50ème anniversaire du C.S.P. Portraits de femmes…





Que de chemin parcouru, que d’accomplissements durant ce demi-siècle depuis la promulgation du Code du statut personnel (CSP). Des volumes entiers ne suffiraient certainement pas à en faire le tour... et c’est pour cela que «Le Quotidien» a choisi une approche générique, une sorte de résumé par le truchement du bilan de réussite de quelques tunisiennes connues et moins connues. Des portraits qui récapitulent aussi bien les exemples mêmes de ces femmes tunisiennes qui en sont l’objet, que les progrès immenses de la Tunisie qui les ont rendus possibles. Qu’il s’agisse de politiciennes, d’artistes, de sportives, d’universitaires... ou de toutes autres disciplines, fermez les yeux et énoncez un domaine au hasard et vous êtes certain d’y découvrir nos douces moitiés fidèles au poste, déployant ce haut sens de la responsabilité et cette compétence qui leur permettent de soutenir la comparaison avec les femmes des pays les plus développées... et plus encore. Pour tout cela, ces portraits sont un hommage qui leur est rendu par «Le Quotidien». ______________ Mounira Elloumi-Fadhloun : Un rayonnement pluriel Elle incarne irréfutablement la réussite de la femme tunisienne dans tous les domaines. Son cheminement scolaire, universitaire, sportif, social et politique en constitue l’irrécusable preuve. A une époque où l’émancipation féminine était encore à ses premiers balbutiements, Mme Mounira Elloumi-Fadhloun, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, a su se frayer un chemin et tracer son sillon, balayant d’un revers toutes les embûches qui se dressaient sur le terrain bosselé et fort escarpé de ses conquêtes de tout acabit. Au plan des études, de prime abord, elle est médecin en hygiène, une spécialité à connotations fort mélioratives, occupant actuellement le poste de directrice responsable de l’hygiène à la municipalité de Tunis. Dans le domaine sportif, Mme Fadhloun fut, dans les années 1970-80, joueuse de handball de renom au sein du CA, internationale chevronnée de surcroît. Elle a, de même, occupé plusieurs postes de responsabilité, toujours dans le domaine sportif, tels que celui de présidente de la Fédération du Taekwondo, et ce pendant six ans, ou celui de dirigeante émérite à l’EOGK durant la saison 1995-96, son giron naturel, son club de naissance, étant, soit dit en passant, une pure Goulettoise. D’ailleurs, elle fut la première femme présidente d’un club, justement l’EOGK, à l’orée de l’année 2005, battant ainsi à plate couture tous les préjugés de l’ère obscurantiste. Son ascension dans le domaine du sport n’a pas vu son envol s’écorner d’un iota, puisqu’elle a été récemment nommée première présidente de la première Ligue nationale du football féminin de l’histoire en Tunisie. Une consécration au mérite et à la compétence et une belle reconnaissance à la circonspection et à la sagacité de cette dame dont l’aspiration vers les cimes les plus élevées n’a pas de limites. Sur le plan politique, Mme Fadhloun a été entre 1993 et 2002, déléguée régionale de l’Union nationale de la femme tunisienne, pour finir par atterrir au Comité central du RCD, depuis 2003. Corrélativement, elle est, depuis 2002, présidente de la municipalité du Kram, la première à ce niveau, puisque la commune du Kram a été créée cette année-là, après qu’elle fut vice-présidente de la municipalité de La Goulette dans les années 1990. Pour tout dire, un beau magma de responsabilités dans divers secteurs et surtout un modèle de réussite féminine, dont les générations actuelles et futures doivent s’inspirer. Wahid SMAOUI __________________________________ Pr. Habiba Bouhamed Chaâbouni : Un ange au service de l’humanité Le professeur de génétique médicale à la Faculté de médecine, Université de Tunis, Habiba Bouhamed Chaâbouni est une fierté pour la Tunisie et pour toutes femmes tunisiennes. Une femme d’exception qui a choisi d’ouvrir son cœur et d’être à l’écoute des malades et surtout d’œuvrer pour un avenir meilleur. Lauréate de l’Afrique du prix de la huitième édition de l’Oréal - Unesco, cette généticienne s’est donnée corps et âme à la recherche pour une première et ultime finalité: améliorer les conditions de santé de ceux qui souffrent des maladies génétiques telles que la thalassémie et la trisomie 21. Armée d’une passion fougueuse pour la médecine, d’une grande patience et surtout d’une volonté inflexible, le Pr. Habiba Bouhamed Chaâbouni est l’une des combattantes