Les soirées d’Ennasr : La Cité du béton ne désemplit pas





Au beau milieu du béton des immeubles alignés sur l’avenue Hédi Nouira, les habitués d’Ennasr ne décrochent jamais. Tous les soirs d’été sont aussi animés les uns que les autres. Entre les incontournables cafés et restaurants, les gens semblent se plaire dans une atmosphère où la frime prend le dessus. Tunis — Le Quotidien En arrivant par l’hôpital de l’Ariana, la rue est obscure. Quelques voitures percent de temps à autre le noir. Pour un étranger à cette cité, il lui serait difficile de contenir sa crainte. Car de ce côté, rien ne ressemble à Cité Ennasr II, puisque c’est d’elle qu’il s’agit. Pour les habitués de l’avenue Hédi Nouira, cette obscurité augure plutôt d’une cité fantôme. Mais ce n’est qu’un petit tronçon qui permet aux moins patients de contourner l’embouteillage. Il suffit d’atteindre la grande avenue qui continue de faire le beau temps d’Ennasr pour basculer dans une autre atmosphère sur fond de lumières et de vacarme. Ce soir, et comme tous les soirs de cette localité, l’avenue Hédi Nouira, artère principale d’Ennasr, draine des dizaines de groupes de jeunes et de moins jeunes. Pour la plupart des «Fashion victimes» qui rôdent par là, ils s’entassent dans les voiture de papa ou maman et viennent ici manger un morceau ou siroter une boisson. Et ce n’est pas le seul motif de rassemblement. Beaucoup se retrouvent également pour faire un round-up sur leurs soirées arrosées et hautes en musique et pour faire part de leurs derniers shoppings. A propos de shopping de grande qualité, les fidèles de la Cité se réjouissent ces temps-ci par l’ouverture d’une boutique qui ne leur propose que des articles de dernière mode. Toutes les marques les plus en vogue et les plus tendance dans le registre «Fashion» sont disponibles. Pas moyen de trouver de la moyenne ou bas de gamme. * Paradoxe Pourtant juste en face de ce magasin italien branché, la nuit est tombée sur le énième groupe de maçons vivant dans les différents chantiers de l’avenue Hédi Nouira. L’un de ces ouvriers se précipite pour traverser la rue. Avec un reste de chaussures aux pieds, son pantalon est mouillé parce qu’il arrive difficilement à tenir l’équilibre. Et pour cause, il porte un énorme bidon rempli d’eau. Il se dirige tout droit vers le tandis que les maçons ont fait ériger sur le chantier. Dans des conditions de totale misère, les ouvriers du bâtiment s’adonnent à leurs propres soirées parallèles à celles de l’avenue. Les uns se réunissent autour d’un modeste dîner et d’une cassette de Mezoued. Les autres, passent leur temps à contempler les passants et à méditer les veillées sur les terrasses des cafés. Ce sont d’ailleurs les salons de thé et les petits restaurants qui constituent le seul loisir à Ennasr. C’est tout ce qu’on peut faire à l’avenue Hédi Nouira. Au milieu du béton qui ne cesse de gagner du terrain au fil des jours, les gens se retrouvent autour d’un plat, d’une chicha ou d’une boisson. A 23h, c’est la pleine bougeotte. Chacun a déjà pris place dans une terrasse, et commencent alors les discussions de tout et de rien. Entre temps, on drague aussi. Souvent, des grossièretés sont lancées par des jeunes au volant à l’encontre des filles qui longent l’avenue. Moulées la plupart du temps dans des tenues provocantes, elles préfèrent ignorer ce qu’elles entendent pour éviter les «escalades». Sinon, certaines peuvent se glisser dans l’une des irrésistibles cylindrées qui sillonnent la rue. A force d’insister avec les va et vient et les multiples arrêts à chaque mètre, les adeptes de la drague finissent par convaincre leurs cibles du «sérieux» de leur proposition. A cette heure-ci de la soirée, ça fourmille. La circulation est ralentie. Coups de freins, klaxons, bruits de motos et rires se mélangent. C’est le brouhaha quotidien auquel semblent être habitués les habitants des immeubles de l’avenue Hédi Nouira. Au fait, cette grande animation n’est pas générale. Au-delà de la mosquée phare de la Cité et en remontant vers les supermarchés du coin, c’est plutôt le calme. Il y a même des commerces qui ne marchent plus. Ce qui est quand même étonnant, c’est que cette cité de béton ne désemplit pas. Pourtant, il n’y a aucun moyen d’espérer voir autre chose que la pierre. Même en sirotant un jus frais ou en appréciant un bon café, on est amené à regarder les chantiers de construction. A voir tous ces immeubles alignés sans qu’il n’y ait le moindre espace entre les tours, on se demande si jamais un incendie se déclarait, comment les camions-citernes des pompiers pourraient d’abord monter ces pentes et par quel moyen, les pompiers parviendraient à limiter les dégâts ? Plusieurs interrogations ne trouvent pas de réponses à l’avenue Hédi Nouira dont la conception pose plus d’un problème ! Maryem KADA


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com