Djerba Musik Explore 2006 : «A coups de Karcher» !





Le 12 août 2006, l’Skadrille, Sinik et 113 ont conquis le public de Djerba Musik Explore 2006. Ce rendez-vous est désormais incontournable pour les fans des mots vrais et du rap qui sort des tripes. L’île des rêves, Djerba la fidèle, a encore une fois assuré. Tunis - Le Quotidien C’est la nomade, la douce et la fidèle qui a régalé samedi dernier ses amoureux du rap, hip hop et Rnb. Car Djerba Explore n’a pas failli cette année au rendez-vous fixé avec une génération éprise des mots qui sortent des tripes. La fête est alors remise au grand plaisir d’un public nombreux, très nombreux. C’est à nouveau le Djerba Musik Explore qui crée l’événement à l’île des rêves et attire des milliers de jeunes. Cette soirée du 12 août 2006 est exceptionnelle sur plus d’un plan: un véritable record de spectateurs avec environ six mille personnes, voire plus, qui ont afflué sur le parc; une révélation; plusieurs artistes se produisent en une seule soirée et une ambiance tout feu, tout flamme. A voir les vagues humaines qui déferlaient devant la scène, on ne peut que s’attendre à un grand moment qui sera gravé à jamais dans la mémoire des uns et des autres. Et les DJ Rayhane et Maroo d’ouvrir le bal. Ils annoncent la couleur de la soirée qui sera très chaude. Le public n’hésite pas à accrocher et c’est parti pour un bain de foule. En attendant impatiemment les passages de l’Skadrille, Sinik et 113, les deux DJ tunisiens cèdent la place à deux habitués de Djerba. C’est le plus Tunisien des Algériens, DJ Boudj qui mixe et c’est la bête de scène, le MC Asto qui chauffe le public. Décidément, tous les deux ont succombé aux lotus d’un morceau de terre où ils se sont juré de retourner. Les voilà alors en symbiose avec leur public qui part dans un seul sens, celui du défoulement. Boudj et Asto, qui physiquement n’ont rien en commun, sont unis par l’amour du public. Sur scène, ils se connaissent si parfaitement que leur duo d’enfer marche à merveille. Pendant ce temps-là, l’initiateur de Djerba Musik Explore, Jamel Mzabi, bouge dans tous les sens. Il veille en personne sur les moindres détails de l’organisation et sur le respect du conducteur de la soirée. Pour ce rendez-vous incontournable du hip hop et Rnb en Tunisie, les organisateurs ont dû déployer quatre-vingt personnes sur les lieux afin de veiller sur la sécurité. Ce sont les gens du parc qui ont assuré par leurs propres moyens le bon déroulement de la fête. Et ce n’est pas une mince affaire. Car gérer un pareil public de milliers de jeunes en transes est une très rude épreuve. Heureusement que les organisateurs s’en sont sortis avec brio. * Des mots des tripes Et Asto l’infatigable d’annoncer un jeune rappeur en avant-goût des moments forts de ce samedi soir. Mais Bakar, le jeune Chartrain, est une véritable révélation du Djerba Musik Explore 2006. A 25 ans, le garçon chante au nom de sa génération désenchantée. Il ne ménage pas ses mots pour briser le silence. Il invite le public à partager avec lui une forte émotion lorsqu’il chante aux parents qui ont émigré pour construire la France et qui ont été trahis au bout de leurs peines. Ses paroles sortent de ses tripes, fortes en images et métaphores. Lyriciste, il raconte son expérience et sa vie dans les quartiers de Chartres. Il compte dans on CV plusieurs featurings avec Tandem, Sniper, Sinik et Chiens de Paille. Son regard trahit sa rage d’aller encore plus loin. Bakar arrive d’ailleurs de loin. Il s’est lancé dans le rap depuis l’âge de quatorze ans. Il se nommait «Dely». En 1999, il change son nom de scène après avoir perdu son ami d’enfance, Aboubakar. Comme son frère est parti trop vite, il décide de continuer son bonhomme de chemin et de monter sur les marches du succès avec le nom de Bakar. Et ce en hommage à son compagnon de route. A Djerba, Bakar surprend le public et assure une magnifique prestation. Il promet de surprendre encore à l’occasion de la sortie de son premier opus. L’esplanade du Parc Djerba Explore est archicomble. La foule s’enflamme à la sortie de l’Skadrille. Sur le point de lancer «Nos vies après 10 ans de parcours», 13 OR et 16 AR restent égaux à eux-mêmes. Le public décolle avec eux et la fête ne fait que commencer. * La revanche au Karcher Et voilà un revenant. Il était là l’année dernière et il revient avec «Sang froid». C’est Sinik, l’éternel solitaire. Il a appris, comme il l’avoue, à faire rimer la solitude et la solidité. Ce soir, après avoir accompagné l’Skadrille le temps d’un titre, il remonte sur scène. Révélation du rap français en 2005 grâce à «la main sur le cœur», album couronné double disque d’or, Sinik confirme son statut de rappeur incontournable cette année. Encore une fois à Djerba, Sinik le dépité, chante les espérances trompées de ses potes de quartier et des jeunes des cités. Ses paroles, crues, sont sa revanche et celle de tous ceux qui n’ont plus que la désillusion. Le dégoût et le mépris sont les réponses aux coups de Karcher promis par Sarkozy. Quand on n’a plus que la haine d’avoir grandi dans les tours lugubres des cités «hantées» par la misère, on apprend à être sincères. Sinik incarne parfaitement le jeune désappointé. Un passé agité, une forte personnalité, du charisme, une rage et une souffrance trahissent l’enfance douloureuse du copain de toujours de Diam’s. Le garçon est déterminé. Il n’a aucun mal à conquérir la foule qui n’attend que ces phrases. Ensuite, ce sont les potes de Vitry qui prennent le relais. 113 est très attendu par le public. «Rim’k» et «Mokobe» font alors de leur mieux pour être à la hauteur. «Yal babour» embarque les spectateurs qui chantent et dansent. Personne ne veut que la soirée finisse. Pourtant, 113 signe le dernier moment d’un Djerba Musik Explore exceptionnel. Il est aussi parce que les différents artistes qui se sont succédé sur la scène du Parc ont rendu un hommage à nos frères libanais et palestiniens résistant à la barbarie des forces sionistes. Ce n’est pas étonnant de la part de ces artistes qui connaissent la souffrance et qui survivent à toutes les formes de violence et de délinquance ayant élu domicile dans leurs cités ghettoïsées. Le rideau est baissé sur la deuxième édition du Djerba Musik Explore. Beaucoup d’émotions et de cœur dans une soirée réussie pour le moins qu’on puisse dire. Le public dont la majorité sont des jeunes émigrés en parfaite connaissance de la cause de leurs artistes, qui n’est que la leur, reviendra sans doute l’année prochaine. Désormais, Djerba Musik Explore est un rendez-vous incontournable du rap, hip hop et Rnb. Maryem KADA


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com