Les jeunes et les concessions : A consommer avec beaucoup de modération





Lorsque nous avons un objectif, on peut consentir beaucoup de sacrifices pour l’atteindre. Lorsqu’on aime quelqu’un, on est capable de faire des concessions pour lui faire plaisir. Toutefois, ces concessions peuvent avoir un prix cher à payer si elles ne sont pas consommées avec modération. La déception risque dès lors d’être brutale. Est ce qu’il arrive aux jeunes de faire des concessions ? En faveur de qui et quand est-ce qu’ils refusent de faire des sacrifices ? Tunis-Le Quotidien Les enfants qui naissent dans une famille à cheval sur les principes et les valeurs ont de fortes chances de disposer, une fois adultes, de hautes qualités morales. Si les parents inculquent à leur progéniture, dès la petite enfance le sens de la générosité, de l’altruisme et de la frugalité, les enfants deviendraient en principe des personnes bonnes et bienveillantes. La concession est normalement la traduction d’un sens de l’altruisme. Sauf que certains ne font don de quelque chose que s’ils s’attendent à recevoir beaucoup d’autres choses en contre partie. Dès lors, on ne peut plus parler d’altruisme. Il s'agit d’une stratégie qui vise à servir les intérêts personnels de l’auteur d’une concession. Or si le fait de se sacrifier pour les autres n’est que pour une bonne cause et si l’auteur n’a pas d’objectif précis à atteindre à part celui de faire plaisir aux autres, cela traduit la bonté et sa bienveillance. Toutefois si le vis-à-vis ne sait pas considérer à sa juste mesure le dévouement et les sacrifices que l’on fait pour lui, on risque de se sentir lésé dans son amour propre et là... il y a un hic ! Atef H’kiri, étudiant de 22 ans est prêt à se sacrifier pour tous ceux qui lui sont chers. Il est aussi prêt à faire des concessions pour parvenir à ses fins et à tout donner tant que sa dignité et sa fierté restent à l’abri. «Si je veux réussir, et c’est élémentaire, je suis prêt à faire des concessions. Cela dit, ces concessions ne doivent pas être d’ordre moral. Je peux rester sans dormir, sans manger, sans me divertir..., mais je ne pourrai pas sacrifier mes principes et mes croyances juste pour parvenir à un but. Je suis aussi prêt à faire beaucoup de sacrifices pour les personnes que j’aime mais il suffit que le bénéficiaire fasse preuve d’arrogance pour que je devienne très brutal. Certes, lorsque je donne, je n’attends pas à recevoir quelque chose de spécial ou de palpable, mais il faut que je sois toujours assuré que cette personne mérite amplement et elle ne doit surtout pas s’aviser à fouler aux pieds mon amour-propre», dit-il. Ahmed Lachaâl, 21 ans, étudiant, est prêt à toutes les concessions possibles seulement s’il est certain que sa fierté reste indemne. «Je ne suis pas du tout prêt à négocier sur mon amour-propre et ma fierté. C’est mon plus précieux capital et pour rien au monde, je ne m’abaisserai et je ne renoncerai à ma fierté. Les seules personnes pour lesquelles je peux faire des sacrifices sans limites, ce sont mes parents parce que la fierté n’a pas lieu d’être avec eux. Pour les autres, je suis prêt à sacrifier et à faire des concessions tant que je ne suis pas obligé et tant que l’autre préserve ma dignité», dit-il. Karim Ben Tkia, étudiant de 20 ans donne à sa famille sans considérations. Le jeune homme pense que les parents et les frères et sœurs méritent des concessions. «Je suis un bourgeon d’un arbre. Tout le bien que je fais pour ma famille est directement ou indirectement un bien qui va englober tous les membres y compris moi-même. Nous sommes comme un corps et nous sommes redevables de faire des sacrifices les uns pour les autres et la fierté n’a aucune considération dans ce genre de rapport. Toutefois, avec les autres, les concessions doivent être bien mesurées. Hélas, nous évoluons dans un contexte qui est beaucoup plus porté sur la matière. On peut faire des concessions morales, on sacrifie notre temps, nos efforts et notre énergie pour le bien-être de l’autre, mais celui-ci ne saura peur être pas en mesure de considérer ce genre de concession puisqu’il ne s’agit pas d’un don matériel et palpable. On eut donc donner et donner et on est choqué un jour qu’autrement le «cessionnaire» dire «mais qu’est-ce que tu m’as donné !» «Cela dit, la personne concernée mérite, je suis prêt à lui faire don même de mes organes vitaux. Mais si elle s’avère être ingrate ou qu’elle considère mes actes comme de la faiblesse, je me révolterai», dit-il. Khalifa, 18 ans, élève, donne aussi sans réserve à ses parents et ses frères et sœurs. Avec les autres, il est obligé de faire un calcul de rentabilité. «Avec les membres de ma famille, je suis prêt à toutes les concessions possibles. Par contre, je dois bien étudier la nature des autres personnes avant de sacrifier quoique ce soit en leur faveur. Malheureusement, je risque de me plier en quatre pour satisfaire quelqu’un et en revanche, il me récompense avec son nonchalance et son ingratitude et il se peut même qu’il me dise un jour. «C’est toi qui donne délibérément, moi je n’ai rien demandé !». «Une réplique de ce genre me blessera beaucoup. Donc avant de donner je dois être sûr que la personne me voue du respect avant tout et qu’elle saura évaluer, à sa juste valeur, ma concession», dit-il. Narjess Sahli, élève de 19 ans, donne sans réserve à tous ceux qu’elle aime tant que sa fierté est bien à l’abri. «Je suis à la fois altruiste et trop fière. Je peux donner tout ce que je possède pour voir le sourire se dessiner sur le visage des personnes que j’aime dont essentiellement les membres de ma famille. Toutefois, la nature de l’être humain est complexe. A force recevoir, la personne risque de se plaire dans la situation de confort dans laquelle elle se trouve. Elle prend et elle se montre épanouie au point d’oublier totalement de donner. Celui qui s’habitue à prendre sans réserve va croire que c’est un droit acquis et il ne fera plus aucun effort de donner. Cela lèse énormément celui qui fait des concessions et il se sentira blessé dans son amour-propre. Les relations interpersonnelles semblent être faciles à gérer or, les petits détails font la différence et peuvent compliquer les choses. Je dirai donc que les concessions sont comme une arme à double tranchant. On croit faire du bien et satisfaire les autres et on se retrouve piégés dans notre propre piège...», dit-elle. Abir CHEMLI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com