Inès Rachek : Miracle sur toiles…





Après avoir effectué une tournée dans «Le Monde d’Inès», on en sort épanoui, joyeux et léger. Très léger, telle une plume. C’est exactement ce qui se dégage du travail de cette artiste. Du bonheur, du bonheur et encore du bonheur et c’est à l’œuvre qu’on connaît le personnage. A voir la soixantaine de tableaux de divers formats (peinture sur verre et surtout sur toile), exposés chez la cinéaste Fatma Skandarani en attendant d’être accrochés au Diwan Dar El Jeld à partir du 7 juin 2006, on ne peut que féliciter l’artiste et nous féliciter cette nouvelle griffe. Une griffe bien à elle qui ne risque pas d’être imitée ou falsifiée. Curiosité oblige et il nous a été impossible de ne pas aller fouiner dans l’univers de cette jeune artiste que, jusque-là, n’a eu que quelques timides apparitions dans des expositions collectives. «J’ai besoin d’un studio, quoi, un petit espace pour pouvoir les placer...», racontait la cinéaste au téléphone alors que nous regardions «Le Monde d’Inès», (titre de sa première exposition personnelle). Nous étions repris par la magie de ces tableaux peuplés de joie et qui ressemblent à un jardin. Jardin d’Eden. Ici, des natures mortes, les tiges de fleurs sont interminables et sans épines. Les pétales ressemblent à des oiseaux qui volent de partout et dans tous les sens. Drôle d’oiseau, qui peut avoir trois, quatre ou plus pattes, qui marche sur terre ou qui vole dans un espace libre. Mais jamais tout seul. Il est souvent en famille. Bien encadré et grandement choyé. Dans d’autres toiles, il y a des figurines. Qui ressemblent à des petits monstres. Mais des monstres gentils comme des anges qui nous inspirent confiance. Dans d’autres, il y a un autoportrait très aimable, une photo de famille bien affectueuse et tendrement unie. Puis il y a la mamie qui fait sa prière... et le petit coin chéri, son petit espace bien garni... Sur les verres, Inès a mis des points et des taches qui perlent en plusieurs sens créant des strates ressemblant à un rideau de pluies ou de lumières qui éclairent notre être et nous mettent de l’eau à la bouche pour regarder ou plutôt contempler ces corbeilles et ces récipients. Les premières remplies de raisins de couleurs hors du naturel et les seconds pleins de couscous et ingrédients. Tout est fait avec amour. Et avec tant de générosité. Au point de dépasser les cadres. Et les couleurs de baver... baver à l’infini. Car Inès ne connaît pas le terme limite. Surtout dans ses sentiments. Elle est loin d’être avare. Ce qu’elle n’arrive pas à dire facilement, elle le met en couleurs et sur toile. L’artiste est d’apparence silencieuse mais sa joie est immense. Et elle nage dans le bonheur. Eblouissant son monde ! Un carré tout chatoyant. Des couleurs vives. «Chez elle tout est joie, même si c’est triste et acide», nous réveille subitement de sa voix la cinéaste qui a terminé sa communication. Comment avez-vous découvert cette perle d’un brut incroyablement vrai ? Réponse de Fatma Skandarani : «Il y a trois ou quatre mois, je l’ai croisée dans une kermesse, dans son stand. Elle était accompagnée de sa mère et vendait son livre à images, qui coûte un peu cher autour de 50 dinars : J’ai feuilleté cet «album». J’ai aimé et acheté. Le plus important c’est que le courant est vite passé et j’ai énormément sympathisé avec la maman. Inès m’a dédicacé le bouquin et n’a pas oublié de mettre son numéro de téléphone portable. Et ça y est c’est parti !». C’est ainsi que Fatma Skandarani a tissé des liens d’amitié avec la famille Rachek. Cette dernière lui a tout raconté son le combat contre la mort. Et dans les détails. Inès a aujourd’hui 23 ans mais elle paraît beaucoup moins. Elle fait très jeune et loin de refléter son âge réel. Car sa croissance s’est arrêtée à l’âge de dix ans. La fillette est atteinte d’une maladie rare qu’on appelle «noonan». Encore au berceau, la petite qui ne cessait de perdre du poids inquiétait ses parents et son entourage. Et pour la sauver, il a fallu que son père et sa mère vendent tout ce qu’ils possèdent. Car voir leur enfant chérie souffrir était insoutenable et il fallait la sauver, et peu importe le prix à payer. Destination : l’Hexagone, où les «blouses blanches» se sont ruées vers la petite. Une intervention à cœur ouvert était d’urgence. Et la petite a survécu. De retour à Tunis, l’enfant si fragile accapare l’amour de ses parents. Qui n’ont pas tardé à la choyer lui faisant oublier ses multiples handicaps. D’ailleurs, elle est tellement heureuse qu’elle ne voit de la vie que des couleurs. A l’âge de 16 ans. On découvre sa passion pour le rose, le bleu, le vert... Inès s’y plaît énormément et a comblé le vide de son temps par le remplissage du blanc. Inscrite à Dar El Founoun, un club de dessin à Sfax, sa ville natale, l’adolescente a démontré son talent d’artiste. Ayant le flair, les Abdelaziz Lahsaïri, Ahmed Masmoudi, Mohamed Ben Ayed ont tout fait pour l’encadrer. Devant eux une enfant pas comme les autres et surdouée au point de les dérouter par l’agencement de ses motifs étonnants et versatiles. Résultat : des travaux extraordinaires. Encore plus vifs plus frais et moins fanés que ceux de Ahmed Hajeri, à titre d’exemple. Chez elle, tout baigne dans l’innocence, la spontanéité et la joie de vivre. Et elle s’agrippe. Fermement. «Il faut la voir peindre et voir comment elle tient le pinceau. Ses doigts s’y accrochent avec une heureuse tenacité», nous dit la cinéaste, qui n’a pas pu cacher son enthousiasme. Pour elle c’est la grande découverte. Et c’est une chance de l’avoir croisée. Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com