des temps modernes, car c’est à cette femme qu’on doit cette grande évolution de la médecine génétique en Tunisie. L’histoire porte foi. Obtenant son doctorat en 1977, la jeune médecin a remarqué, lors d’un stage effectué dans un service de pédiatrie, la grande souffrance des familles dont les enfants sont affectés de maladies génétiques en l’absence d’infrastructures nécessaires pour les soins. Le contact continu avec les malades, les observations qu’elle tire d’ici et de là en étudiant les dossiers de ses patients et surtout les études qu’elle a menées ont attisé la curiosité de cette chercheuse émérite et l’ont poussée à aller plus loin. C’est grâce à cette femme que des laboratoires bien équipés, capables d’assurer des diagnostics crédibles et fiables ont été lancés... Un premier pas avant que le premier service de génétique médicale tunisien voie le jour en 1993; un service qui assure la consultation pour les malades grâce à un laboratoire de cytogénétique et un deuxième «labo» de biologie moléculaire. Mais cet ange qui rêve d’apaiser les douleurs des autres ne s’est pas contentée de ces réalisations, luttant pour que tous les étudiants de médecine soient formés en génétique médicale pour qu’ils parviennent, par la suite, à sensibiliser les familles et à les aider à vivre avec ces maladies. Evoluant à ses débuts dans un univers masculin, le Pr. Habiba Bouhamed Chaâbouni a profité de la politique de l’enseignement en Tunisie. Aujourd’hui, cette généticienne est un modèle à suivre pour les nouvelles générations. Les yeux rieurs et ambitieux, le visage qui inspire de l’espoir et de la bonté, le Pr. Habiba Bouhamed Chaâbouni n’a pas oublié qu’elle est une femme. Loin de son laboratoire et sans cette blouse blanche, se cache la bonne épouse et la tendre maman ... Une mission qui n’est pas facile mais «ce que femme veut, Dieu le veut» et le Pr. Habiba Bouhamed Chaâbouni appartient à cette catégorie de femmes militantes. Imen ABDERRAHMANI __________________________________ Radhia Ben Abdallah Ben Mrad : Ambassadrice des causes nobles En tant qu’urbaniste, Mme Radhia Ben Abdallah Ben Mrad aurait pu se contenter de mener à bien sa mission au sein de l’Agence d’urbanisme du Grand Tunis en tant que chargée de la coopération. Mais elle a préféré consacrer une grande partie de son temps pour des œuvres sociales typiques, comme elle le dit, «pour soutenir l’effort de l’Etat dans le domaine de l’éducation». Elle a réussi le pari de valoriser l’école primaire de Sidi Saâd à Mornag, en tissant l’exemple même de la solidarité entre cet établissement scolaire et une société privée de la région (qui a toujours voulu garder l’anonymat). La société a réservé un budget respectable pour retaper à neuf l’école et aider les enfants à travailler dans des conditions plus confortables. Ce partenariat entre un établissement scolaire et une entreprise privée n’a pas cessé de se développer pour devenir un véritable programme d’adoption. «Je le dis sans démagogie et avec beaucoup de conviction, le discours politique m’a encouragé à concrétiser le concept de solidarité et à œuvrer en vue d’apporter le sourire aux jeunes écoliers. En valorisant la base du système scolaire, nous contribuons à asseoir la politique éducative de notre pays et à former ainsi comme il se doit la génération future», dit-elle, et de conclure: «J’ai aujourd’hui presque l’âge du code du statut personnel. Je considère que les mécanismes et les textes qu’il renferme, constituent une plate-forme adéquate pour permettre aux femmes non seulement de s’épanouir et de jouir de leurs droits mais aussi et surtout de jouer un rôle fondamental dans l’édification de notre société moderne». Lotfi TOUATI __________________________________ Alya Sellami: Une étoile qui illumine la musique tunisienne Elle n’est pas peut-être la grande star (sur le plan médiatique) mais elle le sera un jour. Alya Sellami est l’un des vrais espoirs de l’art musical tunisien. Belle et intelligente, elle incarne bel et bien l’image de la cantatrice cultivée et surtout ouverte sur toutes les expériences et les musiques du monde. Les mélomanes avertis et les professionnels connaissent le talent de cette Alya Sellami qui a choisi de faire autrement et de chercher dans d’autres horizons et sous d’autres cieux. Formée au conservatoire de Tunis en musique arabe et en piano, Alya a déjà touché a deux univers musicaux différents et a goûté aux secrets de deux traditions musicales, arabe et occidentale... Une