A Tunis Rire aux larmes, mode d’emploi





On commence par applaudir, parler en Gibrish, jouer comme des enfants, s’étirer et respirer profondément. Rien que cela pour simuler le rire et s’éclater. C’est tout simplement par ce yoga du rire qu’on guérit l’âme et qu’on se réconcilie avec soi-même. Il suffit de voir et d’écouter le Dr Kataria, le fondateur de la paix par le rire pour comprendre que le rire est l’antidote de la dépression et que le rire connecte les peuples. Tunis - Le Quotidien C’est une conférence de presse pas du tout comme les autres que celle qui a eu lieu hier à Tunis. Elle est spéciale parce qu’il faut rire. Chacun doit le faire à chaque fois que le Dr Madan Kataria le suggère. Il est Indien et il est le fondateur du mouvement international de la paix à travers le rire. D’ailleurs, il n’hésite pas à s’adonner à cette joie de rire tout au long de sa rencontre avec les journalistes mais aussi les étudiantes qui sont venues pour découvrir ce qu’est le yoga du rire. Le Dr Kataria et son épouse sont accompagnés par Dalila Ghariani qui essaie depuis une année de réconcilier les membres de son club de rire avec eux-mêmes : “il y a la guerre dans le monde parce que nous sommes en guerre avec nous-mêmes”, souligne le Dr indien. Son invention remonte à 1995. A cette époque, des recherches effectuées en Europe montrent que le rire renforce le système immunitaire et permet de combattre le stress. C’est l’antidote de la dépression. Mais ce qui a été une découverte pour le Dr Kataria et pour la plupart des gens c’est que rire ou simuler le rire, est du pareil au même. C’est -à-dire que pour le corps humain, l’effet est absolument le même. Pour lancer le premier club de rire, le Dr indien a fini par se rendre à une évidence : les blagues ne sont pas une bonne affaire et ne font pas rire tout le monde. C’est après avoir lu un livre sur l’effet des émotions sur la santé que le fondateur du yoga du rire a proposé à ses amis autour d’un bon rire et voir ce que cela donne. Aujourd’hui, les clubs de rire qui ont commencé avec cinq membres regroupés autour du Dr Kataria, sont au nombre de cinq mille répartis sur une quarantaine de pays. * Des étapes différentes Pour rire dans ces clubs sympathiques et originaux par définition, on passe par des étapes. Pratique jusqu’au bout des ongles, le Dr Kataria fait l’expérience et soumet les journalistes qui sont présents aux différents exercices. D’abord, on fait un échauffement. Il est destiné principalement aux personnes timides ou inhibées. Ce sont des applaudissements qui stimulent le rire. Dans cette première étape, on embrasse une nouvelle culture. C’est le langage Gibrish qui n’a au fait aucun sens. C’est la langue propre aux enfants. Et tout le monde est en train de rire aux larmes. Un incroyable effet : “avec le rire, on devient quelqu’un d’autre. La transformation est totale”, affirme Dalila Ghariani. Ensuite, tous les présents passent à une vitesse supérieure. Place maintenant à la deuxième étape de la respiration profonde. On lève les bras et on s’étire. En les baissant, on rit. C’est magique pour l’apport en oxygène. Au sujet de l’oxygène, il a été signalé par un scientifique qui a obtenu le prix Nobel, que toutes les maladies sont dues à un manque d’oxygène dans l’organisme. Ce qui est valable pour les cancers. Après ces étirements, c’est le moment de jouer comme des enfants. D’ailleurs, les mômes rient quatre cents fois par jour. Les adultes n’en sont qu’à quinze rires si jamais ils y arrivent. La chance chez les enfants c’est qu’ils rigolent en jouant sans avoir besoin de scénarios. Ce qui est le cas pour les grands dont le rire est conditionnel. Alors, on se met à jouer comme les enfants pour pouvoir rire. Et c’est fabuleux : “une fois, j’ai reçu une femme qui a perdu son mari depuis huit mois. Elle a sombré dans une dépression. Elle s’en est remise dans le club du rire”, raconte Madhuri Kataria, l’épouse du docteur indien : “c’est un traitement naturel, un médicament sans produits chimiques”, renchérit Dalila Ghariani. En tout cas, tout le monde est bien parti par cette matinée pour ne pas cesser de rire. Le Dr Kataria précise à ce niveau qu’à Singapour et en Corée, le rire est très difficile. Ce sont des pays où la mission de cet associé du “Laugh” fut la moins facile. Il trouve cependant que pour des Tunisiens, journalistes en particulier, le rire est au coin des lèvres. En même temps, Dalila Ghariani, diplômée du Dr Kataria’s School of Laughter Yoga, regrette que le rire ne soit plus aussi évident chez nous qu’il ne l’était auparavant. Pourtant, il guérit, concilie avec soi-même et connecte les peuples : “les gens désirent partager le rire ensemble. Les gouvernements sont toujours des obstacles”, avoue le fondateur de la paix par le rire. Chez lui, cent cinquante mille Indiens rient chaque jour ensemble. A l’occasion de la première journée internationale du rire, qui a coïncidé cette année avec le 07 mai, trois cent sept mille Indiens ont montré leurs dents. A Copenhague (Danemark), ils étaient dix millions. De quoi forcer l’entrée dans le Guinness book : “le rire est un langage universel”, ajoute le Dr Kataria. Dans l’espoir que la paix règne dans les territoires palestiniens occupés, des clubs de rire sont aussi sur le point d’y être lancés. Ce sera un autre pays arabe qui s’ajoutera aux Emirats Arabes Unis (Dubaï), la Tunisie et le Maroc tout récemment. L’histoire du yoga du rire continue avec son fondateur et tous ceux qui auront la chance de se réconcilier avec eux-mêmes : “il faut rire avant que d’être heureux, de peur de mourir sans avoir ri”, dixit de la Bruyère. Maryem KADA


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com