Faouzia Zouari / Youssef Seddik : La toile métissée





Invités par l’Institut français de Coopération, les deux écrivains tunisiens, Faouzia Zouari et Youssef Seddik qui ont choisi de vivre en France, nous ont raconté, samedi dernier à la Médiathèque, Charles de Gaulle, leur traversée d’intellectuels. Avec beaucoup plus d’anecdotes que d’intérêt général. “Je remercie ce public distingué qui s’est déplacé en grand nombre malgré qu’il y a du foot dans l’air (Le Mondial 2006 ndlr). Ceci explique la popularité de Youssef Seddik qu’on a déjà accueilli l’an dernier avec enthousiasme. On parle beaucoup ces jours-ci de cet homme, de ses idées et de son intelligence”, a notamment dit, en guise d’ouverture de la rencontre, François Georges Barbier, le directeur de la Médiathèque de l’avenue de Paris Tunis. L’auteur de “La Retournée” (paru récemment dans les éditions Ramsay-France en livre de poche), la romancière Faouzia Zouari qui “préfère faire des confidences que des conférences”, nous a mis tout de suite en appétit pour parler de l’acte d’écrire quand on a choisi l’exil. Madame est une émigrée qui vit depuis près d’un quart de siècle en France. Et elle affectionne autant son pays d’origine où elle a laissé toutes ses racines que son pays d’adoption et d’ouverture la France. Elle est issue d’une famille maraboutique et conservatrice de la région du Kef. Pour elle, francophone et universitaire, “le problème d’intégration ne se pose pas. Comme il est le cas des beurs (jeunes arabes arabes issus de la première et seconde génération d’immigrés en France, en langue verlan) d’aujourd’hui”. Elle affirme qu’elle n’a pas “de cri d’identité. Et quand les racines sont fortes, aucun problème identitaire ne se profile”. Pour Youssef Seddik, c’est toute une autre histoire. C’est l’étudiant des années 1960 qui aimait “s’amuser à jouer aux pavés” comme tout le monde. Et il a eu sa “dose de correction” en suivant les émeutes de mai 1968. Mais qu’à travers la parole, il a été accepté. La parole de Verlaine et autres penseurs de l’Hexagone. “Mais j’ai été le premier à inventer à l’époque le rap acoustique et toute la cellule de se mettre à chanter “Ce n’est qu’un début ... Abat l’Etat policier. Ce n’est qu’un débat continu ..”. “Mais au moment de notre libération, un des gardiens m’a posé la question. Vous ne chantez plus Youssef? Et là j’ai compris que même chez un nazi on trouve un peu d’humanité”, se souvient l’auteur de “Qui sont les barbares?”, paru en 2006 dans les éditions de Cérès-Tunisie. Mais en égrenant ses souvenirs, il n’a pas manqué de nous raconter des blagues tout en humour. Et d’aborder enfin le sujet de la lecture du Coran. Avons-nous le mérite de le comprendre? Ceci il l’a dit, expliqué et amplement dans son ouvrage “Nous n’avons jamais lu le Coran”. Un livre fondé qui a été salué par plusieurs critiques. Youssef Seddik qui aime se définir comme le marxiste de 68 et de toujours, a évoqué la pauvreté et le désert de la lecture chez nos jeunes. Pour nos deux écrivains le fait d’écrire c’est donc pas se taire. C’est aussi éviter le silence. Les deux invités ont tracé des lignes dans l’alphabet d’une langue étrangères et cherché des mots dans les mots des autres, dans “l’hospitalité littéraire” qui a accueilli des rythmes fougueux et des échos qui viennent et reviennent de chez eux. C’est dans une terre littéraire qui n’est ni française ni tunisienne que les Faouzia Zouari, Youssef Seddik et tous les autres arrivent à dénoncer, déplorer et capter les traces de leurs origines, où on lit entre les lignes une certaine dette, réconciliation, fuite, deuil. C’est en fait tout ça cette langue de l’autre. La langue de deux rives. Un langue métissée qui dit la blessure, l’éloignement, les retrouvailles. Et qui continue à bruire à travers les fils tressés de la mémoire aux mille moires et qui souffle l’inspiration d’un côté et l’émancipation de l’autre. Dans leur écriture, il y a certes de la force mais aussi de la faiblesse. D’un entre deux. Et dans une position (ou imposition) parfois peu confortable. Le débat de samedi a manqué de teneur. On aurait aimé voir un Youssef Seddik parler plus crûment de ce qui ronge notre société orientale de l’intérieur. Car c’est ça l’intérêt de le rencontrer. De toutes les façons, personne n’a osé lever le doigt et lui poser une foule de questions. Comme ce mouvement réformiste réussi aux temps de Tahar Haddad. Taha Hussein et autres Ahmed Amin et qui n’arrive pas aujourd’hui à s’implanter avec, en contre-poids, l’influence de penseurs traditionnalistes pour ne pas dire fondamentalistes. Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com