Poésie Questions sur l’heure … !





Le club de poésie de l’Union des Ecrivains Tunisiens a clôturé ses activités littéraires par une rencontre autour de : “On te demanderait l’heure du jugement dernier”, un recueil de poèmes du poète disparu Mohamed Faouzi El Ghozzi. “On te demanderait l’heure du jugement dernier”, le titre est inspiré du verset coranique, mais sa connotation étymologique ne renvoie pas au sens véhiculé par ce verset lequel renvoie au jour du jugement dernier. Mais le message que le poète veut véhiculer à travers ce recueil publié au début de 2006 à titre posthume, est une invitation à une réflexion sur la situation du sommeil culturel et civilisationnel par lequel passe le monde arabe et qui a pris un tournant alarmant depuis la première guerre du Golfe en 1991. D’ailleurs, c’est durant cette guerre que le poète a composé ses poèmes. Dans la présentation de ce livre, Ahmed Khaled note que cette guerre aurait pu être considérée comme une troisième Guerre mondiale contre les Arabes qui ont payé cher la facture. “Baghdad, Basra, Koufa, ces localités porteuses de l’empreinte de la civilisation arabo-islamique ont été coupées de leurs racines et ont subi les pires humiliations” a noté des présentations. Cette himiliation se poursuit, de nos jours, comme un destin imposé de l’extérieur par l’histoire. Pour mieux expliciter la pensée du poète défunt, Ahmed Khaled a recours à certains des concepts véhiculés par Mohamed Faouzi El Ghozzi. Il s’agit, entre autres, de “tente de la blessure”, “tente des dernières fêtes”, “fleur du vent”. De tels concepts font de la poésie du poète défunt difficilement accessible et qui demande, surtout, plusieurs lectures pour comprendre le sens des vers. “C’est un musicien de la langue”, note le présentateur. * Ghozzi, le Baudelaire arabe! Pour parler du recueil de poèmes de Mohamed Faouzi El Ghozzi, disons qu’il relève d’un genre poétique très recherché. Répartis en trois grands chapitres, les poèmes sont liés entre eux par un fil conducteur. “La poésie est parfois inspirée des genres comme ceux de Stéphane Mallarmé ou Robert Desnos”, note le présentateur. On y trouve beaucoup de métabolisme et des descriptions poétiques très imagées ayant recours au vocabulaire en rapport avec une situation de désillusion. Confirmation de la déception et de l’incapacité du poète devant la situation désastreuse que vit le monde arabe, Mohamed Faouzi El Ghozzi consacre, dans son recueil, de nombreux vers sous forme d’appels et de cris d’alarme. “Voici la période des Arabes - une période qui tue le rêve par ses souffrances”. Le poète défunt utilise également de nombreuses expressions des plus provocatrices “La lumière emprisonnée”, “Le vent dévié de sa trajectoire”. Cette démarche démontre, à bien des égards, que Mohamed Faouzi El Ghozzi a voulu proposer ses poèmes comme un appel à un sursaut de réveil du monde arabe vers l’unité. Pour illustrer ce vœu, il utilise, “La tente unie”, mais qui, selon lui, a été trahie par les Etats arabes eux-mêmes. Le quatrième recueil du poète : “On te demanderait l’heure du jugement” est composé des vers libres. L’auteur s’y inspire également de la poésie populaire. Tantôt sa façon de véhiculer son message a recours à l’écriture “théâtralisée”, tantôt son genre relève d’une démarche privilégiant l’engagement. Ce va-et-vient témoigne du fait que le poète dispose d’une belle maîtrise de la langue arabe et surtout du vocabulaire ancien qu’il conjugue avec une démarche poétique très actualisée. Disparu trop tôt, en 2002, à l’âge de 47 ans, Mohamed Faouzi El Ghozzi laisse au monde poétique tunisien une écriture poétique d’un certain goût d’inachevé. De par son vocabulaire plein d’images, d’aucuns n’hésitent pas à le considérer comme le “Baudelaire de notre temps”. Son destin et sa mort subite se rapprochent en tout cas du parcours de l’auteur des “Fleurs du mal”. O.W.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com