Différend Dhouib / Nahdi : Chassez le coq, il revient par la «basse-cour»





Sur les affiches de nos festivals d’été, deux œuvres extraites d’un même brouillon. Le one man show «Fi hak Essardouk enraïchou» (Ce coq qu’on déplume) de Lamine Nahdi et le nouveau-né de Moncef Dhouib «Talfza jaya» (La Télé arrive) vont circuler en même temps de par le pays. Et avec le même cortège d’idées. Sans aucun doute, la sortie de «Talfza jaya» est l’événement de la saison. Qui plus est, elle ne va pas pour le moment éclairer l’ombre de nos salles, nos quelque quatorze salles quasi désertées par le public même en pleine haute saison. Que dire de la période d’été, toute en veille ! N’empêche que Talfza jaya est au programme du mois d’octobre. Au même jour en Tunisie, en Algérie et au Maroc. Une première maghrébine. Entre temps, Dhouib ne va pas se confiner dans la passivité. Au contraire. Il a du boulot et du pain sur les planches et les plateaux. Puisqu’il a choisi de se mettre au travail, illico et sans perdre même une minute. Pour ceci, il va se «trimbaler» heureux d’un festival à un autre dans une camionnette équipée de tout ce qu’il faut pour «vendre» son produit comme un marchand ambulant. Mais pas au plus offrant car ce monsieur est réputé non seulement perfectionniste mais aussi exigeant qui veille et jalousement sur la notoriété et la noblesse du métier. Et tant mieux ainsi. Sa tournée ne va donc pas dépasser les trente escales. Les projections vont se dérouler sous la belle étoile. Ceci n’est pas vraiment une trouvaille. Puisque ce phénomène de cinéma de rue n’est pas tout à fait nouveau. Ceux qui ont la quarantaine et plus le connaissent bien et les ambiances filmiques leur sont familières. Moncef Dhouib n’a le mérite (et tous les moyens sont bons pour sauver ce qui reste à sauver de notre cinéma au bord du chaos) que de reprendre cette idée, la remettre au goût du jour avec des moyens techniques meilleurs et la bien cheviller sur des roulettes lisses. Tout le mal qu’on lui souhaite est de faire bonne route. Dans tout ça, il n’y a rien à dire car ça commence à faire bouger les choses pour que nos cinéastes prennent le même chemin et volent de leurs propres ailes. * Anomalie dans l’air Ce qui est un peu beaucoup bizarroïde c’est que Talfza Jaya et Fihak Essardouk Enraïchou sortent du même moule. Le texte de l’œuvre filmique est une copie conforme de celle du one man show, qui se pavane déjà dans la cour depuis quelque temps. Et pour gratter un petit peu on se demande : est-ce donc la date de la parution qui va porter foi ? Ou encore, qui est arrivée le premier, l’œuf ou la poule (ici le coq de Nahdi ?). L’affaire n’est pas tout à fait claire pour nous et l’œuf nous a semblé brouillé. Afin d’avoir quelques éclaircies sur le sujet, nous avons essayé de contacter et à plusieurs reprises les Nahdi (père et fils). Hélas. Point de réponse et ils étaient vraiment sur la liste des abonnés absents. Mais pour toucher le Dhouib, c’était vite fait. Dans son bureau, pas loin de la gare ferroviaire de la Place Barcelone, il nous a accueillis. Il était 16 heures mercredi dernier. Le cinéaste et homme de théâtre était vraiment pris et pas tout seul. Autour de lui une équipe restreinte en train d’orchestrer les formalités de la première de «La Télé arrive» qui va se dérouler dans le village du Sned (Gafsa), demain, en présence des journalistes, acteurs et autres de la fiche technique. De temps à autre, le téléphone retentit, Moncef Dhouib, d’un air calme et posé et les pieds bien sur terre répond par un «oui» ou un «je vais voir si c’est possible». Apparemment, il s’agit de quelques appels