Les Estivales de Tunis : Une bouffée d’air dominicale





Le fait d’arrêter la circulation dans le centre de Tunis, même pour un laps de temps, n’a fait que du bien à cette capitale qui étouffe sans répit. On a dansé, on a chanté autour des bancs publics. Les airs étaient libres, libres. Mais ce n’était que le temps d’un dimanche soir. Il a fait beau sur Tunis, dimanche dernier au soir. Et le climat était d’une rare clémence. Pas de cette chaleur qui nous a grillés tous, des jours durant. Comme d’habitude et à pareille période, une partie de Tunisois qui n’ont pas la chance d’aller se dorer sur nos plages, a trouvé refuge à l’avenue Habib Bourguiba. Il y a ceux qui font le va et vient. Esseulés ou en bonne compagnie et sans un but précis. Mais tout simplement pour respirer et voir le monde bariolé d’un Tunis qui grouille la nuit, beaucoup plus que pendant le jour. Il est 20 heures cinquante, les cafés qui jalonnent les deux trottoirs frangeant l’artère principale de la capitale sont bondés. Ils ne désemplissent pas et déversent avec enthousiasme leur «plus» sur les terrasses très prisées ces temps-ci. Ces terrasses, ayant vu leur premier rayon de soleil il y a cinq ans (depuis le fameux lifting) sont dotées de jolis parasols rouge brique, jaunes ou verts, le beau vert et de chaises en rotin, agréablement tressées et bien confortables. Les habitués du lieu n’en croyant pas leurs yeux et ont senti quelque chose dans l’air. L’air était ce soir-là presque pur et la petite brise de chatouiller les visages et au vol-au-vent les cheveux longs et les jupons. La municipalité de Tunis récidive cet été et pour la troisième fois en collaboration avec son partenaire et fidèle Orangina et organise «les Estivales de Tunis» (du 6 au 27 août). Mais pour la gouverne des moins avertis, la manifestation n’est pas pour tous les jours mais seulement pour quatre dimanches. On ferme et dès la fin d’après-midi toutes les issues donnant sur la grande avenue de la capitale. Ici il n’y a ni portes, ni cadenas ni encore des clefs. Mais seulement avec des barrages en plastique en rouge ou blanc posés provisoirement. Et avec un renfort humain. Un bon nombre d’agents municipaux a assiégé le lieu pour empêcher toute sorte de voiture de passer et de maintenir l’ordre pour qu’il n’y ait pas de dépassement de tout genre. Tunis a donc annoncé ses couleurs festives et dès 18 heures avec cette surprise, agréable surprise pour la santé. Pas l’ombre d’une voiture qui va polluer les airs et les piétons ont investis trottoirs et chaussées sans aucune gêne. Au contraire, jeunes d’hier et vieux de demain étaient là à déambuler comme des rois. La balade fait du bien Du côté de la porte de Bab Bhar, la place de la victoire est plongée dans des lumières tamisées d’un clair-obscur et elle est à moitié pleine (ou plutôt vide). Et pour cause, la foule habituée de cette aire interdite à la circulation a dû être attirée par autre chose. De plus croustillant. Au fur et à mesure qu’on longe des murs, des arcades et commerces fermés, les lumières de nous parvenir plus vives et des notes de musique encore timides et anarchiques. Nous avons contourné la statue d’un Ibn Khaldoun, très peu éclairée dans son mini-jardin ceintré au fer forgé, il était sobre dans son birnous de gris et de âmama (turban) de Oulama. Sur les trottoirs de notre droite, il y a une ruée. Des hommes et des femmes qui marchandent. Nous avons allongé le cou pour voir la cause de ce tumulte. Des stands. Et des tables parées de nappes brodées à la main. Dessus, des bocaux bien soignés. Il y a du miel à la fleur d’orangers, puis au thym, d’épices, d’encalyptus... , des biscuits et des bonbons avec la même base. Madame Inès et son époux, deux maîtrisards ont préféré l’élevage d’abeilles que de se confiner dans des bureaux et donné libre cours à leurs recherches