Nabiha Karaouli à Hammamet : Un hommage enchantant… désenchanté





Un vibrant hommage à la Palestine et aux enfants du Liban, et un riche répertoire ont fait de la soirée de Nabiha Karaouli, donnée, jeudi à Hammamet, un spectacle nostalgique et grisant. Mais après la soirée, l’artiste a failli céder à des provocations, de certains journalistes. A 22h20, les projecteurs du théâtre du Centre Culturel International ont été mis en veille. Quelques secondes après, les 12 instrumentistes apparurent sur la scène. La flûte, le violon, et la violencelle entrent en jeu. Quelques cinq minutes après, Nabiha Karaouli, apparaît sur scène. Habillée en noir, l’enfant prodige de Gafsa entre dans le vif du sujet. Ce fut ainsi, un voyage inédit dans les rythmes bédouins. Ainsi, le son de la flûte du désert prend le dessus sur les autres instruments. Et l’ambiance mélodieuse du désert s’installe. Nabiha, par ses belles vociférations, combinées avec des percussions aux sons entrecoupés, commencent à conquérir le cœur et la sympathie de ses fans. Ses paroles foncièrement bédouines, inspirées toutes de la poésie populaire du Sud, font planer la nostalgie de la terre sympathique du désert du sud. Dans une ambiance mélodieuse, où le nay a joué un rôle dans l’agencement des sons, l’artiste a enchaîné trois belles de ses compositions. Il s’agit de «Metchawiga», «Magwa H’wak», «Mahlak». Durant la présentation de ces trois compositions, Nabiha a démontré aussi bien qu’elle soit «soliste», qu’elle maîtrisait les gammes et les pas de la danse du désert. Le quatrième morceau fut un safari dans la musique mystique. Il s’agit d’une composition douce, peu rythmée dans laquelle Nabiha a étalé sa belle voix. D’ailleurs, d’aucuns ont reconnu qu’elle n’a rien perdu du charme de sa voix. Après ce morceau, l’enfant prodige de la chanson tunisienne a enchaîné dans la même ambiance de la musique du désert. Dans «Sougouya», un morceau rythmé, elle a dansé à «pas rangés». L’artiste a reproduit des gammes rappelant la cérémonie dans la «Jehfa» du sud. Tantôt, elle s’est produite en exécutant quelques pas en avant dans un style de danse très raffiné, tantôt, elle a fait une marche-arrière, en reculant comme un faon, tournant même le dos au public, comme en plein milieu du désert, et dans une cérémonie de mariage où les danseuses tournent le dos au vent, pour pouvoir, mieux bouger. * Le Liban et la Palestine au cœur Nabiha qui a été un témoin oculaire des premiers jours des bombardements de l’armée israélienne sur le Liban n’a pas voulu faire simplement de sa soirée, un spectacle purement mélodieux. Elle a dédié une chanson au «Peuple libanais silencieux» et au «Peuple palestinien résistant». Les paroles de cette chanson sont concoctées par le poète Ali Ouertani. «Ouhibbak ya loubnane» «Je t’aime ô Liban», titre de cette chanson a fait planer l’émotion et le chagrin sur les mélomanes de la Cité des Jasmins. De l’émotion, parce que Nabiha a pensé aux enfants meurtris du Liban qu’elle considère comme ses enfants. Du chagrin, parce que la chanteuse tunisienne a dénoncé à travers un ton engagé les horreurs et les crimes dont sont victimes les peuples libanais, palestinien et tous ceux qui souffrent de l’injustice dans le monde. Pour donner une autre orientation à la soirée, Nabiha qui a revisité les anciennes mélodies a fait une surprise à Ziad Gharsa, en l’invitant le temps d’un morceau sur scène. Après ce bref duo, Nabiha revient à la musique du terroir. Cette fois-ci, elle a plongé ses fans dans les percussions lointaines. Ses musiciens ont reproduit un genre mélodieux aux percussions monosonores, communément appelées par les musicologues: «Rythme unilinéaire», un style spécifique aux genres