Spectacle : Au temple de la grâce nippone





Kikunokai - la camomille dans la langue de Voltaire, s’est épanouie au Théâtre Municipal de Tunis offrant à un public nombreux mille et une fragrances du pays du Soleil Levant. Un spectacle qui coupe le souffle ! L’horloge du 7 Novembre sonne déjà 19h00. Une trentaine de minutes avant la prestation de la troupe japonaise de la danse traditionnelle Kikunokai (la camomille en japonais), pas une place pour une aiguille. Tunisiens, Japonais, Français... Bref, un public de différentes nationalités a répondu présent à l’appel d’amour japonais. Le Premier ministre tunisien, M. Mohamed Ghannouchi, n’a pas loupé de sa part cette occasion pour confirmer la profondeur remarquable des relations entre la Tunisie et le Japon. Venue du Japon pour célébrer le 50ème anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre les deux pays, la troupe Kikunokai a réussi à captiver l’attention du public et lui faire oublier la canicule grâce à des tableaux chorégraphiques qui reflètent l'âme et la beauté d’un Japon splendide. L’hymne à la joie, le quatrième mouvement de la Neuvième de Beethoven, semble traduire, parfaitement, cette euphorie qui a régné au Théâtre Municipal dans cette soirée d’été japonaise. Pour commencer, quoi de plus insolite que cette ode d'amour, de paix et de bonheur ? Sur les notes d’une chanson Nagauta, cinq danseuses ont défilé dans leurs jolis kimonos aux chatoyants coloris, manœuvrant, joyeusement, leurs éventails. «Kotobuki Kikuy Sanba-Sô» est l’intitulé de cette chorégraphie qui traduit avec la grâce de la gestualité le souhait de vivre en paix, d’avoir une bonne récolte pour les agriculteurs et une pêche abondante pour les pêcheurs. Une plongée de charme qui a connu un virage de 180° sous le «Shakkyo» (Le pont en pierres) avec l’apparition des cinq lions. Classée comme l’une des pièces de référence dans la danse japonaise classique, «Shakkyo» repose sur une légende relatant l’histoire d’un lion qui pousse, fortement, ses lionceaux à devenir plus forts. Audace et énergie se sont croisées dans cette chorégraphie exécutée par cinq danseurs... On admire la beauté des costumes et des crinières rouges pour le loin et la lionne et blanches pour les lionceaux. Ils ont dansé avec fougue avec des fleurs de pivoine à la main, captivant les regards avec ces mouvements rapides, bien rythmés et saccadés des crinières et cette impressionnante danse du rouge et du blanc. Un cours accéléré d’humour, d’amour et de séduction a été l’axe du troisième tableau intitulé «La pêche aux femmes» dite en japonais «Tsuri Onna». Comment faire pour mettre fin à un long célibat et trouver une bonne et belle épouse ? Le seigneur et son serviteur Tarokaja ont choisi de prier du côté de la divinité Ebisu qui les a ordonné, dans le rêve, d’aller chercher une canne à pêche et de s’en servir pour trouver la femme souhaitée. Si le seigneur a réussi à avoir la femme de son rêve, une grande surprise a été à l’attente du serviteur ! Tirant sa canne à pêche, Torkajo, le pauvre est tombé sur une laide femme. C’est le destin ! Entre les tentatives de ce malheureux pour échapper de cette fatalité et les essais de l’heureuse mariée pour plaire à l’homme de sa vie, a oscillé ce tableau qui a réussi à dessiner un grand sourire sur les lèvres. Alors qui a dit que les Japonais manquent d’humour ? * Encore des histoires à raconter A l’Archipel, il y a toujours des histoires à raconter et des mystères à découvrir. Pour la deuxième partie de la soirée, le public a eu droit à des tableaux qui racontent les péripéties de cette histoire d’amour entre les Nippons et la mer. Pour embarquer dans cette deuxième partie de l’aventure, les danseurs de la