«Elteatro Studio» : Rire en… délire





A la fin d’un spectacle de trois tableaux hauts en couleur et drôlerie, dédié à Raymond Devos, Taoufik Jebali, le maître de la scène, a distribué des diplômes et des mentions aux élèves d’Elteatro Studio. En guise de reconnaissance pour leur fibre artistique. Il y a eu foule samedi dernier du côté d’El Teatro d’El Mechtel de Tunis. Et pour cause: les patrons de la maison, Taoufik Jebali et sa douce moitié Zeïneb Farhat ont cédé le temps d’une finale festive, les plateaux à leurs adeptes et invité les amis et les proches pour fêter la fin d’année artistique dans la joie. Au total: près d’une centaine de talents en herbe (en comptant ceux qui ont défilé la veille dans le programme de jeunesse) inscrits dans les cours d’Elteatro Studio, une école d’art de la scène fondée, dans El Teatro même, depuis trois ans et que dirige bien sûr l’auteur de «Klam Ellil», avec le soutien de Atef Ben Hassine, Taoufik Ayeb, Abdelmonêm Chewayet et autres Khaoula Hadef. Bon nombre de ces élèves sont un peu originaux (ou marginaux). Car, dans leur vie professionnelle, ils font autre chose qui n’a rien à voir avec les tréteaux et les dramaturgies et qui estiment avoir «raté» leur carrière de comédien. Ils sont médecins, banquiers, universitaires, fonctionnaires et autres retraités. Ces grands enfants qui vivent passionnément avec le virus du théâtre, se sont grandement défoulés sur scène, comme de vrais gamins. Le premier tableau, sous la houlette de Atef Ben Hassine, décrit avec un brin philosophique le mal-être de nous tous. Où nous continuons sans cesse de nous questionner sur la vie et la mort, le doute et autres croyances divines et valeurs ainsi que sur leur validité. Dans «Junun Al Masrah», les cartes sont sur table. Le décor qui a suivi: c’est une «Salade mixte». Khaoula Hadef avec sa sensibilité féminine a mené le jeu et ses artifices contemporains. Elle avait dans la main et à gérer deux garçons fondus dans une tribu de femmes autour d’un menu. Toujours les mêmes propositions, au point de devenir fades et plates. Alors on part à la recherche d’autre chose de plus épicé. En définitive, on découvre le même goût même chez les autres. Déception. Mais le monde est ainsi fait. On abdique et on revient à la même galère. On fait avec et on s’y plaît. Les séductions sont offertes sur un plateau. Il y a l’embarras du choix mais sans saveur aucune. Le troisième tableau était le magnifique avec la doyenne Nabiha Miled, 78 ans, et compagnie. «Le rire est une chose sérieuse avec laquelle il ne faut pas plaisanter», a dit le légendaire Devos. Nous avons ri. Beaucoup ri et le spectacle a été tout en peintures déversées partout, sur les murs et le sol avec des interprètes en délire, colorés en rouge, jaune, bleu, vert, orangé qui nous ont laissés pliés sur deux à force de nous marrer. C’était donné dans le bonheur ce texte de «Sans préméditation» signé par tout le monde et qui a plu aux présents qui n’ont pas pu cacher leur enthousiasme et ont applaudi surtout Nabiha Miled pour son talent et son élocution. A son âge, elle se porte comme un charme. Elle a préféré s’expliquer dans la langue de Molière. Son français était impeccable. Le théâtre était son rêve d’antan. «O combien je suis contente aujourd’hui! Je suis en face d’un public, mon public. C’est mon rêve d’enfant qui a pris forme», a notamment dit Lella Nabiha. Et d’ajouter: «Je vous aime. Je vous aime tant». Madame a joué, a dansé. Comme tout le monde. C’était ça l’esprit de Taoufik Jebali qui a estampillé sa marque de fabrique dans le lieu et sur les travaux d’une caravane de jeunes hommes de théâtre. Il y a de l’audace, de la satire, de la malice. Le tout mijoté dans l’humour. L’humour intelligent. L’école de Jebali, on la connaît bien. Elle a son propre label. La folie imaginaire jebalienne est toute en déclic. Ce qui plaît aux jeunes et moins jeunes. Avec la complicité de Taoufik Jebali, les amoureux de la scène ont un petit quelque chose à ajouter et à brocher à notre théâtre national, qui doit garder son aura et éviter cette décadence qui a tendance ces dernières années à régner dans notre paysage artistique. Ceci, Jebali le sait aussi et travaille là-dessus depuis toujours et aime le passer avec bonheur aux jeunes, avec qui il s’est mis sur scène à la fin du spectacle. Il est 23 heures et quelques minutes, Jebali s’est donné à son tour en spectacle. Il s’est déhanché à plaisir et a fait le pitre à souhait. En face de lui, une grande dame qui s’appelle Zeïneb Farhat. Elle est là, présente partout et a son mot à dire, quand il faut et là où il faut. Comme elle, sont nombreuses ces femmes qui ont un vrai rôle à jouer dans la société. Ici, nous pensons à titre d’exemple à Bakhta et on équipe au Club Tahar Haddad. Nous pensons aussi à Amel, une femme en or qui a son poids dans les créations de «Le Minaret de la Tour», «Kantara» et autres «Vents 440», qui va être donné sur la scène punique dans le cadre de la 42ème édition du festival international de Carthage. Comme ces dames, elles sont en grand nombre chez nous. Les unes sont visibles, les autres qui sont majoritaires, sont à l’ombre. Mais leurs œuvres brillent de mille feux, et font avancer les chapitres de l’histoire. Mesdames n’ont donc pas à se confiner et rien ne vaut l’art pour sortir au jour et se faire un nom. Le spectacle donné chez Jebali était dans ce sens. On n’a qu’à l’applaudir et à l’année prochaine. Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com