je fasse la grasse matinée pour que j’ai droit à un sermon. Les choses sont beaucoup moins compliquées avec ma mère, mais n’empêche que je suis obligé de me plier de temps à autre aux ordres d’autant plus que je dépends financièrement d’eux. Sinon, je risque d’être privé d’argent de poche»,dit-il. Abir CHEMLI


Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com