Festival International de Carthage L’«Immeuble Yacobian» : ses messages et … ses incidents





Malgré l’événement Mariah Carey, la projection, samedi dernier, à l’Amphithéâtre romain de Carthage de “L’Immeuble Yabobian”, une réalisation de Marwan Hamed, a drainé un public fou. Mais un incident technique à répétition a laissé le public cinéphile sur un goût amer. Encore, une nouvelle fois, le public du Théâtre romain de Carthage qui a fait le déplacement en masse, a été désagréablement surpris par une triple panne technique, vers la fin de la projection de ce film. Cet incident a créé une clameur collective chez les cinéphiles qui ont sifflé et hurlé longuement pour manifester leur colère. Cet incident n’est d’ailleurs pas une première à Carthage, puisque lors de la soirée d’Archie Shepp, le public mélomane a été désagréablement surpris par la mauvaise sonorisation. Après plus de 40 ans d’existence, les organisateurs du Festival International de Carthage, dont l’aura dépasse nos frontières, devraient prendre toutes les dispositions nécessaires pour que de tels événements malheureux ne se reproduisent plus. Il en va d’ailleurs-même de son prestige. Pour parler de “L’Immeuble Yacobian”, ou “Emarat Yacobian”, ce film qui a fait couler beaucoup d’encre et de salive braque pleins feux sur une société égyptienne en ébullition. Où l’être et le paraître se côtoient et le modernisme contraint la société traditionnelle bourgeoise jusque dans ses derniers retranchements. Le scénario du film est percutant. Il met aux prises plusieurs acteurs enfantés par des mutations de haute intensité qu’a subies la société égyptienne durant ces dernières décennies. D’un côté, la bourgeoisie traditionnelle est représentée par un architecte aristocrate, propriétaire de plusieurs appartements dans la capitale qui est livré à un combat perpétuel pour son maintien dans la nouvelle reconfiguration sociale. D’autre part, une classe de femmes intellectuelles branchées sur la civilisation occidentale, est représentée par Yosra et qui tente de se réfugier dans son conservatisme et garder ses traits culturels et artistiques hérités du monde occidental. Ces deux couches sociales font face, en effet, à une autre classe sociale moyenne, mais majoritaire, dont les clichés sont revivifiés par Hend Sabri, l’actrice tunisienne et Nour Chérif. Ainsi, “L’Immeuble Yacobian” met à nu les tares de chaque couche sociale. Outre les problèmes d’héritage qui secouent les membres des familles bourgeoises, on assiste dans cette même couche, à l’apparition des phénomènes sociaux des plus déviants : telles l’infidélité, l’homosexualité, entre autres. Dans les couches dites moins aisées ou pauvres, les filles sont livrées parfois, à la prostitution, tandis que les garçons sont tentés par l’intégrisme et toutes sortes de marchandage, au nom de la survie. * Objectivité ou trahison “L’Immeuble Yacobian” livre un cliché juste et objectif sur une société égyptienne en proie à des mutations profondes. Ce film, interprété par Adel Imam, Nour Chérif, Yosra et Hend Sabri, est un témoignage poignant et percutant sur une société où tout n’est pas juste, mais où chacun prétend et croit rendre justice à sa manière. Le film braque également pleins feux sur les pratiques de certaines couches de la nomenclature égyptienne disposant d’un pouvoir social indéniable. Cette couche s’offre, en effet, le maximum d’autorité et d’obéissance des pauvres. Ces derniers sont tentés aussi de façon spontanée par une récupération, sans doute, des idéologues islamistes. D’ailleurs, certains critiques de ce film n’hésitent pas à présenter les jeunes issus de cette couche comme une véritable bombe à retardement. Projeté lors de la dernière session du festival de Cannes, ce film a forcé, à la fois le respect, et l’admiration, mais également fait l’objet des critiques. Du respect et de l’admiration, parce que le film a osé montrer du doigt la crise interne d’une Société confrontée au “coût du progrès social”, selon l’expression de George Balandier avec une objectivité rare. Des critiques, car “L’Immeuble Yacobian”, a brisé un tabou social et a mis à nu des scènes osées où la pudeur a été offensée. Ce qui suscite un mécontentement dans une société conservatrice comme celle égyptienne. Cette situation, Hend Sabri a osé la représenter. Un rôle qui n’a pas plu à de nombreux cinéphiles tunisiens qui ont hué l’actrice tunisienne. Par ailleurs, dans ce film, l’on a vu aussi des jeunes se livrer à des entraînements, dans un camp supposé former des terroristes. Est-ce là aussi un cliché qui représente toute la société égyptienne et arabe? Sans doute non. Le réalisateur de ce film aurait, dans cette tentative de décryptage de la société égyptienne, présenter les faits avec des soubassements objectifs” au sens de l’objectivité scientifique voulue par Gaton Bachelard. Seule cette démarche permet de saisir, en profondeur, les mutations actuelles de la société égyptienne, de la façon dont prétend présenter le réalisateur de “l’Immeuble Yacobian”. Ousmane WAGUE


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com