«Ya Zahratan» : La sauce a presque bien pris





Le spectacle de musique, de chant et de danse donné avant-hier soir par Riadh Sghaïer et son groupe à Al Abdellia dans le cadre de la 42ème édition du festival international de Carthage a plu aux Marsois et autres mélomanes venus en assez grand nombre (relativement à l’espace bien-sûr). Il y a un effort mais ce n’est pas... encore... ça. «Ya Zahratan» (titre du spectacle) est un peu trop inspiré de ce que fait de bon et moins bon Fadhel Jaziri. Mais beaucoup plus de sa dernière création de la Zaza qu’a ouvert la 41ème édition du festival international de Carthage qui a fait beaucoup du bruit, et laissé derrière elle une mauvaise presse. Il y a donc un peu de cette touche à la Jaziri mais qui fleure bon la recherche musicale. D’ailleurs dans «Ya Zahratan», il y a pas mal de contribution des Jaziri. Il y a tout d’abord Mehdi, fils de son père Fadhel. Puis la nièce de ce dernier Emna, le clou de la soirée avec son côté un brin épicé. Et au-dessus de tout cela, il y a sa majesté, Fadhel dans la mise en scène. On l’a vu pendant toute la soirée affichant un large sourire de satisfaction et déambulant partout sa carapace d’artiste. Riadh Sghaïer, celui qui a mis les assises musicales de la fameuse Zaza de l’an dernier est resté fidèle à son «maître de jeu», jusqu’à une certaine note. «Dans cette «Lammat lahbab» de ce spectacle de «Ya Zahratan», j’ai voulu rendre hommage à mon professeur Fadhel Jaziri. De lui, j’ai beaucoup appris et apprécié», a notamment dit le saxophoniste Riadh Sghaïer à la fin de la soirée. Les musiciens étaient donc impeccablement vêtus en blanc et à la traditionnelle: «Jebba ârbi», «farmla», «seroual bel qandlissa» et autres «balgha» d’un noir excessivement lustré. Sans oublier ce petit kif d’accrocher à l’oreille un mechmoum. Tous et dès leur entrée sur scène, un peu tardive (mais sauvée par un Chaâri au violon jubilatoire), on avait l’air d’être avec des «awadjiat al qantra» (musiciens du pont). Qui étaient généralement mal voyants et ne posant aucun problème quand ils se produisaient dans les mariages. Puisqu’ils ne voyaient rien de toutes ces femmes présentes dans les fêtes. A l’époque, la mixité n’avait pas de place. Bien évidemment, avec les âwadjia, il y a toujours le «mharrek» (maître de la cérémonie), au service des artistes et des fêtards. Les ambiances étaient donc tirées du vieux Tunis. De la Médina d’hier bien avant l’Indépendance. Riadh Sghaïer a donc revu une époque, un riche patrimoine et visité des clés et des sols et des partitions de l’air du siècle dernier et bien avant, pour nous faire re... découvrir sous d’autres interventions «Ya Zahratan» de Khemaïes Ternane, «Ya Fatima bâd enniked welghossa», «Ana jitek ya romman», «Ah ah ya khlila», «Bjahallah ya hob asmaâni»... et autres éternels titres aux couleurs keffoises. Sans oublier l’enfant du pays l’auteur de «Taht al qomaïra», Sidi Ali et un zeste de son répertoire légendaire. La musique était bonne et le mélange des airs d’hier avec les accents et les traits des temps modernes ont donné un petit quelque chose d’alléchant (quoi assez). Le mariage était donc assez heureux, consommé grâce à des instruments modernes et traditionnels. Comme le saxophone, l’orgue, le piano, la batterie, le violon, le violoncelle, le «req», la «darbouka», le «bendir»... D’assez critiqué aussi. Car la sonorisation laisse à désir. A titre d’exemple, on n’a pas su valoriser le violoncelle (ce qui a baissé la gamme) et on n’a pas profité du talent de notre violoncelliste national Naoufel Ben Aïssa. Et dire quand on a quelqu’un de la trempe de ce musicien dans n’importe quel orchestre, il ne fallait pas l’étouffer. Au contraire, le mettre en relief, ça donne de l’épaisseur aux partitions. Dans Ya Zahratan, il y a beaucoup à voir du côté scénique et quand Fadhel Jaziri s’est «ramassé» un petit peu, relativement à sa zaza, il a mieux réussi son travail. Mais il peut aussi mieux faire si seulement il puisait en profondeur et dans la recherche artistique. Surtout que le chemin lui est fluide. Aucun obstacle. Et les ingrédients, tous les ingrédients sont là. Il fallait seulement accentuer la tonalité et les couleurs en plus étrange afin d’arriver à étonner et.. peut être détonner et choquer. Le côté de l’interprétation musicale grandement relevée par Riadh Sghaïer et son saxo joyeux était d’une facture assez bonne. Surtout quand on a une voix comme celle de Jamila ou Emna et les autres garçons. Sans bien-sûr sauter sur celle qui a interprété «Lasmar ya gamil» de Sabah avec un air d’ «antipathie» «sympathisée» à plaisir et qui a donné à rire aux spectateurs. Grosso-modo, Riadh Sghaïer (cloné de Jaziri) a pu, malgré la pauvreté dans la transition, tirer son épingle du jeu et offrir un spectacle défendable dans son ensemble. Et ... Il peut lui aussi mieux faire. Zohra ABID


Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com