Festival International de Carthage «Le Nouveau Monde», un monde privé de sens





Le «Nouveau Monde», un film de Terrence Malick a été projeté vendredi à l’Amphithéâtre romain de Carthage. Ce long métrage, sorti en février dernier, a embarqué les cinéphiles dans un monde aux multiples clichés entachés de désillusions et de haines combinées avec un semblant d’amour. Il y a dix ans Zakie Laïdi publiait «Le monde privé de sens», un livre qui a lancé un pavé dans la mare et a lancé une véritable attaque de front contre les partisans d’un monde évoluant dans un sens unilinéaire. Mais bien avant ce célèbre auteur, Max Weber a eu l’esprit critique de s’attaquer à l’évolution et au progrès du début du XXème siècle, en parlant du désenchantement du monde. Jacques Berque, dans cette même foulée, a tenu au début des années 70 à parler de «La dépossession du monde de ses ultimes privilèges». Toutes ces trois approches abondant dans le même sens ont été mises en exergue dans un langage cinématographique percutant dans le «Nouveau Monde» de Terrence Malick qui dissèque d’une façon historique, l’évolution par «raccommodage fragmentaire», au sens voulu de Karl Popper, d’un monde qui instaure un système unique où le capital règne en maître absolu. Tandis que l’impérialisme occidental continue sa lancée dans le meurtre des identités sociétales politiques et économiques autres que celles prêchées ou imposées par la machine de la mondialisation. Cette évolution, le cinéaste l’a explicitée en s’appuyant sur l’une des expéditions impérialistes menées à travers l’Histoire. Il s’agit de la conquête des Amériques par les colons européens, au tout début du 17ème siècle. Nous sommes en avril1607, trois bateaux anglais accostent aux côtes du Continent nord-américain. Leur objectif, à travers ce voyage, était d’établir, au nom de la «Virginia Company», un «Jamestown», c’est-à-dire un avant-poste économique, religieux et culturel sur ce qu’ils considèrent comme «Nouveau Monde». Sans s’en rendre compte, le capitaine de «Newport» et ses colons britanniques débarquent au cœur d’un empire indien où ils se heurtent à l’admiration et à la crainte des redoutables tribus indiennes qui offrent aux Occidentaux l’hospitalité mais ne sont pas prêtes à se laisser déposséder de leur terre. Déstabilisés, les colons anglais préfèrent combattre plutôt que de s’adapter. Dirigés par un puissant chef de guerre dénommé John Smith, les colons anglais, affaiblis par la guerre et la famine, sollicitent de l’aide auprès des tribus indiennes. Ainsi, John Smith découvre dans cette quête une jeune femme fascinante. Un lieu très fort a vite lié le chef de guerre à cette femme qui est la fille d’un puissant chef de tribu indien. D’un côté une certaine amitié et une complicité se sont forgées entre les impérialistes et les autochtones et, d’autre part, les relations ont été émaillées de tensions et même de guerres ouvertes». * L’histoire se répète Le mérite du «Nouveau Monde» est d’avoir braqué pleins feux, dans un langage cinématographique où le sublime et le fantastique font bon ménage, sur un sujet d’une actualité brûlante, mais qui a des racines historiques poignantes et percutantes à la fois. Il est vrai que l’histoire du débarquement de «Jamestown» est connue par plus d’un citoyen anglais ou amérindien, mais son adaptation au scénario cinématographique tel que présenté par Terrence Malick est d’une rare originalité. Tourné en Virginie, lieu exact qui a accueilli, à l’époque, le fort de Jamestown que l’on voit dans le film, le «Nouveau monde» restitue, grâce à un décor esthétique particulier toutes les facettes de l’histoire de cette expédition menée contre les tribus indiennes d’Amérique du Nord. Ousmane WAGUE


Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com