en provenance de directeurs de festivals souhaitant programmer dans leurs manifestations régionales «La Télé arrive». Il y a des murmures ici et là qui parlent d’un différend entre vous et le comédien Lamine Nahdi, qu’en est-il au juste? «En fait, ce ne sont pas des rumeurs. Il s’agit d’une vérité qu’on traîne depuis des années devant les tribunaux», nous a-t-il dit. De quoi s’agit-il vraiment et parlons crûment? Réponse de Dhouib: «Il n’y a rien à cacher. Il s’agit d’une affaire ayant trait aux droits d’auteurs qui a démarré il y a trois ans avec un procès encore en cours. Pour le moment, on laisse les gens de la justice faire leur boulot. Ils ont la compétence pour trancher et que justice soit rendue». Et d’ajouter: «Ce différend ne date donc pas d’aujourd’hui avec la sortie de mon film. Mais il existe depuis Mekki et Zakia quand j’ai signé avec Lamine un contrat pour qu’il incarne seulement le rôle d’un personnage. C’est-à-dire comme comédien. Or, les choses ont vite mal tourné et Nahdi n’a pas respecté notre accord. Alors pour éviter les procès et les jugements, j’ai voulu l’acquitter de ses dettes concernant Mekki et Zakia qui a ouvert le 11 juillet 1993 le festival international de Hammamet dont vous connaissez bien le succès. Ce qui m’a poussé à re-travailler avec lui et signer un autre contrat pour une nouvelle création que j’ai appelée «Flouss Echaâb» et dont il y a cette clause de remboursement d’un travail antérieur. Au bout d’un moment il a renié le contrat et s’est approprié le texte. Son one man show est pris mot par mot du texte de «Flouss Echaâb». Ce qui m’a poussé à porter plainte, encore en cours d’instruction. Le tribunal a nommé un expert pour faire les comptes de toutes les reprises et décider de la part de chacun. «Talfza Jaya» est une mise en scène cinématographique. C’est une écriture différente, mais le brouillon du départ est le même. Evidemment, pendant ces trois ans, et le procès n’ayant pas encore rendu le verdict et le ministère de la Culture sachant toutes les procédures a délivré tout de même à Lamine Nahdi l’autorisation de travailler. Cette même administration m’a aussi permis de travailler. Ce qui est normal que je ne vais pas croiser les bras en attendant le jugement, qui va encore durer», a précisé Moncef Dhouib. Tout en étant sûr qu’avec Nahdi il n’y pas moyen ni d’une entente ni d’une collaboration possible alors pourquoi avez-vous récidivé après votre déception lors de «Mekki et Zakia»? «Je viens de vous dire qu’après avoir gagné le procès de Mekki et Zakia, Nahdi a dit qu’il n’a pas d’argent pour me rembourser. Alors je me suis dis qu’avec Flouss Echaâb», je lui fais signer une clause et garantir ma part. Car quand j’ai déposé plainte contre lui le 24 février 1994, j’ai gagné en 1995 le procès et la pièce a été suspendue en plein mois de juillet. Lamine comme à son habitude n’a pas respecté cette clause. Pire encore, il a exploité le texte de «Flouss Echaâb» sous un autre nom que vous connaissez tous «Fi hak essardouk enraïchou», raconte Moncef Dhouib. Comptez-vous collaborer encore avec Nahdi? «Non jamais. J’ai eu déjà une expérience négative et il n’est plus question de travailler avec lui», nous a répondu avec une rare fermeté l’auteur de «Mekki et Zakia». Pour le moment, il n’a pas la tête à tout ça. Il est totalement plongé dans sa Talfza qui circule, après Snad le 15 juillet, à Gafsa, Carthage, Boukornine, El Jem, Hammamet, Bizerte, Sfax, Sousse… De l’autre côté, Lamine Nahdi continue son petit bonhomme de chemin avec son coq à déplumer. Les plumes ou les duvets? Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com