troupe Kikunokai ont choisi «Umi Haruka Nippon Wa Odoru» (Danse du Japon, loin à travers les mers) ; un spectacle qui retrace les différents styles de danses et musiques dans les divers coins et recoins de l’Archipel. Le mercure continue à monter grâce à cette trentaine de chorégraphes dansant avec enthousiasme, passion et zèle sur la prestigieuse scène du Théâtre Municipal de Tunis. Dans cette ambiance chaleureuse, une douce brise est venue rafraîchir l’atmosphère avec des «Sarashi» (tissus blancs) à la main, les danseuses ont bougé comme des vagues déferlantes. «Arashi No Jokyoku» (Prélude à la tempête) peut être une vraie aquarelle représentant le combat des pêcheurs pour survive et surpasser les houles de la tempête. Dans ce même regard, les chorégraphes de Kikunokai ont fêté le retour des pêcheurs de Hokkai à travers un tableau intitulé «Hokkai Tairyo Bushi»; une chanson et une danse traduisant la joie intense de revenir avec une pêche abondante. D’autres chansons et danses dédiées à la nature comme «Nanbu Tawaratsumi Uta» (Chanson de balles de riz) qu’on exécute pour souhaiter une récolte abondante et «Kaigara Bushi» (La danse de parapluie), une danse exécutée, au début, comme une prière pour attire les pluies durant les périodes de sécheresse. Entre ces expressions corporelles et ces musiques et chants présentés en direct grâce à ces tambours de diverses tailles comme le O-daiko (le grand tambour), le chû-daiko (le moyen tambour), le shimé-daiko (le tambour serré à cordes) dont les rythmes se sont conjugués aux sonorités de la flûte et aux claquements joyeux des geta de bois chaussés par les danseuses qui ont fait un vrai défilé de costumes traditionnels nippons. L’amour ne peut pas être absent dans ce genre de rencontre... Et les danseurs de la troupe Kikunokai ont été au rendez-vous pour tisser avec la grâce des gestes et la beauté des costumes des histoires d’amour «Tout feu, tout flamme». Deux tableaux ont été le cœur battant de ce spectacle. «Tsugaru Aiya Bushi» (chanson Aiya de la région de Tsugaru), une danse exécutée à l’aide des parapluies symbolisant la passion des hommes et des femmes et «Awa Odori» (Danse d’Awa) où la sensibilité des femmes s’est conjuguée au dynamisme des hommes surtout quand la célèbre «Yoshikono Bushi» est chantée. Une soirée mémorable qui s’est achevée en beauté avec l’image de ces chorégraphes dansant sur les applaudissements d’un public exalté ! Imen ABDERRAHMANI ___________________________ Flashs * Un joli spectacle s’est déroulé, parallèlement, dans la salle du côté du public avec ces éventails japonais qui ont été distribués par l’Ambassade du Japon en Tunisie. Absorbé par le charme de ce spectacle, l’assistance a rythmé la manœuvre des éventails sur les rythmes de la musique. * La fondatrice du groupe Kikunokai, Mme Michiyo Hata s’est absentée de cette tournée. Le leader de cette troupe dans son allocution de bienvenue a signalé que l’absence de cette pionnière de la danse est due aux problèmes de santé. * Les chorégraphes du Kikunokai se sont formés, dès leur jeune âge, dans cette troupe qui a été créée en 1972. Pour la première fois en Tunisie, cette troupe rentrera au Japon avec des jolis souvenirs tunisiens. Notons qu’avant ce rendez-vous tunisien, Kikunokai a donné deux spectacles au Maroc. Actuellement ils ont débarqué en Algérie avant de rentrer chez eux pour s’envoler par la suite en Chine pour d’autres concerts. * Lors de cette soirée, le public a découvert plusieurs genres de kimono comme le Hakama, un kimono en deux pièces pour les hommes, le Monpé, une sorte de pantalon et le Happé, un petit kimono que portent les joueurs des tambours.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com