Kalaât-Landalous Le dur combat des ouvriers agricoles





Le spectacle est impressionnant. Des centaines d’ouvriers venus de Sejnane attendent inlassablement leur tour pour être engagés pour la cueillette des légumes à Kalaât-Landalous. C’est une journée de gagnée, pour ceux qui ont la chance d’être embauchés. Kalaât Landalous-Le Quotidien L’odeur des beignets commence à taquiner les narines des badauds qui se rassemblent aux alentours de l’axe principal de la ville de Kalaât-Landalous. Aux premières lueurs de la journée, le marchand de beignets occupe un coin stratégique de la place, plaçant ses ustensiles méthodiquement à même le sol. Un baril métallique fait office de comptoir et porte la cuisinière de fortune destinée à chauffer l’huile de cuisson des beignets. Le visage du marchand et devenu familier pour les dizaines ou plutôt les centaines d’ouvriers en quête d’embauche dans ce milieu rural. Depuis des années, des centaines d’ouvriers tiennent place dans ces lieux et attendent inlassablement les agriculteurs à la recherche d’une main-d’œuvre pour la cueillette des tomates et autres légumes et fruits. Ils viennent presque tous de la ville de Sejnane située à moins d’une centaine de kilomètres de Kalaât-Landalous. Ils sont habitués des lieux. Le spectacle est impressionnant et digne d’un film de réalisateurs de renom. Ils sont là à attendre, calmement, sans bruit et connaissent parfaitement la règle du jeu. L’agriculteur arrive avec son véhicule bâché, son tracteur et parfois sa charrette tirée par un cheval de trait. L’intermédiaire Nejmeddine désigne les candidats à l’embauche qui prennent place sur le plateau du véhicule sans bousculade aucune. D’aucuns savent parfaitement les conditions du contrat moral qui les lie à leurs employeurs d’un jour : dix dinars la journée, déjeuner et thé en sus. Chacun y trouve son compte. Mehrez Saïdani, la cinquantaine, constitue un exemple type de ces braves ouvriers agricoles, gagnant leurs vies à la sueur de leurs fronts. Il est père de quatre enfants tous établis à Sejnane. Il est là car il n’a pas le choix. L’emploi dans sa région natale se fait rare. Pour subvenir aux besoins de sa famille, il passe des semaines entières à Kalaât-Landalous et se fait embaucher occasionnellement. * Difficultés Pour le logement, le problème ne se pose pas particulièrement. Les ouvriers logent dans un hangar couvert au prix symbolique de 600 millimes la nuit. Cette somme ne constitue pas un handicap pour le locataire d’une soirée. Le propriétaire par contre, peut tirer de rondelettes sommes quand le prix unitaire est multiplié par des dizaines, voire des centaines. Encore une fois, chacun y trouve son compte. Il semblerait cependant que les agriculteurs rencontrent des difficultés énormes pour joindre les deux bouts, du moins à en croire quelques uns avec qui nous avons discuté. Les fermiers se plaignent notamment du prix élevé de l’eau destinée à l’irrigation. «Mille deux cent cinquante dinars pour l’irrigation d’un hectare constitue un lourd fardeau pour tous les agriculteurs, sans compter les divers frais d’achat des engrais, des semences et d’autres produits chimiques nécessaires à la réalisation d’une bonne récolte», nous confie le jeune agriculteur aux cheveux gominés, Néjib Ben Hammouda dont l’âge ne dépasse pas la vingtaine d’années. «Nous payons trop cher les frais de gestion de nos unités agricoles», dit-il. Et d’ajouter : «Certains sont endettés jusqu’au cou et parviennent difficilement à tirer leurs épingles du jeu». Vers 8 heures du matin, la place se vide. Les plus chanceux sont déjà sur les lieux de la cueillette. Ils ont ainsi garanti leur journée, leurs déjeuners et leurs tasses de thé. Pour le reste, demain il fera jour. Avec son peu de chance, la loterie du travail ne leur tournera peut-être pas le dos. Lotfi TOUATI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com