L’ambassadeur de Russie au «Quotidien» : «La situation dans les Territoires palestiniens exige des actions d’urgence»





Aujourd’hui, jour pour jour, la Tunisie et la Russie célèbrent 50 ans de relations diplomatiques. Dans l’interview exclusive qu’il accorde au «Quotidien», S.E. Andrey Polyakov, nouvel ambassadeur plénipotentiaire et extraordinaire de la Fédération de Russie à Tunis fait le bilan d’un demi-siècle de relations bilatérales, évoque les perspectives d’avenir et donne un point de vue éclairé et édifiant sur de nombreuses questions de l’heure touchant à l’actualité internationale. * Quel bilan, faites-vous, Excellence, de 50 ans de relations entre la Russie et la Tunisie ? Je les caractérise, à juste titre, de relations excellentes. Durant les décennies passées nous avons réussi à faire beaucoup de choses en collaboration avec nos amis tunisiens. La coopération et le dialogue politique se distinguent par leur haut niveau et leur rythme dynamique. A cet égard je voudrais mentionner les visites effectuées par S.E.M. Serguey Lavrov, ministre des Affaires étrangères de Russie, en novembre 2005 en Tunisie et de S.E.M. Hatem Ben Salem, secrétaire d'Etat tunisien auprès du ministre des Affaires étrangères, en avril 2006 à Moscou. On a un potentiel solide dans d'autres domaines de nos liens. En général, le niveau atteint de la compréhension mutuelle et de la coopération nous permet d’envisager l'avenir des relations russo-tunisiennes avec beaucoup d’optimisme. * Quelles perspectives pour les relations bilatérales aux plans politique, économique et social ? Je suis persuadé que ces perspectives sont prometteuses. La Russie et la Tunisie ont un vaste champ d'action propice à la coopération politique. Les positions des deux pays en ce qui concerne la plupart des questions d'actualité internationale et régionale sont proches ou convergentes. Nous espérons que notre dialogue efficace sera poursuivi au cours de la prochaine visite de S.E.M. Abdelwahab Abdallah, ministre tunisien des Affaires étrangères, à Moscou. Les contacts entre les organismes législatifs s'élargissent également. Avec les collègues tunisiens nous travaillons en vue de la convocation, dans les meilleurs délais, de la troisième session de la Commission mixte russo-tunisienne pour la coopération économique, commerciale, scientifique et technologique qui arrive à échéance. La prochaine réunion de la commission doit élaborer des repères précis et définir des volets prometteurs de notre coopération future sur la base d’une plus grande diversification. En fait, les domaines de la collaboration bilatérale sont nombreux et variés. La construction hydrotechnique, l’éducation, le tourisme, la santé, la culture – et la liste est encore longue - sont autant de secteurs où nous collaborons fructueusement depuis longtemps et où nous pourrions ouvrir de nouvelles perspectives. C'est avec satisfaction que nous constatons depuis quelque temps une tendance stable orientée à la hausse des volumes d'échanges commerciaux bilatéraux. A notre avis, de bonnes opportunités se dessinent dans le domaine de la coopération interrégionale. Il serait utile de profiter davantage des capacités des structures commerciales des deux pays, y compris des PME, afin de perfectionner nos liens bilatéraux. A ce propos j’aimerais mettre en exergue l’activité du Conseil d’affaires russo-arabe ainsi que des Conseils bilatéraux, parmi lesquels se trouve le Conseil d’affaires russo-tunisien créé en mars 2006. Le Conseil d’affaires russo-arabe, qui a vu le jour il y a seulement deux ans, a déjà réussi à gagner de l’autorité et du respect auprès des représentants des entreprises russes et arabes. Les efforts du Conseil favorisent le développement des liens d’investissement, commerciaux et économiques et ont contribué à la formation d'un réseau d’échange d’information d’affaires, la tenue de forums d’affaires, la réalisation de projets communs. L’opportunité et la nécessité de créer ledit Conseil aussi bien que ses branches bilatérales n’est plus à démontrer. Ces structures sont déjà en train de donner leurs fruits et leur apport considérable dans le sens du raffermissement de la coopération économique entre la Russie et le monde arabe. Et cela est très important, puisque l’orientation vers le développement des relations multilatérales avec les Etats arabes est un des axes stratégiques de la politique extérieure de notre pays. Pour revenir à la Tunisie, nous considérons le perfectionnement de