Festival international de Carthage : Archie Shepp et les Gnawas, tout feu tout flamme





Le duo Archie Shepp-Quartet et la troupe des Gnawas du Maroc, qui s’est produit jeudi soir à l’Amphithéâtre romain de Carthage, a signé une prestation honorable. Mais une anomalie dans la synchronisation des sons a failli gâcher la soirée. Pour ceux qui connaissent les compositions du grand jazzman américain Archie Shepp ou la musique des Gnawas du Maroc, il leur serait peut-être difficile d’imaginer une conciliation entre les deux genres musicaux ou un mixage réussi entre deux rythmes foncièrement différents. Pourtant, le concert d’avant-hier soir, qui est le premier purement musical de cette 42ème édition du Festival International de Carthage, a tenu toutes ses promesses, et a reproduit une ambiance musicale inédite et métissée entre d’un côté une musique afro-américaine aux consonances de free jazz et de l’autre, une musique traditionnelle jouée à base d’instruments rares et particuliers. Le mariage entre ces deux musiques a donné lieu à un concert aux sons métissés. L’honneur y était revenu à Archie Shepp d’ouvrir le bal. Le coup d’envoi de la soirée donné vers 21 heures et 30 minutes a été marquée par une prestation aux trois coups de saxophone, donnée par Archie Shepp en personne. Ensuite, ce fut l’apparition sur scène des quatre musiciens de la troupe des «Gnawas», dirigés par le Maâlem Abdallah El Gourd. Ces derniers ont vite fait d’entrer en action en compagnie des 4 instrumentistes de Archie Shepp-Quartet. Les huit musiciens commencent par interpréter «Main Street Medina». Il s’agit d’un morceau où domine la musique traditionnelle des Gnawas. Il y avait un mixage entre les sons produits par le «gombri», dont le maître-d’œuvre n’est autre que Abdallah El Gourd. Des «Karkabas», instruments traditionnels des Gnawas étaient aussi de la partie. Abdelkader El Khlyfy, Khaled Rahhali et Noureddine Touati, joueurs des «Kerkabas» ont su créer un mixage entre les sons de cet instrument et ceux de la guitare basse, du piano et du «drums». La deuxième composition de cette soirée, «Suite Blue» est reproduite, grâce au même mixage. Le saxophone y a joué un rôle de premier plan, grâce au talent d’Archie Shepp qui s’est produit comme son maître John Coltrane. Malgré un problème de mixage de sons qui n’a cessé de se répéter tout au long de la soirée et qui a vu le saxophoniste faire des va-et-vient pour améliorer la synchronisation entre les instruments et les sons du matériel, cette deuxième composition a reproduit tous les rythmes du jazz ancien et de la musique Gnawa. * Une prestation corporelle Dans la deuxième partie du concert, les huit musiciens ont reproduit trois compositions. «Groove Mosso» et «Dwan of Freedom», les deux premières compositions de cette partie ont été des plus reluisantes. La première, beaucoup plus rythmée, a vu le jeune Noureddine Touati se livrer à des gammes de danse traditionnelle purement «Gnawa». Il a dansé tantôt en sautillant, tantôt en exécutant des mouvements de déplacement assis par terre. Une prestation corporelle et scénique qui lui a valu un tonnerre d’applaudissements du public venu moyennement nombreux. Outre ces compositions rythmées, le duo a signé un troisième morceau aux sons très romantiques «Kindred Spirits», titre de cet avant-dernier morceau de la soirée, qui a embarqué l’assistance dans des sons du «Gnawa» et de consonances douces du jazz de la côte-ouest des Etats Unis. Le soirée a été clôturée par Archie Shepp qui, en compagnie, de ses musiciens, a interprété une composition de blues rythmé qui a mis de nombreux jeunes sur leur pied de danse. Fruit d’une collaboration qui a abouti à la production d’un album intitulé «Kindred Spirits», à «Dar Gnawa» en 2005 au Maroc, ce concert a nécessité une longue préparation des deux groupes. Et il était loin d’être une déception. Ousmane WAGUE


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com