Constatation : Le crépuscule des dieux





Quelle mouche a piqué Zineddine Zidane, dimanche dernier à Berlin lors de la finale de la 18ème Coupe du monde ? On connaît Materazzi provocateur rude, dangereusement impitoyable sur l’homme. Mais on ne pouvait imaginer que Zizou tomberait dans le panneau, comme un vulgaire débutant, pour ce qui était déjà annoncé comme la «der des der», l’ultime récital d’un joueur d’exception qui aura enchanté et donné du plaisir aux puristes. Certes, «Z.Z» n’était pas dimanche à sa première incartade. En plein Mondial français 1998, il avait pété les plombs sur une charge un peu appuyée d’un défenseur saoudien. Suspendu, il allait se rattraper en finale qu’il domina de la tête et des épaules. Au sein de son ancien club de la Juventus également, il «commit» un coup de tête non moins vigoureux, tel un taureau blessé. Mais, là, vraiment, le geste était bien trop malheureux puisqu’il intervenait pour ce qui semblait devoir être le couronnement d’une prodigieuse carrière. Avec ou sans la couronne mondiale. Sur la lancée de sa métamorphose contre l’Espagne, le Brésil et le Portugal, on était raisonnablement en droit d’attendre confirmation du champion du monde 1998. Et elle vint, point de vue jeu et maîtrise technique, jusqu’à ce fatidique instant où le Franco-Algérien perdit les pédales et commit un geste de démence, condamnant ses copains à terminer la finale à dix. Et cette finale déboucha finalement sur le crépuscule des Dieux, la sortie par la petite porte de Zidane, mais aussi le retrait définitif sur une grosse déception de Barthez, Thuram, Makelele. Toute une génération qui passe la main après avoir caressé le rêve de partir sur un nouvel exploit mondialiste. * En plein Moggiopoli Le triomphe de l’Italie a, lui, valeur de revanche. Non pas sur des «Bleus» qui les avaient crucifiés dans les arrêts de jeu, puis dans les prolongations de la finale de l’Euro 2000, ce qui serait trop banal, mais plutôt sur eux-mêmes et sur l’odeur nauséabonde qui inonde ces jours-ci le monde du Calcio. Il fallait assurément être costaud et mentalement très solide pour prendre du recul et se soustraire du séisme provoqué par le scandale du siècle baptisé «Moggiopoli» (du nom de l’ancien directeur sportif de la Juventus, Luciano Moggi). Et le mérite des Buffon, Zambrotta, Cannavaro et Camoranesi d’autant plus grand qu’au moment même où il écrivaient l’histoire de la Coupe du monde, leur club, la Juventus, était menacée de relégation en Série C et ils ne savaient pas trop de quoi serait fait leur avenir professionnel. Sous la conduite d’un maître tacticien, Marcello Lippi, les Azzurri ont su évacuer les soucis et la peur d’être éclaboussés par le scandale dont le procès se poursuivait à Rome pour se concentrer sur un dessein exaltant : un trophée mondial qui paraissait pourtant bien loin et hors de portée en début de parcours compte tenu de leurs prestations plutôt modestes. Seulement, comme en 1982, lorsque la bande où Bearzot sut se rebeller contre un entourage hostile et des médias qui leur tiraient dessus à boulets rouges, la Squadra version 2006 a démenti les pronostics et écrit une belle page d’histoire. S.R.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com