Inès Rachek : Le chant de la vie





L’exposition d’Inès Rachek n’est pas passée inaperçue. Le tout Tunis en parle et l’artiste était au plus beau jour de sa vie. Les proches et les aimés étaient là pour contempler les couleurs d’une miraculée et couper avec le silence de tant de nuits de souffrance. Avant-hier soir, il y a eu foule à l’étage du Diwan Dar El Jeld, du côté de la Médina de Tunis. Et pour cause : Inès Rachek expose ses travaux pour la première fois à titre personnel. Car auparavant, elle a eu quelques opportunités pour se faire connaître dans des expositions de groupe. Jusque-là, rien n’est anormal. Il s’agit d’un parcours naturel. On commence toujours petit et on mûrit avec le temps. Mais quand on dit Inès Rachek, on dit le miracle. Inès, née avec des complications de santé diverses n’a pas eu la chance d’évoluer normalement. Et on a découvert qu’elle est victime d’une maladie rare, qu’est le «noonan». A la voir, on lui donne à peine dix ans alors qu’elle en a aujourd’hui vingt-cinq. Des épreuves, elle en a bavé. Et jusqu’à la mœlle et au vrai sens du mot. Encore au berceau, elle subi une opération à cœur ouvert. Puis elle a vaincu toutes les anomalies qui ont suivi. Elle a une volonté de fer, tient bon et s’accroche à la vie, aidée bien sûr de ses parents. Qui ne l’ont jamais lâchée. Au contraire, ils ont tout vendu pour la sauver. «C’est la fille à papa. Qui ne cesse de répéter qu’elle est sa raison d’être, sa fierté et même sa fortune. L’unique», nous a confié la maman lors du vernissage de l’exposition intitulée «Le Monde d’Inès», qu’accueille Dar El Jeld depuis avant-hier et jusqu’à la fin juin. Madame Rachek était aux anges. Car qui aurait imaginé que sa fillette, une survivante allait tout d’abord rester en vie, puis devenir ce qu’elle est aujourd’hui, entourée par les grands hommes de Tunis. D’ailleurs, même les médecins ayant suivi Inès ne croient pas encore leurs yeux. A la voir marcher sur ses pieds et bien articuler ses doigts et surtout s’appliquer dans un art et faire des merveilles. Les merveilles sont succulentes et pétillantes. Car elles dégagent beaucoup de douceur et de fraîcheur. Au total, une soixantaine de petits et moyens formats aux couleurs vives, aérées, chatoyantes, frappés avec de airs à l’état brut. Inès ne fait que traduire ce qui l’habite. Et ce qui l’habite, c’est la joie de vivre, et elle voit autour d’elle un monde qui ressemble au rêve tellement il n’est pas charcuté par le côté âpre de la vie. «Elle a beaucoup de Hajeri», a commenté l’artiste Fathi Ben Zakour, qui n’a pas laissé filer l’occasion et s’est trouvé un plaisir à faire un tour dans la galerie. «Il y a beaucoup de Picasso, Miro surtout avec toutes ces nuances de rose», raconte madame Abdelkéfi qui était comme clouée devant une toile aux formes et motifs volants. Pour les Asma M’naouar et son collègue l’artiste Mahmoud Chalbi, «Inès fait des choses intéressantes». Quant à Cecile de l’Institut Goethe, elle s’est plantée la silhouette devant un format haut en couleur et a caressé du regard des formes qui cabotent entre le réel et l’imaginaire. Quelques minutes après, elle s’est dépêchée pour jeter un coup d’œil sur le prix. Apparemment tout l’a flashé. Et c’est l’avis de presque tout le monde. Les uns sont venus avec des bouquets de fleurs. Les autres avec une gerbe de félicitations. Parmi les présents, nous citons son médecin Maher Ben Ghachem et d’autres professeurs et enseignants et même des chercheurs. «Au début, j’avais même des complexes. Surtout quand j’ai remarqué que ma petite ne va pas avoir une scolarité normale. Mais vite, on a découvert son amour pour les crayons et les pinceaux. Après l’avoir vue badigeonner quelques formes, si Mohsen, professeur de dessin m’a dit qu’elle a quelque chose dans les croquis qu’elle fait et je vais m’occuper d’elle», se souvient la maman d’Inès. Une maman courage qui ne voit aucun inconvénient de parler du handicap de sa fille. Surtout quand elle s’est sentie bien entourée par des artistes comme Faouzia Hicheri, Asma M’naouar, les gens de la galerie qui ont fait le geste d’accueillir l’exposition, et les responsables des Editions Simpact qui l’ont aidée pour les invitations et autres services. Le plus touchant dans tout çà, c’est qu’on a vu que les travaux d’Inès plaisent à tout le monde. Au point de voir l’équipe de la cinéaste Fatma Skandarani en train de tourner. Un film profile déjà dans le paysage artistique et le nouveau monde d’Inès qui sort enfin de son silence. Zohra ABID


Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com