formation qui l’a menée à Paris où elle a intégré le petit chœur de la Sorbonne, dirigé par Jacques Grimbert. Une grande expérience qui a bien marqué le parcours de cette voix tunisienne et l’a certainement aidée à affûter son talent. C’est en 1995 que le public tunisien a fait la grande découverte de cette artiste lors d’un récital d’airs d’opéras et de mélodies avec piano. Un genre musical qui n’est pas le nôtre mais Alya Sellami aime les défis et cherche toujours l’innovation. Raison pour laquelle elle a choisi, l’année d’après, d’intégrer l’atelier lyrique de Joelle Vautier pour suivre une formation théâtrale et scénique approfondie... La passion et la jeunesse donnent des ailes ! Assoiffée de connaissances et curieuse, Alya Sellami s’est installée au Caire entre 1997 et 2000 pour préparer sa thèse traitant de «la musique des années 30 au Caire» à travers les œuvres musicales de l’une des figures de proue de cette époque, Ismahane. Durant ces trois ans, cette tunisienne a intégré la classe de Violette Maqqar, à l’opéra du Caire... Une expérience qui lui a ouvert les portes pour prendre part à un récital sur les «Brillant talents from Egypte and abroad and new voices». Après ce passage fructueux au Caire. Alya Sellami a choisi de retourner à Paris où elle a remporté le 1er prix du concours international organisé par l’UFAN. Douce comme une brise d’été, Alya Sellami a choisi de se lancer dans l’univers jazzy parallèlement à son expérience lyrique. Invitée ici et là, Alya Sellami est, aujourd’hui, l’une de ces étoiles qui illuminent le ciel de la musique tunisienne. Imen ABDERRAHMANI __________________________________ Sonia Mbarek : Une réussite artistique, intellectuelle et familiale Sonia M’barek c’est l’exemple d’une femme qui a réussi aussi bien dans son parcours artistique qu’intellectuel et dont la situation familiale est des plus enviablement stables. Ce n’est d’ailleurs une surprise pour personne quand c’est-elle qui est choisie pour animer un concert ce soir sur la scène de l’Amphithéâtre romain de Carthage à l’occasion de la célébration du cinquantenaire du code du statut personnel que la Tunisie célèbre avec fierté aujourd’hui. Parce que cette femme, cette enseignante universitaire, cette diva de la chanson tunisienne et mère de famille a fait un parcours social qu’on peut qualifier de “sans-faute”. De “sans-faute”, car elle a su combiner plusieurs voies parfois antagonistes. Celle d’une vie intellectuelle- par ce que Sonia est aussi enseignante - universitaire, prépare parallèlement un doctorat d’université en sciences politiques et enseigne le droit de la propriété intellectuelle. En plus, l’enfant prodige de la chanson tunisienne, durant son parcours artistique, a collectionné des succès à telle enseigne qu’elle est devenue une figure incontournable de la musique tunisienne d’aujourd’hui, comme en témoigne son parcours artistique qu’elle a entamé depuis l’âge de 9 ans. Depuis qu’elle a été repérée par le public, à l’occasion d’une émission télévisée, à cet âge Sonia n’a cessé de trotter dans les têtes de mélomanes qui l’ont connue. D’ailleurs, et outre son talent naturel, Sonia a suivi une formation des plus denses. Elle fréquenta l’Institut National de Musique et obtient depuis 1986, un diplôme de musique arabe avec brio. Cette consécration ne l’a pas empêché de suivre des études juridiques pour obtenir en 1995, une maîtrise en droit (DEA) puis un diplôme d’Etudes Approfondies en Sciences Politiques. Mais Sonia, ne veut pas se contenter d’un parcours intellectuel à mi-chemin. Malgré ses occupations professionnelles et artistiques, elle prépare actuellement une thèse de Doctorat en Sciences Politiques. En plus de ce brillant parcours intellectuel, la chanteuse tunisienne a enregistré aussi de nombreux succès. En 1987, elle a reçu le prix de la meilleure voix et du prix de la meilleure œuvre musicale lors du Festival de la chanson tunisienne. Sonia a également remporté, à deux reprises, en 1994 et 2002, la consécration du mérite de l’Ordre culturel. Bref, Sonia a remporté en tout pas moins de huit consécrations à l’échelle nationale, arabe et internationale. Une réussite qui témoigne donc d’un parcours brillant lequel combiné d’ailleurs avec une situation familiale de mère de famille. De quoi rêve d’ailleurs toute femme fière d’elle-même. Aujourd’hui, ses concerts sont les plus suivis, dans le monde arabe, national et international. Depuis 1984 à nos jours, elle a donné plusieurs dizaines de