la base juridique de notre coopération et la finalisation des projets d’un certain nombre d’accords intergouvernementaux comme un des objectifs prioritaires de notre travail commun. Les Journées de la Tunisie à Moscou sont devenues une bonne tradition. Cette manifestation favorise sans doute le rapprochement de nos deux pays, ainsi que l’élargissement de leurs liens dans les domaines économique, culturel et touristique. On a accompli de bons progrès dans la sphère de la coopération scientifique et des contacts entre certaines grandes institutions scientifiques des deux pays. Nous apprécions hautement que le Prix du Président de la République pour la solidarité mondiale au titre de 2004 ait été attribué à M. A.Egorine, orientaliste et académicien russe. La partie russe accorde à cet effet une importance majeure à la concrétisation de l’invitation adressée à S.E.M. Zine Al Abidine Ben Ali pour visiter la Fédération de Russie, et ce, dans les délais mutuellement acceptables. Pour conclure, j’aimerais vous assurer que j'ai l'intention de faire tout mon mieux en ma qualité de nouvel ambassadeur de Russie en Tunisie pour que les relations et la coopération entre nos deux pays amis se renforcent davantage et se développent au profit des peuples russe et tunisien. * Que vous inspire la situation actuelle dans les Territoires palestiniens et quelle est la position de la Russie à ce sujet ? La situation devient extrêmement inquiétante. Elle exige des actions d'urgence pour éviter la dangereuse déstabilisation ultérieure de toute la région. Raison pour laquelle toutes les parties doivent faire preuve de retenue et de sagesse. L’Autorité palestinienne ainsi que toutes les organisations et tous les mouvements palestiniens doivent tout faire, pour arrêter, de leur part, la violence et mettre un terme aux bombardements des villes israéliennes. En outre, la libération du militaire israélien répond aux hauts intérêts nationaux du peuple palestinien. Nul doute quant au droit et à l'obligation du gouvernement d'Israël de défendre la vie et la sécurité de ses citoyens. Mais il ne faut pas que cela se fasse au prix de nombreuses vies de Palestiniens pacifiques, de lourdes frappes militaires avec des conséquences graves pour la population civile. Et – chose tout à fait inacceptable – de la violation des frontières et de l'espace aérien des autres Etats, en l'occurrence de la Syrie. Nous ne voyons qu'une issue à cette dangereuse situation à savoir l'arrêt de l'opposition de la force et de la confrontation, le retour dans les cadres du règlement politique, aux négociations, pour difficiles qu'elles soient. * Que faut-il faire pour normaliser la situation en Irak ? Faut-il envisager une conférence internationale sur le Proche-Orient ? Nous appuyons l'aspiration à la cause de la garantie de l'indépendance, de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de l'Irak. Nous exprimons notre soutien au gouvernement permanent de l'Irak, saluons ses initiatives de réconciliation, et l'appelons instamment à poursuivre son travail actif en vue de l'obtention de l'entente nationale, qui est d'une importance décisive pour l'amélioration de la situation politique dans le pays, le renforcement de l'ordre et de la sécurité, ainsi que pour un développement socio-économique stable de l'Irak. Nous appelons la Communauté internationale, en particulier l'Organisation des Nations Unies, les organismes financiers internationaux, les pays voisins de l'Irak et les gouvernements régionaux à répondre à cette nouvelle étape dans le développement de l'Irak, à accorder un large soutien au nouveau gouvernement de l'Irak et à son peuple, y compris la proposition du gouvernement irakien à propos de l'Accord international pour l'Irak. Toute la communauté internationale a résolument condamné l'assassinat barbare des cinq collaborateurs de l'ambassade de Russie en Irak et exigé l'arrestation et la juste punition des coupables de ce crime. Cet événement tragique sert de confirmation au besoin de prendre des mesures urgentes pour garantir la sécurité générale en Irak. * Les Etats-Unis reprochent à la Russie de vouloir créer avec la Chine un nouvel axe qui vient d'être cristallisé à travers le Sommet économique de Shanghai. Quel est votre avis à ce sujet ? Les activités de l'Organisation de Coopération de Shanghai (OCS) ne porte aucune menace en fait aux pays tiers et s'effectuent pour le bien de ses Etats-membres, et leur intérêt à résoudre les problèmes qui puissent