Union des Artistes plasticiens tunisiens : Pour une peau neuve





La rencontre annuelle de l’Union des Artistes Plasticiens Tunisiens (UAPT) a eu lieu les 1er et 2 juillet à Hammamet dans un hôtel de la place. Les 104 présents des 400 adhérents de l’Association ont déballé pour la énième fois leur malaise. Malgré les quelques rituels débordements, le débat était à la fois corsé et constructif avec des propositions et autres idées nouvelles. Enfin... de la maturité. Des artistes pas comme les autres et «peu considérés par leur ministère de la Culture et de la Sauvegarde du Patrimoine». Pas assez d’argent pour même imprimer le catalogue de l’exposition annuelle. Les affiliés de l’association, souvent désunis, n’ont plus de poids et râlent. La situation est grave et c’est le moins qu’on puisse dire du bilan de l’année. L’heure est donc à la vérité et il n’y a que la vérité qui compte dorénavant. Une prise de conscience, et le débat qui s’est étiré sur de longues heures était loin d’être fade ou plat et c’est tant mieux ainsi. Les quelque 104 artistes plasticiens, toutes tendances confondues, ont mis toutes les cartes sur table. Les lacunes se multiplient et la colère de s’écumer au fil des jours rendant impossible la continuité de quelques activités de l’Union de quelques activités de l’Union, privée même d’un espace digne de son statut. Il est donc grand temps de revoir en profondeur ce qui marche et ce qui ne marche pas. Quitte à ne plus compter que sur soi et déclarer l’indépendance totale puisque tous les appels m’ont en définitive, abouti à nulle part. Mongi Maâtoug qui a pris les commandes de l’Union depuis janvier dernier succédant à Sami Ben Ameur, n’a pas caché son regret en déclarant que l’Association est dans une impasse et qu’il est temps de mettre tous les points sur les «i» et de parler franchement. Car il n’y a plus rien à cacher. «Nous tournons en rond et dans un cercle vicieux. Rien ne va dans l’Union. Nous avons des problèmes d’ordre matériel et nous n’avons même pas le droit de rêver ni d’un espace à la hauteur de notre image réelle, ni de subventions. Le fait de ne pas pouvoir éditer le catalogue de l’exposition annuelle de 2006 nous affecte. Nous avons pu extraire un CD de cet événement afin de laisser au moins une trace. Il faut aussi avouer et le dire ouvertement que les artistes plasticiens ayant vendu leurs travaux n’ont pas respecté le minimum et donné les 5% de la valeur de leurs tableaux. Pour l’année 2007, le bureau a vu juste d’éviter l’éparpillement dans les espaces et nous allons nous contenter d’un seul. Le Palais Kheïreddine de la mairie nous suffira. Peut-être aussi nous annexerons celui du Belvédère et pas plus. Nous allons donc sélectionner 150 œuvres avec des formats précis en tenant compte de la qualité et du thème. Et que le meilleur travail émerge. Ces œuvres doivent être prêtes et mises à la disposition de l’Union avant au moins cinq semaines afin de pouvoir préparer le catalogue pour le jour du vernissage», a notamment dit le professeur Maâtoug qui a trouvé des difficultés aussi dans la sponsorisation. Il était entouré de Abdelaziz Krid, Sami Sahli et Moncef Naouar. * «Réveillez-vous et arrêtez de rêver» Afin de changer la physionomie générale de l’association, le président de l’Union a proposé de doubler le tarif d’adhésion de dix à vingt dinars pour pouvoir faire face à la situation financière endémique qui persiste depuis toujours devant un marché fermé ou accaparé et ne plus compter sur les promesses stériles. Le professeur Habib Bida est allé encore plus loin en déclarant la non utilité de l’exposition annuelle et l’Union doit tourner vers autre chose et il en a la recette. «L’exposition est l’affaire de l’Etat. C’est écrit dans la loi et il faut que vous connaissiez ces lois qui disent que le ministère et lui seul est responsable de l’organisation de l’exposition annuelle», a-t-il soulevé. Et d’ajouter que les affaires sont devenues de copinage et de complaisance. Et que le comité responsable de «voyager de par le monde avec les œuvres de Bousandal, Maâtoug, Hicheri, Bida, Ben Ameur... et pas avec celles des artistes qui n’ont rien à voir avec l’art mais qui profitent grandement du ministère». «Nous déclarons notre autonomie totale. Nous devons nous détacher de ce ministère qui ne veut pas nous adopter. Ce ministère qui doit normalement nous donner le coup de pouce et sensibiliser municipalités, gouvernorats et banques pour l’acquisition de nos œuvres. Il est temps de lever notre tête», a-t-il ajouté. L’intervention a été saluée par les présents et Habib Bida de proposer quelques mets pour réussir autrement. Comme la collaboration à longueur de l’année avec les galeries qui foisonnent un peu partout. Pour les Amor Ghdamsi, Mohamed Majoub, Mahmoud Gafsia, Ali Fakhet et les autres intervenants, il est temps de se souder les coudes, de se tenir la main dans la main et d’affronter «comme des grands» la situation, et ne point démissionner et d’avoir surtout les pieds sur terre. Quant à l’artiste Rouma, elle est pour le «développement d’une vision, d’une subversion par rapport à notre état d’âme artistique et dire, la tête haute, que l’art existe pour signifier quelque chose et pas pour le vendre au moindre prix. Depuis une trentaine d’années, chacun bosse pour sa propre paroisse et pas pour l’intérêt collectif. Nous sommes aujourd’hui isolés. Nous devons nous réveiller et qu’on arrête de rêver». Et surtout de ne pas continuer à pleurnicher sur son sort et à quémander sans cesse de l’argent à un ministère qui ne fait que rabaisser cette Union, parente pauvre des arts et des artistes. Ces heures de vérité, pénibles à écouter n’ont pas fait oublier aux artistes plasticiens de rendre hommage aux Bellagha et autres Chetoui qui nous ont quittés, il n’y a pas très longtemps. Et d’égrener des souvenirs et quelques moments de leur combat. Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com