concerts en Tunisie et dans le monde. Une performance à saluer ... Ousmane WAGUE __________________________________ Arbia Ben Ammar : Une main de fer dans un gant de velours Jusqu’au 5 février 1972, la jeune étudiante Arbia Ben Ammar était une illustre inconnue sauf pour les étudiants bien introduits dans les milieux de gauche. Ce jour là, cette jeune militante a été arrêtée avec un groupe d’étudiants dont son futur époux, M. Mohamed Bouchiha, suite à l’appel à la préparation du 18ème congrès de l’Union Générale des Etudiants de la Tunisie (UGET) lancé par une mouvance de gauche. La petite étudiante qui a toujours rêvé de devenir enseignante car elle pense que «les femmes se trouvent plus à l’aise que les hommes en matière de communication» a participé aux premières élections législatives pluralistes en Tunisie en 1981 sous les couleurs du Parti de l’Unité Populaire (PUP) auquel elle a adhéré quelques années plus tôt. Mais ce n’est qu’en 1986 qu’elle a réussi à intégrer le Conseil central de ce parti qui se réclame de la gauche progressiste. Dix ans plus tard, elle devient députée. Lors du 7ème congrès du PUP, l’épouse du secrétaire général du parti a réussi à faire partie du Bureau Politique. «Ce n’était pas un cadeau. J’ai dû me battre plusieurs années durant pour contribuer à consolider les acquis réalisés par les pionnières du mouvement féministe», nous confie-t-elle, fière. Côté action associative, le premier fait d’armes de cette militante de gauche indépendante remonte à la fin des années 70 quand elle a fait partie du groupe des fondateurs de la Ligue Tunisienne de Défense des Droits de l’homme (LTDH). Dix-huit ans plus tard, Mme Ben Ammar a été élue membre du comité directeur de cette organisation. Une fierté qu’elle raconte avec beaucoup de passion. «Mariée à un militant de gauche et de surcroît, féministe, je n’ai pas trouvé beaucoup de difficultés à concilier entre ma vie privée et mes activités dans le champ politique», précise-t-elle. Membre depuis quelques années d’un réseau international des droits de l’homme et de la femme pour la paix, Mme Ben Ammar pense que les partis de l’opposition ne réservent encore qu’un petit strapontin à la femme. «Une bataille devrait être menée avec les hommes et non pas contre eux afin d’exhausser toutes les aspirations des femmes et des militants démocrates et progressistes dans ce domine», conclut-elle. Walid KHEFIFI __________________________________ Mériem Mizouni : La battante... devenue militante C’est l’une des figures les plus emblématiques de la natation tunisienne. L’ondine des années 50 a marqué la discipline de son empreinte indélébile, en battant des records à la pelle dans toutes les épreuves du crawl, à la brasse, en passant par le dos et le papillon. Ces records ont tenu des décennies durant. Les derniers n’ont été effacés des tablettes que dernièrement. La championne tunisienne a été la 1ère à glaner une médaille d’or en natation durant les Jeux méditerranéens d’Alger. Une performance qui reste inscrite en lettres d’or dans le palmarès de la natation tunisienne. * Figure incontournable Mériem Mizouni, mariée et mère de famille exemplaire, n’a jamais quitté la natation, même après avoir terminé sa carrière. La championne tunisienne fait figure d’une véritable icône du sport national. Sollicitée partout, elle est de tous les événements et continue à marquer de sa présence, le sport en général et la natation en particulier. Or l’a vue même officier en tant que juge à l’occasion d’une compétition nationale à la piscine 7 Novembre de Radès. Cette véritable battante, qui n’a pas cessé d’accumuler les records et les exploits durant sa carrière d’athlète, s’est reconvertie en véritable militante dans les milieux sportifs pour promouvoir la discipline de sa prédilection, la natation. Outre la promotion, elle a collaboré directement ou indirectement à la naissance de plusieurs clubs de natation qui commencent à se faire une place de soleil dans le paysage nautique tunisien. Cette fée de la natation tunisienne est tellement appréciée et admirée partout que les responsables de la discipline, à travers toutes les régions du pays, ne ratent pas l’occasion pour l’inviter au moindre événement, car son aura et son charisme sont tels qu’ils incitent tous ceux qui aiment ce sport à se dépasser pour suivre ses traces et essayer de faire une carrière et un parcours aussi réussis que les siens. Moncef SEDDIK


Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com