Anis Lassoued : «Le cinéma tunisien doit s’ouvrir sur le monde»





Anis Lassoued était parmi la délégation tunisienne qui a participé au festival de Cannes. Dans ce raccourci, le réalisateur du court métrage «Sabba Flous» nous parle de ses impressions et dresse le bilan de la manifestation. Un jeune réalisateur, pour la 1ère fois, à Cannes à la montée des marches. Est-ce flattant ou frustrant? J’étais à Cannes pour la première fois avec les réalisateurs de 10 courts métrages. Ce n’est pas donné. C’est même flattant de vivre cette belle expérience. Mais il ne faut pas se leurrer. Car c’est très exactement à la montée des marches, sur le tapis rouge dressé (et non pas bleu pour d’autres participants) que des questions nous traversent l’esprit. Et l’on se dit: L’euphorie… et après. Après s’être pris de l’euphorie d’être à cette grande manifestation on commence à se demander si on mérite vraiment ce privilège. Est-ce qu’on est à la hauteur de cette manifestation. N’y a-t-il pas d’autres personnes qui la méritent plus?… D’aucuns pensent que l’organisation du côté du ministère de la Culture n’était pas satisfaisante. Qu’en dites-vous? Nous étions presque 70 Tunisiens à participer à cette manifestation. La présence nationale importante est déjà un point positif à relever. Sans oublier le fait qu’on nous a réservé une soirée nationale. Mais l’on se demande si la participation tunisienne a été préludée d’une stratégie. Le stand tunisien dans ce grand marché du film n’existe pas. On a pris le bureau de l’Organisation du cinéma du monde pour une journée mais cela ne suffit pas. Pourquoi notre drapeau n’a pas été déployé comme c’est le cas du Maroc ou de l’Algérie qui ont leur propre stand. Des réalisateurs tunisiens et des comédiens se sont rendus à Cannes; mais pourquoi pas donc des techniciens. J’estime que sans mon équipe, je n’aurais pas pu faire ce film. J’aurais bien aimé voir à Cannes: Kahena Attia, Hachemi Joulaq, etc. Où sont les producteurs? Personnellement, j’ai dû distribuer moi-même des prospectus sur mon film et de placarder des affiches rappelant la date de sa diffusion. J’ai invité à la projection du film des journalistes, des producteurs, des responsables TV pour les séduire. J’ai distribué une trentaine de DVD, bien que cela ne relève pas de ma tâche. Avez-vous profité de cette aubaine qui s’est présentée à vous? J’ai échangé ma carte de visite contre d’autres. J’ai même épuisé le stock de 50 cartes que j’ai ramenées. J’ai proposé mes projets de scénarios aux personnes concernées. Et surtout mon film a été regardé par des spécialistes, puisque le festival de Cannes est une manifestation consacrée aux professionnels du cinéma uniquement. Est-ce que le cinéma tunisien a sa place sur la scène internationale? Aujourd’hui on a un cinéma tunisien jeune qui traite de plusieurs sujets tabous plus simplement. Par tabou je veux dire politique et sexuel. Mais notre manière de traiter ces sujets est en décalage par rapport aux autres pays. Il reste beaucoup à faire dans notre langage pour fuir le cinéma académique tel que concocté par l’ancienne génération de réalisateurs tunisiens: Nouri Bouzid, Moufida Tlatli, etc. On doit dépasser cette image exotique de la Tunisie devenue classique aux yeux des étrangers. On doit s’ouvrir sur le monde, voyager pour voir d’autres expériences et surtout pour prendre de la distance par rapport à ce que nous faisons. C’est bien votre cas, n’est-ce pas? Tout à fait. J’en suis fier. J’ai été au Japon pendant quelques années. J’y suis rentré avec une caméra et des idées plein la tête. Je n’ai ramené ni une voiture, ni un compte bancaire. Est-ce que «La moisson magique» (Sabba Flous) a eu sa place dans les festivals internationaux? Début mai j’ai été au Festival d’Oberhausen en Allemagne. C’est le Goethe Institut qui m’a offert le billet. Mon film a été projeté trois fois dans une salle principale. J’ai été interviewé par la chaîne «Kika». Mon film a eu sa part du gâteau mais était en bas de l’échelle par rapport à 120 autres. Pour Cannes, j’estime que c’est un festival de longs métrages. Les amoureux du cinéma ne viennent pas voir les courts métrages, bien que les films tunisiens ont fait le plein dans une salle de 280 places. Le film sera, du 5 au 14 juin, à la 22ème édition du «Festuoia Portugal» à la compétition officielle. Fin juin, il sera au «Moon danse USA», à Holywood. J'ai en gestation les projets d’un documentaire filmé au Japon, «La Mongolfière», un court métrage «Les chaussures de l’Aïd». Pour le long, il sera «Inshallah» pour l’année 2007. Mona BEN GAMRA


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com