scientifiques. «Le taux de saccharose est limité à 5%. Mon mari et moi, nous l’avons fixé à 1,064 pour confirmer la bonne qualité», nous dit la jeune dame qui s’enorgueillit de voir ses pots, ses savons et autres produits au laboratoire central de nutrition de Tunis. A ses côtés, on expose pour le bien-être. Des crèmes et des hydratants. Tout est tiré à partir des produits naturels, que nos grands-mères ont découvert les bienfaits et autres astuces. Ici, c’est contrôlé par la Pharmacie centrale et Khomsa délivre du barouq, du déo à base du «cheb»... et autres produits contre la chute des cheveux, extraits d’épices et d’ail ou pour limiter des crevasses des talons de pieds. Impossible de continuer le chemin sans jeter un coup d’œil sur ce que les autres artisanes ont choisi d’exposer. Madame a l’art de vendre. Plusieurs sont attirés par sa voix. «J’adore la décoration», nous dit-elle. En effet, c’est qu’elle fait est beau à voir. Mais aussi il est usuel. Des paniers pour mariées, des horloges pour cuisines. Des ustensiles et des encensoirs tirés de la Tunisie profonde mais bien remis au goût du jour. Pas loin, une jeune demoiselle, qui étudie encore, mais pendant ses heures creuses, elle ne perd pas son temps à rien faire. Au contraire, elle fait de la poterie et l’allie à la «halfa». Des plateaux, des sets de tables, des bougeoirs, des flacons. La jeune étudiante qui a été formée dans une école d’arts et métiers affectionne la couleur bleu d’azur et l’ocre d’un désert. Le stand d’à-côté est investi par une dame sans âge. Elle expose de petites choses à offrir avec plaisir. Un éventail, un napperon, un châle crocheté... tout est fait à la main. Enfin, devant nous une jeune maman qui tient son bébé de quelques mois. Atifa qui travaille dans la communication n’aime pas trop sortir et chômer. Alors dans son temps libre, elle s’offre à son imaginaire délirant et confectionne des bijoux. Toute la table scintillait. C’est mode et les demoiselles branchées aiment rafler des perles aux couleurs bleu turquoise, émeraude, rouge grenade, rose fushia... Ca swingue de partout Les trottoirs sont noirs d’hommes et de femmes de tout âge. On voyait flotter des vagues humaines. De plus en plus, les gens se rassemblent aux pieds de la Bonbonnière, les marches étaient invisibles. En arrière fond, il y a un grand écran qui émet des images publicitaires sur Orangina, ce soda de fraîcheur. A côté, on a installé des baffles et des micros autour d’une estrade où cinq jeunes couples sous la houlette de Maher Trabelsi ont chanté et dansé. Du latino avec de la salsa cubaine, de méringué et un petit tour de rueda. C’était une invitation à la danse. Alors que les vieux ne peuvent plus se tenir debout et se sont mis par terre, les jeunes se sont mis à se déhancher, à bouger. Les moins timides se sont défoulés. Et la soirée du côté des marches du Palmarium d’envoûter tout le monde. Avec du hip-hop puis avec de la danse folklorique de chez nous. Du côté des cafés, on est imperturbable. On sirote un thé à la menthe, on coupe le creux avec un salé-sucré ou on s’offre un cornet de glace de mille et un fruits de chez nous et même de l’exotique des tropiques. La rue de Marseille affiche un léger sourire. Ses piétons ont trouvé enfin à faire une escale en plein air et grignoter quelque chose, sous un ciel étoilé. Alors que nous pavanons dans la plus belle rue de Tunis (nos Champs Elysées), un couple mignon se tient par la main. La demoiselle tient de l’autre main un bouquet de fleurs, acheté certainement de nos fleuristes du côté du TGM. Devant eux, une jeune maman qui pousse... son ventre. Elle est apparemment à terme. Elle traîne le pas. Devant elle son mari qui pousse devant soi une petite voiture où il y a un bébé de 2 ans au plus, très turbulent. Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com