musicaux du désert. Mais pour mettre du sel dans sa prestation, Nabiha a repris «Wach», sa célèbre composition, avant de rendre un hommage vivant à Saliha en interprétant «Bakhnoug». Et ce n’est pas tout, Nabiha a repris deux de ses autres meilleures compositions. Il s’agit de «Hazza Ouyounak» et «Ija Nakollak». L’artiste a enchaîné avec deux autres compositions qui ont fait virevolter ses fans. Ousmane WAGUE ___________________________ Les bruits des coulisses La star et les «harzat» C’est devenu une tradition à laquelle artistes et journalistes tiennent beaucoup. La conférence de presse après le spectacle est l’occasion d’un échange souvent enrichissant, car il permet aux premiers d’expliquer leur démarche et de dire leur émotion et aux seconds de les interroger sur tel ou tel aspect de leur travail.La réussite de cette «figure obligée» à laquelle les uns et les autres se prêtent souvent volontiers dépend de la disponibilité de l’artiste et de sa disposition à accepter les critiques et à se livrer au jeu des questions-réponses. La conférence de Nabiha Karaouli organisée après son gala de jeudi au Théâtre de plein air de Hammamet, a été un fiasco - et le mot est faible -, c’est sans doute parce que cette dernière exigence n’a pas été respectée. En effet, l’artiste était persuadée qu’elle était parfaite sur tous les plans qu’aucune discussion n’était plus possible. Elle a d’ailleurs accaparé la parole et refusé de répondre aux questions des confrères et consœurs au prétexte qu’ils ne comprennent rien. «Les gens les plus ignorants comprendraient mieux que vous», nous a-t-elle lancé, entre autres amabilités. Elle a par exemple traité les journalistes qui ont fait le déplacement de Tunis pour venir couvrir son spectacle de «harza mtaâ hammam» (masseuse de bain-maure). Et on vous épargne des détails... Reste un autre regret: le cachet de Madame fixé par la direction du Festival international de Hammamet à onze mille dinars (c’était quand même chèrement payé par rapport à ce qu’elle a présenté...) alors qu’elle demandait treize mille, a finalement été majoré à 16 mille dinars sur intervention de l’autorité de tutelle. On aurait aimé connaître les recettes de la soirée, sachant que le public ne dépassait guère les 700 personnes dont le tiers était composé d’invités. Cela nous aurait édifiés au moins sur une chose: combien une soirée ratée de Nabiha Karaouli coûte-t-elle aux contribuables tunisiens. Zohra ABID ___________________________ Ce qui s’est réellement passé entre Nabiha et les journalistes Après la soirée de Nabiha Karaouli, la chanteuse tunisienne a tenu à rencontrer les journalistes. L’ambiance était conviviale au départ. Des journalistes ont posé les questions touchant aussi bien au déroulement de la soirée, au contenu des chansons et à leur authenticité. Mais objectivité oblige, certains sont allés jusqu’à remettre en doute l’origine des chants de Nabiha Karaouli, et en insistant sur sa façon de se produire sur scène qu’ils n’ont pas hésitée à qualifier de fantaisie démesurée. Malgré son sang-froid, Nabiha finit par perdre le contrôle de ses nerfs, en échangeant des propos - parfois peu amicaux - avec une journaliste pourtant connue pour sa sagesse et qui n’avait rien à voir avec les questions posées. Car on ne lui a pas donné le temps de s’expliquer. Mais une question reste centrale. Est-ce qu’il relève du ressort d’un journaliste de juger une artiste? et de mettre en question son répertoire et son comportement? A son tour, Nabiha doit savoir que quand on est artiste, on est la «propriété» de tous. D’où la nécessité de maîtriser son sang-froid et de faire invariablement bonne figure. O.W.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com