surgir dans la zone de sa responsabilité. Au cours des cinq années de son existence, l'OCS s'est transformée en facteur indépendant et important de la politique non seulement régionale, mais également globale. L'Organisation a émergé sur le fondement d’une expérience unique en vue de trouver en Asie des dénouements sans précédent pour l'ensemble des sujets et problèmes épineux touchant à la sécurité, la stabilité, la lutte contre le terrorisme et de la construction de la confiance mutuelle. A cet effet, l'OCS souligne toujours son caractère ouvert et dénué de confrontation, sa bonne volonté de coopérer sur un pied d'égalité et de respect mutuel avec d'autres pays et groupements multilatéraux. Cette position a eu un écho favorable tant dans le monde que dans la région. C'est pourquoi de nombreux pays sont entrés en contact avec l'OCS ou ont l'intention de le faire. On peut dire la même chose d'un grand nombre d'organisations influentes internationales et régionales. Au moment où aujourd’hui on remet au goût du jour les dires à propos des soi-disant différences culturelles et intercivilisationnelles infranchissables entre les Etats, l'Organisation fait preuve d'un bel exemple de partenariat égal dans l'espace eurasiatique. Un partenariat dont le but stratégique est le renforcement de la sécurité et de la stabilité régionales, l'aide aux processus économique et d'intégration tout en maintenant l'originalité nationale et culturelle de chaque Etat. * Quelle est la position de la Russie au sujet du dossier nucléaire controversé de l'Iran ? Nous considérons que n'importe quel Etat, y compris l'Iran, a droit à l'accès aux technologies modernes et de pointe pour le développement de son économie. Seulement, le développement des technologies nucléaires doit être réalisé sous le contrôle des organisations internationales, sans créer des menaces du point de vue de la prolifération des armes de destruction massive. Ceci dit, nous essayons d'arriver à de tels compromis qui permettent de remplir cette tâche dans le cadre du respect de ses deux composantes développementielle et sécuritaire. Dernièrement la Russie a formulé des propositions portant sur la création d'un réseau de centres internationaux pour l'enrichissement de l'uranium. Nous espérons que nos partenaires iraniens accueilleront favorablement ces recommandations, ainsi que les propositions élaborées par les Six et transmises à Téhéran pour examen dans le seul but d'aboutir à un accord international et à long terme sur la base du droit de l'Iran de se servir des avantages que procure l'énergie nucléaire civile tout en assurant la Communauté internationale du caractère exclusivement pacifique de son programme nucléaire. Nous espérons également que la réponse de Téhéran à l'offre des Six sera constructive et qu'une négociation détaillée à cet égard commencera avant le prochain sommet du G8 prévu en Russie, à Saint-Pétersbourg. Je voudrais insister encore une fois que nous nous basons sur le fait que le règlement politique et diplomatique du dossier nucléaire iranien n'a pas d'alternatives et, qu’en fin de compte, il serait raisonnable de voir cette question renvoyée non pas au Conseil de Sécurité de l'ONU, mais à l'AIEA, au niveau des professionnels en la matière. * Moscou vient de hausser le ton contre l'OMC. Pourquoi ? Pas du tout. Notre position envers l'OMC et au sujet de l'adhésion de la Russie à cette Organisation a toujours été extrêmement précise et claire. Primo, l'économie russe est déjà plus ouverte que les économies de nombreux pays membres de l'OMC. Nous avons pratiquement terminé le processus de mise à niveau de la législation nationale en conformité avec les normes et règles internationales. L'adhésion de plein droit de la Russie à l'OMC constitue notre choix stratégique et doit devenir un mécanisme important de l'amélioration de l'efficacité des activités économiques extérieures de la Russie. Secundo, les négociations sur l'entrée de la Russie à l'OMC ne doivent pas se transformer en outil de marchandage sur des questions n'ayant aucun rapport avec le champ d’intervention de l'Organisation. Pour nous, l'OMC n'est pas une fin en soi, et l'affaire n'est pas liée aux délais les plus brefs de notre adhésion. Nous avons l'intention d'y entrer dès que les conditions concertées de notre adhésion répondront entièrement aux intérêts du renforcement de l'économie russe. Entretien conduit par Chokri BACCOUCHE


Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com