Festival international de Carthage 2006 : Des samouraïs sur les traces de Hannibal





Un spectacle grandiose qui puise ses références dans la pure tradition du Théâtre japonais Nô est à l’affiche de l’ouverture de la 42ème édition du Festival international de Carthage. Depuis des années, la tradition a voulu que le spectacle d’ouverture de Carthage soit un «made in Tunisia». Mais cette année et devant le désistement de nos artistes, la direction de la 42ème session du Festival international de Carthage a dû faire appel aux «samouraïs» pour sauver Carthage. Un choix qui a effiloché la sensibilité de quelques «conservateurs» qui tiennent , fortement, que l’ouverture de cette manifestation référentielle soit tunisienne à 100%. Avec l’échec de «Zaza» l’année dernière et en l’absence d’une œuvre qui mérite d’ouvrir le bal sur la scène de Carthage, la solution est venue d’ailleurs, de loin… et plus précisément du pays du Soleil Levant. Le 13 juillet, date d'ouverture du festival, le soleil nippon éclairera l’amphithéâtre romain de Carthage. Certainement, il y aura de l’orage dans l’air et Raouf Ben Amor sera appelé à défendre son choix et de faire face à des critiques qui finiront par s’étioler pour la simple raison que le spectacle d’ouverture est métissé; un spectacle où la compétence tunisienne s’est conjuguée au savoir-faire et à la tradition artistiques de l’Archipel. Ancien ambassadeur de Tunisie au Japon, M. Salah Hannachi n’a pu résister au charme qu’exerce le théâtre Nô et il n’est pas la seule «victime». D’autres heureuses victimes sont déjà sur la liste des amoureux du Nô qui reste l’un des célèbres styles traditionnels du théâtre japonais. Le poète Paul Claudel, ambassadeur de France au Japon en 1921, l’écrivain irlandais Yeats, prix Nobel de littérature en 1923, le metteur en scène suisse Armen Godel et d’autres créateurs dans le monde entier partagent avec M. Salah Hannachi cette passion pour le théâtre Nô. * Retour à la japonaise! Porté par cet amour et inspiré de ses séjours japonais et de ses rencontres avec des artistes nippons, M. Salah Hannachi a élaboré son «Hannibal»; une production qui reprend les techniques et la structure du Théâtre Nô. Dans cette pièce, M. Hannachi a suivi la même démarche menée par les metteurs en scène nippons. C’est l’histoire d’un professeur de mathématiques japonais passionné d’histoire qui a décidé d’aller visiter les sites retraçant les péripéties de la saga de l’homme d’Etat carthaginois Hannibal. D’un site à un autre, il s’est déplacé en quête de réponses à plusieurs questions qui n’ont cessé d’intriguer son esprit et voilà que ses efforts et sa passion ne sont pas tombés dans l’eau et il a été récompensé. Au clair de lune, presqu'à l’aube, Hannibal a fait son apparition comme dans un joli rêve. Côté structuration de cette pièce, M. Hannachi a tenu à respecter la pure tradition qui veut que la pièce repose sur quatre éléments fondamentaux: un cadre spatio-temporel bien particulier (le théâtre nô se déroule impérativement dans un lieu célèbre et au clair de lune), l’apparition d’un célèbre personnage ou d’une divinité et dans cette pièce c’est Hannibal qui apparait (Le Shite en japonais) rencontrant un témoin représenté dans cette pièce par le professeur de mathématiques (Le Waki), un moment de confrontation tragique où le Waki interroge le Shite sur son passé et pour finir, le débat tournera vers le présent, mettant l’accent sur les relations de coopération et d’amitié entre Carthage (La Tunisie) et Rome (L’Italie). Dans ce travail artistique qui offre une lecture dans l’histoire de la Tunisie et dans le parcours du grand Hannibal, M. Salah Hannachi a tissé son œuvre tout en se référant aux techniques de Waki Nô (Nô des dieux) et du Shura-Nô (Nô des guerriers). Mais parmi les autres impératifs de cette forme spéciale du théâtre japonais, figure la rencontre de deux unités de théâtre. Pour le spectacle d’ouverture de Carthage, le grand public aura l’occasion d’admirer la gloire d’Hannibal qui renaît de ses cendres pour voyager après avec Sumidagawa. Cette deuxième pièce relate l’histoire et la douleur d’une femme qui a perdu son enfant… Ecrasée par le chagrin, elle croise le Waki accompagné de prêtres qui commencent à réciter des chants pour consoler la mère; une production artistique qui obéit aux règles d’un genre bien particulier qui est le Nô des femmes folles. Ces deux pièces qui seront présentées sur la scène du Festival international de Carthage permettront aux Tunisiens de découvrir de près les spécificités du théâtre Nô, un théâtre bien codifié qui réunit plusieurs arts: la chorégraphie, la poésie, la danse, le jeu de masque… et la musique produite, essentiellement, par des instruments traditionnels comme le Ko-tsuzumi (tambour porté à l’épaule), le taiko (tambour avec des baguettes de cyprès) et le Fue (une flûte de bambou à sept trous). Un grand spectacle à découvrir puis à juger! Imen ABDERRAHMANI _______________________ Flashs • Le Nô aujourd’hui On compte, actuellement 1500 acteurs professionnels de Nô au japon appartenant à cinq grandes écoles: Kanze, Hosho, Komparu, Kita et Kongo. • Les six types de Nô Les pièces de Nô sont généralement classées selon six catégories: 1) Les pièces de dieux (Waki Nô), 2) les pièces de guerriers (Shura Nô), 3) le Nô des femmes (Kazura-Nô), 4) le Nô de femmes folles, 5) le Nô des démons (Kiri Nô) et le Okina/Kamiuta (une sorte de cérémonie religieuse qui applique les techniques du Nô).


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com