Au fond des choses avec le directeur général de la COMAR : «La libéralisation des prix





Les problèmes du secteur des assurances nous concernent tous de près ou de loin. Durant les derniers mois, des interrogations ont fusé de partout mettant directement en cause l’assureur notamment à la suite de la résiliation de certains contrats d’assurances unilatéralement. Nous avons rencontré le directeur général de l’une des prestigieuses compagnies d’assurances en Tunisie la COMAR, M. Rachid Ben Jemia en l’occurrence, qui a répondu en toute franchise à toutes nos interrogations. * Beaucoup d’assurés ont été surpris par la résiliation de leurs contrats d’assurances d’une manière unilatérale par les assureurs. Quelles en sont les raisons ? - Je dois d’abord vous dire que le Code des assurances accorde le droit aux assureurs de résilier le contrat. Une société d’assurances est une entreprise qui doit évaluer le risque et définir en conséquence les décisions à prendre. L’assureur est un commerçant qui vend un produit et qui essaie de réunir toutes les conditions de sa réussite. L’assurance est un métier. Pour revenir à l’assurance des véhicules de transport, je peux vous affirmer qu’il s’agit d’un produit d’appel dans lequel nous sommes perdants. Chaque année les compagnies d’assurances, chiffres à l’appui, sont contraintes de débourser de leurs poches pour couvrir les frais des sinistres des dommages occasionnés par les véhicules. Quand l’assureur constate ce déficit, il est en droit de prendre les mesures qu’il juge nécessaires. De plus, certaines pratiques frauduleuses coûtent énormément aux compagnies d’assurances. La résiliation de contrat constitue une disposition légale spécifiée par les textes en vigueur. Le code des assurances permet aux assurés de présenter des recours devant les instances de tutelle. L’assurance constitue un métier et non un jeu de poker d’autant plus que c’est l’Etat qui fixe les prix dans ce domaine. Je note cependant que ce qui est vrai pour l’assureur l’est également pour le client qui a tout le droit de résilier le contrat avec sa société d’assurances. * Quelles solutions préconisez vous ? - Il faut à mon avis libéraliser les prix. Dans ce cas, l’assureur peut évaluer les risques à leurs justes mesures et fixer en conséquence les primes. Certains affichent des appréhensions quant à la libéralisation des prix. Je ne pense pas que ça va aboutir automatiquement à une flambée de prix. Au contraire chaque assuré assumera les risques qu’il fait courir, sans perdre de vue, bien sûr, la notion de mutualité, laquelle doit quand même avoir des limites. Au Maroc, les tarifs ont été libéralisés. Nous allons certainement suivre. * Les conducteurs des deux roues se plaignent également du refus de beaucoup d’assureurs de leur permettre de souscrire à une assurance. - L’assurance des deux roues constitue un véritable casse-tête pour les assureurs. Savez vous que sur les 1,2 millions de motocyclettes en Tunisie, seuls 10% sont assurés. L’on peut croire apparemment qu’il n’existe pas de problème puisque les assurances ne couvrent que ceux qui ont souscrit à une assurance. Justement, le problème c’est que pratiquement les motocyclistes non assurés se rangent souvent, frauduleusement, sous la coupe de l’une des assurances des motocyclettes assurées. Il s’agit de constats de complaisance. En d’autres termes, les 10% payent pour les 90 %. Cela veut dire que tout le parc des deux roues est pratiquement assuré. Cela veut dire également que l’assureur touche 13 dinars par assurance au lieu de 130 dinars puisque tout le parc est frauduleusement assuré. C’est un grand problème. Je pense que la question pourrait être résolue par l’immatriculation des deux roues. * Et la vente de produits conditionnés par certaines compagnies, qu’en dites vous? - Il ne s’agit pas de vente conditionnée. Je pense qu’il existe à ce propos une mauvaise communication. L’assureur a le droit de refuser la souscription d’une assurance s’il juge que les risques sont élevés. Toutefois beaucoup de sociétés d’assurances ont entrepris une campagne de sensibilisation auprès de leurs clients pour leur expliquer la gamme de produits disponibles et les inviter à en choisir certaines pour compenser le déficit. Nous avons une gamme intéressante de produits d’assurance mais le Tunisien n’a pas une culture d’assurance. Certaines assurances ne coûtent pas très cher et couvrent des risques importants, mais les Tunisiens n’y adhèrent pas systématiquement (Multirisques, vie etc...). * La COMAR est réputée pour ses actions sportives et culturelles. Avez-vous d’autres projets en vue ? - Je pense qu’il faut céder le flambeau à d’autres compagnies. Nous avons entrepris en effet deux actions importantes dans le domaine sportif et culturel depuis plus d’une vingtaine d’années. Ce n’est pas facile car il s’agit d’une arme à double tranchant. De telles actions ne peuvent pas réussir si le prestige des compagnies est altéré ou si les services présentés ne sont pas à la mesure des attentes des clients. Une compagnie ne peut pas réussir ces actions si son personnel n’est pas suffisamment motivé. J’essaie dans la mesure du possible de motiver le personnel en favorisant un cadre de travail adéquat et un esprit d’entreprise sain et créatif. Entretien réalisé par Lotfi TOUATI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com